‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 77 sur 352 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Non, chrétiens, ce n'est point assez que Texemple du Fils de Dieu fasse mourir dans nos cœurs tout sentiment de vengeance; je prétends qu'il y doit produire quelque chose encore de plus; je prétends qu'il doit nous préparer aux affronts, aux mépris, à tout ce qu'il y a de plus sensible en matière d'honneur. Et pour vous mieux déclarer ma pensée , qu'est-ce, dans le sens où je l'entends, que de nous préparer à tout cela ? est-ce nous mettre dans la disposition d'endurer généreusement tout cela ? c'est trop peu ; d'accepter de la main de Dieu , et volontairement tout cela? ce n'est point encore à quoi je me borne ; d'agréer tout cela , de Thonorer, d'en faire gloire et de le rechercher? voilà le point où nous devons tendre, et quej*ose ici vous proposer comme un point essentiel et souvent indispensable. On ne peut, ce semble, porter la perfection à un plus sublime degré ; mais après tout, la loi chrétienne va jusque-là , et cette perfection qui nous paraît si relevée est, en je ne sais combien d'occasions qui se présentent tous les jours, un précepte évangélique et une obligation. Développons cet article important^ et donnons-lui tout l'éclaircissement nécessaire, afin que vous le puissiez bien comprendre.

Ainsi , par exemple, pour être déterminé, comme je le dois être , à pardonner de bonne foi , et à m'interdire toute vengeance ; pour être prêt , en mille rencontres , à soutenir la cause de Dieu , et à la défendre; pour m'opposer à des scandales que je vois naître à toute heure dans le commerce du monde , et que ma charge, que ma dignité, que mon ministère m'engage à réprimer, autant qu'il est en moi et qu'il dépend de moi ; pour me dégager de tant de considérations particulières , qui pourraient m'arréter lorsqu'il s'agit de l'honneur de la religion et de ses intérêts; en un mot, pour être dans une résolution inébranlable, quoi qu'il arrive, et quoi qu'on en puisse dire, de me comporter en chrétien, et de n'en pas démentir une fois la glorieuse qualité : pour cela, dis-je, et pour bien d'autres devoirs dont le détail serait infini , combien y a-t-il de contradictions, de chagrins, de retours fâcheux, de faux jugements, de railleries, de médisances, de paroles aigres, de reproches, enfin d'outrages à essuyer? Or, le moyen de n'en être point ébranlé, si l'on n'est dans la disposition de les aimer pour Dieu, de les agréer pour Dieu, de les honorer, de s'en glorifier pour Dieu? Car voilà comment la foi que nous professons exige de nous les mêmes sentiments que témoignaient les apôtres lorsqu'on les calomniait, qu'on les insultait dans les places publiques , et qu'ils se tenaient heureux d'endurer toutes sortes d'opprobres pour le nom de Jésus-Christ : Ibant gaudentés a conspectu concilii, quoniam digni habiti

suntpro nomine Jesu contumeliam patL {Jet., 5.J Il est vrai , chrétiens , et je l'ai reconnu d'abord , que pour en venir là, il fyut une vertu bien pure et bien généreuse, et c'est néanmoins une vertu nécessaire. Mais si la religion nous impose une loi si difficile, et si contraire aux sens et à la nature, elle a bien aussi de quoi nous en faciliter la pratique ; et sans parler des autres motifs qu'elle nous fournit , en est-il un plus puissant et plus capable de nous consoler dans les humiliations de la vie, et de nous animer, que le soufflet donné au Sauveur du monde, et, malgré toute l'ignominie qui y était attachée, désiré et recherché par cet Homme- Dieu? Prenez garde, en effet, qu'il ne l'a reçu que parce qu'il l'a voulu recevoir : car il ne tenait qu'à lui d'arrêter le bras sacrilège de l'insolent qui le frappa. Non-seulement il n'a point voulu se défendre de cet outrage , mais il l'asouhaité, mais il s'y est disposé, mais il en a fait le sujet de ses vœux les plus ardents , et comme ses délices. D'où vient que le prophète Jérémie, parlant de ce divin Sauveur et de ses souffrances , se servait d'une expression bien propre et bien énergique, savoir, qu'il serait rassasié d'opprobres : Saturabitur opprnbriis. (Lam., 3.) Une viande dont nous avons horreur, nous la rejetons ; ou si le besoin nous force d'en user, du moins n'en prenonsnous qu'autant qu'il suffit selon la nécessité présente, et rien davantage : mais que ce soit une viande à notre goût, nous la mangeons avec appétit, et même avec avidité , jusqu'à nous en remplir et nous en rassasier. Voilà comment notre adorable Maître s'est, pour ainsi dire, nourri de la confusion; voilà comment il en a contenté sa faim : Saturabitur, Or ce qui a été la nourriture d'un Dieu et l'objet de ses désirs, pour procurer la gloire de son Père et le salut des hommes, ne doit-il pas nous devenir respectable, nous devenir vénérable, nous devenir aimable , partout où la même gloire et le même salut se trouvent intéressés?

C'est pour cela que les saints se sont réjouis d'être en butte aux persécutions et aux mépris du monde; et que bien loin de s'en offenser, ils les regardaient comme des faveurs. C'est pour cela que Saint Paul , qui sentait autant que personne, et qui connaissait le véritable honneur, puisqu'il était d'un sang noble et citoyen romain, se faisait néanmoins, ainsi qu'il l'a hautement et si souvent déclaré, un plaisir des affronts même les plus sanglants , Propter quod ptaceo mihi in contumelHs, (1. Cor. y 12.) Il ne disait pas seulement. Je me console, je me résigne, je me fortifie dans les outrages; mais : Je m'y plais; pourquoi ? parce que mon Sauveur les a sanctifiés et me les a rendus précieux. C'est pour cela que David, tout roi qu*il était dans la seule vue de ce mystère, je veux dire d'un Dieu si indignement et si violemment insulté, au lieu de fuir les opprobres, les at-

is.

SUR LE SOUFFLET DONNÉ A JESUS-CHRIST

tendait, les demandait, les recevait avec actions de grâces et comme des bienfaits : Improperium expectnvit cor meum, (Psalm. 68.) Sémëi, l'un de ses sujets, le chargeait de malédictions et de reproches; mais ce prince en bénissait Dieu. Toute sa cour, justement irritée, voulait réprimer Faudace et la violence de cet emporté ; mais ce prince les retenait : Laissez-le, leur disait-il, c'est une humiliation que Dieu m'envoie, c'est un don de sa main, ne me l'enlevez pas. Qui pouvait inspirer à David un sentiment si peu ordinaire dans un roi , et même si opposé à toutes les raisons d'État ? Ah ! chrétiens, rien autre chose que la considération de son Dieu et de son Sauveur, qui se faisait déjà connaître à lui par les lumières de l'esprit prophétique, et qui en particulier lui révélait toutes les ignominies de sa passion. Il voyait ce Dieu de gloire, cette souveraine majesté, déshonorée par un soufflet; et à ce spectacle, touché d'un saint zèle : Hé ! Seigneur s'écriaitil , qui craindrait après cela toutes les injures du monde, et qui ne les souhaiterait pas, puisque vous les prenez pour vous-même, et que vous en faites les apanages de votre adorable humanité ? Voilà pourquoi, mon Dieu, je les reçois, non plus précisément comme une épreuve de ma patience, car je n'ai plus en quelque manière besoin de cette vertu; mais comme l'accomplissement des vœux de mon âme , qui les attend et qui y aspire : Improperium expectavU cor meum. Prenez garde, chrétiens, à la raison qu'il en apporte : elle contient en abrégé tout le précis de la doctrine évangélique : Çuoniam opprobria exprobrantium tibi, ceciderunt supe?' me (Psalm. 68) : C'est, mon Dieu, ajoutait-il, que tous les outrages qui vous ont été faits dans votre douloureuse passion, sont par avance retombés sur moi. C'est que j'y ai pensé attentivement, que je les ai considérés, et qu'en y pensant, qu'en les considérant, je les ai vivement ressentis moimême. C'est qu'ils ont fait sur mon cœur une impression de grâce, et que cette grâce, que cette impression divine m'a porté à les aimer : je ne dis pas seulement (c'est saint Augustin qui développe ainsi les paroles de ce prophète-roi , dans l'exposition du psaume soixantième) , je ne dis pas seulement , Sei- 1 gneur, à les aimer dans vous, mais dans moi. Car lors même que c'est à moi qu'on s'attaque, et que par là les injures me deviennent personnelles, je les regarde néanmoins comme les vôtres , et les envisageant de cette sorte, comment ne les aimerais-je pas ? Oui , Seigneur, ce sont les vôtres, puisque vous les avez fait passer de vous en moi , et qu'après les avoir éprouvées d'abord, vous les avez fait rejaillir sur moi : Quoniam opprobria exprobrantium tibi, ceciderunt stq)er me.

Il faut toujours convenir, mes chers auditeurs , jqu'il n'y a que la religion, et que la religion la plus

sainte , qui puisse établir une âme dans une telle dis» position ; et ne nous en étonnons pas : car il n'y a que la religion qui puisse nous faire rendre hommage aux opprobres d'un Homme-Dieu. Il faut convenir que ce n'est ni la chair ni le sang qui révèle ces grandes maximes et cette haute morale , mais le Père qui est dans le ciel , mais le Fils qui est descendu sur la terre , mais le Saint- Esprit qui réside en nous. II faut convenir que c'est là comme le chef-d'œuvre de la grâce toute-puissante du Seigneur. Mais persuadons-nous bien encore une fois , et convaincons-nous fortement de cette vérité fondamentale, que sans cela l'on ne peut avoir l'esprit de Jésus-Christ, et par conséquent que sans cela même on ne peut être véritablement chrétien. C'est ce que toute l'Écriture nous annonce, et ce que chacun de nous doit s'appliquer à lui-même. Car voilà le point sur lequel je ne puis trop insister, et que nous ne pouvons trop méditer, qu'il est impossible d'être chrétien, et même simplement chrétien , si l'on n'est préparé de cœur à toutes les injures, puisqu'il y a mille occasion» dans la vie ou, sous peine|de damnation, on est obligé^ de s'y exposer pour l'acquit de sa conscience et la sûreté de son salut; qu'il est impossible que nous y soyons sincèrement préparés et de cœur , tandis que nous en conservons une aversion et une horreur volontaire; et qu'il n'est pas enfin possible que nous n'en ayons toujours le même éloignement et la même horreur, à moins que nous n'en concevions la juste estime qui leur est due, et que nous ne les aimions selon Dieu et en Dieu. Tout cela est d'une suite et d'une liaison nécessaires : pourquoi? parce que nous fuyons naturellement ce que nous n'aimons pas , et que nous n'aimons pas ce que nous n'estimons pas , et que nous ne pouvons estimer ce que nous jugeons vil et méprisable. C'est donc par l'entendement qu'il faut commencer d'abord, afin de former ensuite dans le cœur les vrais sentiments que Dieu exige de nous. Selon l'estime que nous ferons de tout ce qui s'appelle dans le monde injures et ou-» trages, nous apprendrons plus ou moins à les révérer et à les agréer.

Mais, dites-vous, comment estimerons-nous, et comment aimerons- nous ce qui nous rabaisse dans l'opinion des hommes, ce qui nous humilie et ce qui nous perd d'honneur, ce qui passe dans la société civile pour une tache et une flétrissure? J'en conviens : tant que nous le regarderons en soi, et que nous ne porterons pas plus loin nos vues, nous ne le trouverons jamais estimable : mais ce n'est point en soi que nous le devons considérer, c'est en Jésus-Christ, et par rapporta Jésus-Christ. Je veux dire que nous le devons regarder comme une portion des opprobres de Jésus-Christ, comme un état de ressemblance avec Jésus-Christ, comme une matière de sacrifice à Jésus-Christ , et comme un sujet qu'il nous four-

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fiit de lui marquer notre attachement et notre constance. Or, sous ce regard , il n'y a rien de si outrageant et de si infamant , selon Fesprit du siècle , qui ne nous devienne glorieux selon Tesprit de la foi , et que nous n'embrassions comme un avantage pour nous et comme un bonheur.

Ceci néanmoins demande encore quelque explication , et cette doctrine que je vous prêche est si fort au-dessus de l'homme , que je ne puis trop vous la rendre intelligible , ni trop vous faire connaître où dans la pratique elle doit s'étendre , et où elle peut se borner. Car, à quoi se réduit ce langage si inconnu au monde , et que signifient ces expressions si nouvelles peut-être pour vous , et dont votre faiblesse est étonnée : estimer les injures , aimer les injures, se réjouir dans les injures , recevoir de bon gré les injures , et même avec plaisir? Je ne prétends pas vous faire entendre par là qu'il soit absolument nécessaire d'étouffer toutes les répugnances que nous y avons ; je ne prétends pas que nous y devions être tout à fait insensibles, tellement qu'elles ne nous causent nulle altération , même involontaire, nul de ces retours intérieurs, nulles de ces peines presque inséparables de notre humanité ; je ne prétends pas que nous y trouvions un goût qui flatte le cœur, et qui soit conforme aux inclinations delà chair. Je sais que les saints ont été jusque-là ; qu'ils ont si bien réprimé dans eux et fait mourir la nature, que toutes les insultes et tous les affronts n'étaient pas capables de troubler un moment la paix de leur âme; qu'ils s'y étaient comme endurcis, ou pour mieux dire, qu'ils les goûtaient aussi sensiblement, aussi agréablement, aussi délicieusement, qu'un esprit ambitieux goûte les vaines distinctions et les faux honneurs du siècle : je le sais, et combien d'exemples en pourrais-je produire? Mais je ne puis Ignorer aussi que ces vertus extraordinaires et singulières, que ces miracles de l'humilité chrétienne, ne sont point d'une nécessité indispensable ; et puisque je m'en tiens ici à la nécessité , je dis qu'estimer en chrétien les injures, les estimer, s'y complaire, c'est dans un esprit de religion , malgré tous les raisonnements du monde et malgré toutes les révoltes des sens, se croire heureux de participer aux ignominies du Fils de Dieu, surtout lorsqu'ils s'agit de la gloire de Dieu et de la défense de sa loi ; que c'est aimer mieux se voir méprisé, se voir moqué et raillé, se voir condamné et persécuté pour la justice , que d'être élevé et applaudi en commettant l'iniquité; que c'est être dans la résolution , et dans une forte résolution , de ne se départir jamais de la plus exacte vertu, soit par l'espérance d'un éclat mondain , soit par le dégoût d'une vie cachée et d'une condition obscure.

Ce n'est pas que le cœur ne soit alors bien combattu ; qu'il ne se trouve exposé à de violentes agita-

tions et à de grandes tentations ; que s'il s'écoutait lui-même, il ne franchît bientôt toutes les barrières qui l'arrêtent , ou qu'au moins H ne se laissât emporter aux reproches , aux dépits , aux saillies de la colère et à toutes ses vivacité. Ce n'est pas même qu'à des moments fâcheux et critiques , où toute sa force semble l'abandonner, il ne tombe dans l'abattement, dans l'ennui, dans la désolation et une défaillance presque entière : car voilà , quelque résolu et quelque déterminé qu'il puisse être , ce que lui fait éprouver malgré lui la passion. Mais au milieu de ces sentiments que la raison désavoue et où la volonté n'a point de part , au milieu de ces assauts , une âme demeure toujours fixe et comme immobile dans les mêmes principes , quî sont les principes évangéliques. Elle se dit toujours à ellemême , que c'est un bien et le souverain bien en cette vie , de pouvoir marquer à Dieu sa fidélité dans l'abjection. Elle se soutient par les paroles du Sauveur du monde à ses apôtres : On vous accusera , on vous calomniera , on dira de vous toute sorte de mal ; mais pour cela ne vous relâchez point dans l'exercice de votre ministère , et ne vous aflligez point, puisque au contraire, vous devez vous en glorifier, et que vous en devez triompher de joie : Gaudete et exultate. (Màtth., 5.) Elle se nourrit de ces pensées si vraies et si consolantes , que la plus belle gloire d'un chrétien est de faire à Dieu le sacrifice de toute propre gloire ; que si c'est le sacrifice le plus difficile, c'est aussi le plus méritoire pour l'éternité ; qu'une confusion soutenue pour une bonne cause et dans une vue si sainte , est un fonds qui profite au centuple devant le Seigneur; qu'on ne peut mieux lui témoigner que par là son dévouement inviolable et la préférence qu'on donne à son devoir par-dessus toute autre considération; que s'il y a quelque amertume à ressentir d'abord , cette amertume se change bientôt dans une douceur solide, et quelquefois même très-sensible, dès qu'on vient à ouvrir les yeux de la foi , ou à prendre la balance du sanctuaire, pour juger d'une injure qui nous est faite et de l'humiliation qui nous en reste. Tout cela, encore une fois, et mille antre réflexions que fournit à une âme, non l'aveugle prudence du siècle , mais une sagesse toute divine , la rassurent, la fortifient, la ramènent de ses premiers troubles et de ses premiers mouvements, la rétablissent dans le calme, et lui font goûter la paix au milieu de ce qui excite tant de guerres et tant de dissensions parmi les hommes.

Dieu, de sa part , ne lui manque pas , et autant que cette âme lui est fidèle , autant et plus encore se montre-t-il libéral envers elle. Il fait couler sa grâce avec abondance ; et qu'y a-t-il de si désagréable et de si rebutant que cette grâce ne puisse adoucir? Avec l'onction de cette grâce, on est en état «

SUR LE SOUFFLET DONNE A JESUS-CHRIST

si j*ose le dire , d'affronter, pour Thonneur de Dieu, pour la défense de l'Eglise , pour le progrès de la religion, pour la pratique et l'observation de ses devoirs , tous les outrages et tous les opprobres. Plus il s'en présente , plus on s'écrie avec le prophète royal : Bonum mihi quia humiliasti me (Psalm. 118); Soyez béni, Seigneur, d'avoir permis que je fusse ainsi humilié, puisque je le suis pour vous. On se rend intérieurement et devant Dieu le même témoignage que se rendait le grand apôtre , et l'on dit avecla même confiance que lui: Maledicimur, et benedicimus (1. Cor.^ 4); Nous sommes chargés de malédictions, et nous ne croyons pas devoir autrement y répondre que par des bénédictions et des actions de grâces : Blasphemamur, et obsecramus (Ibid. ); On prononce contre nous mille blasphèmes, et nous ne faisons entendre au ciel que des prières en faveur de nos calomniateurs , et que des vœux : Tanquam purgamenta hujus mundifacti sumus (Ibid.) ; On nous regarde comme les derniers hommes du monde, et au lieu d'en concevoir de la peine , nous nous en félicitons nous-mêmes. Car, nous savons pourquoi l'on nous traite de la sorte, que c'est parce que nous sommes à Dieu , et que nous y voulons toujours être ; parce que nous ne voulons jamais sortir de l'obéissance qui est due aux commandements de Dieu , ni nous détacher de sa loi ; parce que nous employons l'autorité que nous avons reçue de Dieu à maintenir le bon ordre et la règle , l'équité et le bon droit, et que nous n'avons là-dessus ni ménagements, ni égards; parce que nous usons des talents que Dieu nous a donnés et du zèle que sa grâce nous a inspiré , pour attaquer le vico , pour combattre l'erreur, pour démasquer le mensonge et le détruire en le dévoilant. Or, être décrié pour cela, être pour cela noté dans le monde et marqué des plus noirs caractères , être exposé aux discours, aux satires, aux jugements les plus injurieux , aux traitements les plus iniques et les plus outrés, voilà notre consolation , voilà en quelque manière notre triomphe , voilà de quoi nous ne pouvons assez remercier le Seigneur qui nous éprouve , et sur quoi nous ne pouvons trop lui dire : Lastati sumus pro diebus quibtis nos humiliasti, antUs quitus vidimus mala. {Psalm, 89. )

Plaise au ciel , mes chers auditeurs , que vous soyez animés de cet esprit ! S'il ne vous porte pas jusqu'à vous réjouir dans les injures , du moins vous affermira-t-il contre une faiblesse bien ordinaire dans le christianisme , je veux dire, contre ce respect humain qui arrête tant de bonnes œuvres , et qui cause tant de désordres et tant de maux. Parce qu'on craint une parole, une raillerie , on néglige tous les jours ses obligations les plus essentielles; et souvent même on se laisse entraîner au «rime et à des déréglementa dont on a d'ailleurs

horreur. On n'a pas la force de surmonter je ne sais quelle honte , et peut-être en avez-vous mille fois éprouvé les pernicieux effets. Mais voulons-nous nous affranchir de cette servitude , suivons le conseil de l'apôtre, par où je finis, et revenons-en toujours à l'exemple de notre Sauveur : Aspiciente$ inauctoremjidei et consummatorem Jesum (Hebr,, 1 2) ; Attachons sans cesse nos regards sur ce Mattre adorable, l'auteur et le consommateur de notre foi. Il en est l'auteur par sa sagesse et le consommateur par son amour. Il en est l'auteur par sa doctrine toute sainte , et le consommateur par ses exemples tout divins. Il n'a point voulu séparer ces deux qualités , ni être Fauteur de notre foi sans en être le consommateur; non-seulement afin qu'il ne nous vînt pas en pensée qu'il lui avait été bien facile d*en ordonner ainsi et d'établir des règles pour les faire garder aux autres sans les observer lui-même , mais surtout parce que la qualité de consommateur lui a paru aussi glorieuse et aussi digne de lui que celle d'auteur : de sorte qu'il n'a pas cru devoir nous la laisser, mais qu'il l'a prise par droit de préférence ; voulant bien que nous fussions les observateurs et les sectateurs de cette foi, mais se réservant la gloire d'en être le consommateur. Or, en quoi particulièrement et par où l'a-t-il consommée? saint Paul nous l'apprend et nous le marque en termes exprès : Qui, prqposito sibi gaudio , sustinuit crU" cem confusione coniempta Uàid.) : c'a été en méprisant la confusion, en s'élevant au-dessus et en la portant avec un courage et une constance inébranlables. Mais oserais-je, grand apôtre, ajouter quelque chose à cette parole, et ne pourrais-je pas dire sans en altérer le sens, que ce n'a pas même seulement été par le mépris de la confusion, mais par l'amour de la confusion ? De là je ne dois pas espérer d'avoir jamais une foi bien ferme, ni une piété bien solide , tant que je me laisserai dominer par le respect du monde et par la crainte qu'il ne parle de moi , qu'il ne se tourne contre moi , qu'il ne lance ses traits sur moi. Mais du moment que je me serai dégagé de cet esclavage, du moment que je ne^ rougirai point de mon Dieu et de mon devoir, c'est alors que je commencerai à être chrétien, et que marchant, s'il le faut, par la voie de la confusion selon les fausses idées des hommes, je parviendrai à la vraie gloire, qui est la gloire éternelle, où nous conduise , etc.

SUR LES FAUX TEMOIGNAGES, etc.

EXHORTATION

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