SUR LES FAUX TÉMOIGNAGES
RENDUS CONTRE JÉSUMHRIST.
MulH teiUmonium falwm dicebant advenus eum, et emvenienUa iestimonia non erant,
Plnsiean rendaient de faux témoignages contre Jésus, et tous ces témoignages ne s*accordaient point. Saitct Marc, ehap. 14.
Le moyen que tous les témoignages pussent convenir ensemble, puisqu'ils étaient contraires à la vérité , et qu'il n'y a que la vérité qui s'accorde bien avec elle-même , au lieu que l'imposture est tous les jours sujette à se contredire et à se démentir ? Men- Uta est inigtdtas sibi. {Psalm. 26.) C'est ce que nous voyons dans ces faux témoins qui déposent contre Jésus-Christ, et qui se font ses accusateurs devant le tribunal de Caîphe , alors grand prêtre , et revêtu de l'autorité pontificale pour connaître de toutes les causes qui concernaient la religion. Ils allèguent bien des faits , ils produisent bien des preuves, ils s'étendent en de longs discours; mais rien ne se soutient , et ce que dit l'un , l'autre le détruit, parce qu'ils ne sont inspirés, les uns et les autres, que par l'esprit de mensonge et par la passion qui les aveugle. Cependant Caîphe les écoute , lui qui devait, en juge équitable, réprimer leur audace; et les scribes, les pharisiens, les princes des prêtres , les anciens de la synagogue, tous assemblés pour délibérer avec le pontife, bien loin d'imposer silence à ees imposteurs et de les confondre, se déclarent en leur faveur, et deviennent les plus zélés à les exciter : Summi vero sacerdotes et omne concilium quBsrehani adversus Jesum testimonium. (Mabc, 14.)
Voilà, chrétiens, quoique d'une manière en apparence moins odieuse, ce qui arrive encore chaque jour dans la société humaine et dans les conversations du monde. Il est vrai qu'on ne se porte pas communément à des calomnies atroces , et qu'il est moins ordinaire de vouloir, en parlant du prochain, lui imputer des crimes dont on le croit innocent ; mais du reste, est- il rien de plus commun dans le commerce des hommes , que de se déchirer mutuellement par de cruelles et d'injurieuses médisances? et toutes injustes, toutes criminelles qu'elles sont, en a-t-on quelques remords dans l'âme, et s'en fait-on quelque scrupule? Avec quelle liberté les débite-t-on! avec quelle facilité les écoute-t-on! Deux désordres dignes de tout le zèle évangélique, et contre lesquels je ne puis ici m'élever avec trop de force. C'est aussi de quoi je prétends vous entretenir. Désordre de la médisance dans celui qui
la fait, et désordre de la médisance dans celui qui l'écoute. Désordre de la médisance dans celui qui la fait , et qui souvent ne se rend pas moins coupable que ces faux accusateurs , qui témoignent contre le Fils de Dieu : ce sera la première partie. Désordre de la médisance dans celui qui l'écoute, et qui souvent n'est pas moins condamnable que ce pontife et que tout son conseil , qui prêtent si volontiers l'oreille aux accusations formées contre le Fils de Dieu : ce sera la seconde partie. La matière est d'une extrême conséquence, et mérite toutes vos réflexions.