POUB LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
bien logé, bien couché; mais on Tavertit qu'il faut agir, fatiguer, s^exposer; et comme il 8*y attend, il n'est point étonné des marches pénibles qu*on lui fût foire, ni des périls où on rengage. Nous sommes les soldats de Jésus-Christ : ce divin conquérant des âmes nous a enrôlés dans sa sainte milice, non pas pour amasser des richesses , non pas pour parvenir à de hauts rangs, ni pour être grands selon le monde , non pas pour jouir de toutes nos commodités, mais pour nous sanctifier, mais pour détruire dans nous le péché , mais pour combattre nos vices et nos passions, mais pour avoir part à ses souffrances et à ses humiliations. II est vrai qu'il nous a en même temps promis un bonheur et une récompense; mais ce bonheur et cette récompense , non plus que son royaume, ne sont pas de ce monde. Voilà ce qu*il nous a cent fois répété dans son Évangile, et sur quoi nous avons dû compter. Par conséquent, quoi que nous ayons à soutenir de fâdieux selon la nature et dans la vie présente , nous n'en devons point être surpris ni déconcertés; et c'est même ce qui doit donner à notre espérance un nouvel accroissement et un nouveau degré de fermeté.
n. Une autre erreur des deux disciples , fut à l'égard du temps. Le Fils de Dieu leur avait prédit qu'il ressusciterait le troisième jour; ce troisième jour n'était pas encore passé , et ils ne laissent pas de témoigner déjà leur impatience : Nous voici, disent-ils , au troisième Jour que toutes ces choses sont arrivées, sans que nous ayons rien vu, (Luc, 34.) Ce n'est pas, ajoutent-ils , que quelques fenimes n'aient été avant le jour au sépulcre , et qu'elles ne nous aient rapporté que le corps n'y était plus. Quelques-uns de nous y sont aussi allés, et ont en efifet trouvé les choses comme les femmes les avaient dites. Tout cela devait relever leur espérance , et les conforter : mais leur empressement l'emporte sur tout cela, et au lieu d'attendre en paix et avec persévérance, ils s'inquiètent et se découragent.
Telle est encore la disposition de la plupart des chrétiens. Nous espérons en Dieu; mais nous ne savons ce que c'est que d'attendre avec tranquillité et en repos l'accomplissement des promesses de Dieu. Nous voulons que Dieu nous exauce tout d'un coup. Nous nous lassons de lui demander si souvent et si longtemps, et le moindre délai nous rebute : comme si la persévérance n'était pas une condition nécessaire de la prière, pour obtenir les grâces du ciel; comme si ces grâces divines ne valaient pas bien celles que nous attendons de la part du monde, et que nous sommes si constants à poursuivre et à rechercher ; comme si Dieu n'était pas le maître de •es dons, et que ce ne fût pas à lui déjuger en
BOUHDALUUB. — T. m.
quel temps et en quelles conjonctures il est à propos de les répandre sur nous.
Confions-nous en la bonté de notre Dieu , et laissons agir sa providence, sans entreprendre de lui prescrireaucunterme.S'il tardeà nous répondre, demeurons en patience, et réprimons les mouvements précipités de notre cœur. Voilà le grand principe, et en quoi nous devons au moins imiter la conduite de Dieu même à notre égard. Nous nous plaignons qu'il y a tant d'années que nous lui demandons telle grâce, et que nous ne l'avons pu encore obtenir; mais lui-même, combien y a-t-il d'années qu'il nous sollicite , qu'il nous appelle , qu'il nous presse intérieurement de renoncer à cette passion , de lui sacrifier cette inclination , de nous défaire de cette habitude, de changer de vie, et de travailler à une sainte réformation de nos mœurs? combien de fois s'est-il fait entendre là-dessus au fond de notre âme, et combien de fois nous a-t-il fait entendre la voix et les exhortations de ses ministres? lui avons-nous accordé ce qu'il voulait de nous? n'avonsnous point différé, ne différons-nous pas tous les jours? et néanmoins se rebute-t-il? cesse-t-il ses poursuites? nous abandonne-t-il à nous-mêmes? ne devrait-il pas être plus fatigué de nos retardements , que nous des siens? Car enfin les siens ne tendent, selon les rues de sa sagesse, qu'à notre bien et à notre salut; mais les nôtres, par une obstination opiniâtre et presque insurmontable, ne vont qu'à le déshorer et à nous perdre. Réglons-nous sur ce modèle. Soyons patients envers Dieu comme il l'est envers nous. Dès que nous persévérons, il n'y a rien que nous ne puissions espérer de sa miséricorde.
S III. Comment Jésus-Christ rallume la charité
des deux disciples.
De l'afifaiblissement de la foi et de l'espérance, suit enfin le relâchement de la charité. Ces deux disciples avaient aimé Jésus-Christ; c'était à eux, comme aux autres, que cet Homme- Dieu avait dit : Hon Père vous aime, parce que vous m'aimez, (JoAN., 16.) Ils avaient dans les rencontres montré du zèle pour ce Dieu sauveur : mais ce zèle, autrefois si ardent, paraissait tout refroidi. Ils étaient tristes : cette tristesse n'était qu'un dégoût qui leur avait pris de son service, qu*un chagrin secret de s'être engagés à le suivre , qu'une sécheresse de cœur, qu'un abattement d*esprit; et rien de plus opposé qu'une pareille désolation à la ferveur de l'amour de Dieu et de la piété chrétienne. État malheureux, quand on ne prend pas soin de s'en relever, qu'on ne fait nul effort pour cela. L'on y succombe lâchement , et l'on quitte tout. État dangereux pour les âmes faibles et peu expérimentées
UB