POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
souffrit, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire f (Luc, 24.)
S II. Comment Jésus-Christ ranime l'espérance des
deux disons.
La foi des deux disciples étant devenue si faible et si chancelante, c'était une conséquence nécessaire que leur espérance s'affaiblît à proportion .Ils avaient espéré en Jésus-Christ; mais on peut dire qu'ils n'espéraient plus, ou quils n'espéraient qu'imparfaitement. Ils avaient espéré, comme ils le témoignent'eux- mêmes : Nous espérions (Luc.) ; mais ils n'espéraient plus, ou ils n'espéraient qu'imparfaitement; car si leur espérance eût toujours été la même, ils n'eussent pas dit seulement : Nous espérions; mais ils auraient ajouté : Nous espérons encore , et nous sommes sûrs que notre attente ne sera point trompée. Ce n'est plus là leur disposition : pourquoi ? parce qu'il y a avait deux erreurs dans leur espérance, l'une par rapport au fond , et l'autre par rapport au temps.
I. Erreur par rapport au fond. Ils espéraient que Jésus-Christ rétablirait le royaume temporel d'Israël; qu'il délivrerait les Juifs de la servitude où ils étaient réduits; qu'il remettrait toute la nation dans la gloire et dans l'éclat où ils avaient été ; qu'il les comblerait de prospérités , et les rendrait puissants dans le monde : voilà ce qu'ils avaient Conçu , et ce qu'ils s'étaient promis de lui. Or en cela leur espérance était une espérance mondaine et toute terrestre. Espérance qui n'avait point Dieu pour objet, qui ne s'élevait point au-dessus de l'homme, qui n'allait point au solide bonheur ; mais qui s'attachait à des biens périssables , au lieu de chercher avant toutes choses le royaume de Dieu et sa justice. Espérance qui tenait encore du judaïsme, et n'avait rien de la loi de grâce. De sorte qu'ils étaient par là semblables à ces Israélites qui avaient soupiré après les oignons d'Egypte, qui avaient méprisé la manne du ciel , et s'étaient dégoûtés des viandes déHcates que Dieu leur préparait dans le désert. Espérance qui les rendait tout charnels, comme ees anciens Juifs , au goût desquels Dieu s'était accommodé , ne leur promettant que la fertilité de leur moissons , que l'abondance du blé et du vin , que la défaite de leurs ennemis, en un mot, que des avantages humains. Mais par-dessus tout, espérance fausse et erronée : car Jésus-Christ leur avait fait expressément entendre que son royaume ne serait pas de ce monde. Il devait les délivrer «"mais de leurs péchés, et non point de la servitude des hommes. Il ne s'était point engagé à les rendre heureux dans la vie , puisque au contraire il leur avait dit : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive, (M\tth., 16.) Bien loin de leur
promettre des prospérités sur la terre, il ne Io<ir avait annoncé que des souffrances. En quoi done consistait leur erreur? En ce qu'ils confondaient les choses, interprétant d'un royaume temporel et vish ble , ce qui n'était vrai que d'un royaume spirituel et intérieur, et ne comprenant pas la nature des biens que la venue de Jésus-Christ et sa mission leur devaient procurer.
N'est-ce pas là ce qui nous arrive à nous-mêmes ? Nous espérons en Dieu ; mais si nous nous consultons bien , et si nous démêlons bien les vrais senti* ments de notre cœur, nous trouverons que nous n'espérons en Dieu que dans la vue de^ biens de cette vie , que dans la vue d'une fortune passagère , que dans la vue de mille choses que nous attendons de lui, mais qui n'ont nul rapport à lui. Nous espérons en Dieu : mais nous ne l'espérons pas lui-même, ou du moins nous ne l'espérons pas lui-même préférablement à tout ; et loin d'espérer en lui de la sorte, nous U faisons servir indignement à nos espérances mond ines, n'espérant en lui que pour satisfaire nos désirs corrompus, et pour venir à bout de nos plus injustes prétentions. .
De là vient que quand nous voyons ces espérances frustrées, nous commençons à perdre conGance en Dieu , et que nous disons comme les disciples d'Emmaùs : Nous espérions. J'espérais que servant Dieu avec quelque fidélité, il aurait soin de moi, qu'il m'assisterait, qu'i4 me protégerait, qu'il me délivrerait de la persécution de mes ennemis. J'espérais qu'ayant recours à lui , il écouterait mes prières, il seconderait mes desseins, il bénirait mes entreprises : mais rien de tout cela ; et après tant de vœux , je me trouve encore dans le même état. Au lieu de dire : J'espérais que m'attachant à Dieu, je recevrais de lui de puissants secours pour opérer mon salut et pour acquérir les vertus; j'espérais, ou qu'il écarterait de moi les tentations qui m'attaquent, ou qu'il m'aiderait à les surmonter (espérances solides , espérances infaillibles, puisqu'elles sont fondées sur la parole de Jésus-Christ) ; au lieu , dis-je, de parler ainsi, on tient dans le secret du cœur un langage tout contraire : J'espérais qu'en prenant le parti de la piété, je passerais des jours tranquilles et à couvert des orages du siècle; j'espérais y avoir plus de douceurs et plus d'agréments. Nous espérions : marque donc que nous n'espérons plus : et pourquoi? parce que nous espérions mal, c'est-àdire que nous n'avions qu'une espérance trompeuse et mal conçue.
Non, mes frères, dit saint Augustin, qu'aucun de vous ne se promette un félicité temporelle, parce qu'il est chrétien. Jésus-Christ ne nous a point admis parmi ses disciples à cette condition. Quand un soldat s'enrôle dans une milice , on ne lui dit point qu'il vivra bien à son aise, qu'il sera bien traité,