DEUXIÈME PARTIE
Ce n'est pas d'aujourd'hui que les mondains ont eu , sur le sujet de la piété et de la sainteté chrétienne, les plus injustes et les plus malignes idées ; et c'est de tout temps qu'il s'en est trouvé d'assez aveugles, ou plutôt d'assez pervertis, pour prétendre que la perfection evangélique, par les liaisons essentielles qu'elle a avec 1 humilité, rendoit les hommes incapables des grandes choses ; qu'elle leur abattoit le courage, qu'elle détruisoit en eux les sentiments d'une noble et honnête émulation , qu'elle y affoiblissoit les lumières de la prudence; en un mot, qu'en suivant ses lois et s'attachant à ses principes , il étoit impossible de prospérer dans le monde. Erreur renouvelée par un faux sage de ces derniers siècles, et tentation dangereuse ■dont l'esprit de mensonge s'est prévalu pour étouffer dans les âmes foibles les semences de la religion, et pour faire, sous le prétendu nom de politique, un nombre infini de libertins et d'impies. Il ne
falloit pas une moindre autorité que celle de saint Paul , pour renverser une doctrine si pernicieuse : et ce grand apôtre np pouvoit pas mieux la confondre, qu'en lui opposant la maxime contradictoire, et soutenant que la piété, sans avoir des vues basses et intéressées , est utile à tout : Pietas ad omnia utilis *, et que c'est à elle que les avantages de la vie présente, aussi bien que ceux de la vie future, ont été promis : Promissionem habens vitœ quœ nunc est et futurœ*. Mais saint Paul, avec toute son autorité, auroit eu peut-être de la peine à nous persuader cette vérité , si Dieu n'avoit pris soin de nous la rendre sensible en d'illustres exemples. Et c'est , mes chers auditeurs , ce que vous allez voir encore dans l'exemple de saint Louis , qui, tout saint roi qu'il étoit selon l'Evangile, n'a pas laissé d'être, selon le monde, non-seulement un grand roi , mais sans contestation un des plus grands rois qui jamais aient porté le sceptre. Je dis , grand dans tous les états où la grandeur d'un souverain peut et doit être considérée : car il a été grand dans la guerre, il a été grand dans la paix, il a été grand dans la prospérité, il a été grand dans 1 adversité; il a été grand dans le gouvernement de son royaume, grand dans sa conduite avec les étrangers , grand dans l'estime de ses ennemis mêmes; et tout cela par cette sainteté de vie qui reluisoit dans sa personne , et qui , malgré la politique du monde, est le caractère de distinction qui l'a élevé au-dessus de tous les rois de la terre. J'ai donc droit de dire de lui , prenant la chose dans le second sens de ]a proposition que j'ai avancée, qu'il a été magnifique dans la sainteté, Magnifiais in sanctilate. Encore un moment de votre attention. Saint Louis , par une alliance rare , et qui ne convient qu'aux héros , a été tout à la fois un roi guerrier et un roi pacifique ; et comme tel il a encore paru entre les forts , semblable à celui qui s'appelle dans l'Ecriture , tantôt le Dieu de la paix , et tantôt le Dieu des armées : Quis similis tui in forlibus , Domine? Mais parce que saint Louis étoit un héros chrétien et formé sur le modèle de Dieu , il n'a été guerrier et pacifique qu'en Saint et en homme de Dieu : c'est-à-dire , il n'a point aimé la paix pour vivre dans l'oisiveté et dans la mollesse ; et il n'a point fait la guerre pour chercher une fausse gloire , ni pour satisfaire une inquiète et vaine ambition. 11 a fait la guerre pour réprimer la rébellion et pour pacifier ses états, et il a entretenu la paix dans ses états pour aller déclarer la guerre aux ennemis de Dieu. Or par-là, dans lun et dans l'autre, il s'est acquis la réputation du plus grand roi de la chrétienté. En effet, quand je lis dans nos annales des mémorables expéditions de saint Louis contre les princes infidèles, et ces exploits de guerre dans l'Orient, si approchants du mi-
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racle ; quand je me représente ce monarque à la tète de l'armée françoise, forçant le port de Damietle, faisant sur un rivage ennemi la plus hardie descente qui fut jamais , et à la vue de vingt mille combattants qui s'y opposoient, se rendant, malgré toute leur résistance , maître de la place ; quand je me l'imagine aux prises avec les Turcs et avec les Sarrasins, dans ces trois fameuses batailles qu'il leur livra , et où , comme parle un de nos historiens , il faisoit tout ensemble la fonction de soldat , de capitaine et de général , inspirant aux siens par sa présence toute l'ardeur de son courage , se dégageant lui seul d'un gros d'ennemis qui le tenoient enveloppé , et sortant de là victorieux, sans autre secours que celui de sa propre valeur : quand je compare tout cela avec ce qu'on nous vante des siècles profanes , je ne crains point d'exagérer , en disant que ni la Grèce, ni l'ancienne Rome n'ont jamais rien produit de plus héroïque. Mais quand je viens d'ailleurs à penser que ce qui rendoit ce grand roi si intrépide, si fier, si invincible, c'étoit le zèle de la cause de Dieu pour laquelle il combattoit, et l'intérêt de la vraie religion qu'il défendoit ; ah ! Chrétiens, je conclus qu'il n'est donc pas vrai que la sainteté affoiblisse le courage des hommes , et je conçois au contraire que le vrai courage et celui des parfaits héros ne peut être inspiré aux hommes que par la vraie sainteté.
Je sais que saint Louis, au milieu de ses glorieux succès , a eu des disgrâces et des adversités à essuyer , puisqu'il fut fait prisonnier dans le premier de ses voyages, et qu'il mourut dans le second. Mais c'est justement dans ses adversités et ses disgrâces qu'il me paroît encore plus grand et plus supérieur à lui-même. Car je ne m'étonne pas que, malgré les prodiges de sa valeur, unprince aussi généreux que lui soit tombé, dans la chaleur du combat, entre les mains de ses ennemis : c'a été le sort des plus grands capitaines. Mais qu'ayant été pris dans le combat, il ait soutenu sa captivité aussi dignement et aussi héroïquement qu'il la soutint; mais que dans sa prison, ces infidèles mêmes l'aient honoré jusqu'à vouloir se soumettre à lui , et jusqu'à vouloir le choisir pour leur souverain; mais qu'en recouvrant sa liberté, il ait recouvré en même temps toute sa puissance, comme nous l'apprenons de son histoire; mais qu'avant de quitter la Terre-Sainte il ait rétabli et mis en état de défense toutes les places qu'il y avoit conquises ; mais qu'au lit même de la mort , il ait obligé le roi de Tunis à acheter la paix à des conditions aussi glorieuses pour la France qu'elles lui étoient avantageuses et utiles , c'est ce qui pourroit vous surprendre aussi bien que moi , si je n'ajoutois que ce furent là les merveilleux effets de la piété de saint Louis et de son éminente vertu . car, ce que je vous prie de bien remarquer, si les Sarrasins délibé-
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rèrent , tout prisonnier qu'il étoit , d'en faire leur roi, ce ne fut , dit Joinville , que parce qu'en traitant avec lui , ils ne purent se défendre d'avoir pour lui une vénération secrète ; que parce qu'en l'observant de près, il leur parut un homme divin; que parce qu'ils se sentirent touchés , ou , pour mieux dire , charmés de la sainteté de sa vie. Voulez-vous encore bien connoître quelle impression son édifiante et magnanime sainteté fit dans les esprits et dans les cœurs de ces barbares? écoutez-le parler dans les conférences qu'il eut avec eux : il est en leur puissance, et il s'explique devant eux avec autant de liberté que s'il étoit leur maître. Ils le tiennent captif, et c'est lui qui leur fait la loi ; ils lui demandent sa rançon , et il leur répond qu'il n'y a point de rançon pour les rois ; qu'il ne refuse pas de payer celle de ses soldats , mais que sa personne sacrée ne doit être mise à nui prix. Le sultan est frappé de cette grandeur d'àme, et en passe par où il veut. Avant que de l'élargir, on demande qu'il s'oblige, par un serment solennel, à renoncer à sa religion, s'il manque à sa parole; et il déclare qu'un roi chrétien ne connoît point d'autre serment que sa parole même, et qu'il ne sait ce que c'est que de mettre sa religion en compromis , sous quelque condition que ce puisse être. Sur cela sa parole seule est acceptée. On lui rapporte, avec effroi, que les propres sujets du sultan viennent de l'assassiner , et que dans une pareille conjoncture tout est à craindre pour lui; mais il demeure ferme et intrépide. Celui des conjurés qui a fait le coup, lui demande une récompense pour l'avoir délivré de son ennemi; mais Louis, imitant la piété de David , et sans se mettre en peine du danger où il s'expose, reproche à ce parricide sa perfidie. Or, il n'y avoit que la sainteté qui pût le soutenir delà sorte, et lui inspirer ces sentiments d'une droiture et d'une générosité toute royale. D'autres auroient au moins dissimulé : mais lui , jusque dans ses fers , il est libre; et l'esprit de Dieu , qui le possède , l'élève au-dessus de toutes les considérations et de tous les ménagements humains.
Un roi si grand dans l'adversité ne devoit pas moins l'être dans la prospérité : aussi, selon le rapport des auteurs contemporains , n'étoit-il rien de plus magnifique et de plus auguste que la cour de saint Louis ; rien de plus pompeux que l'appareil où il se faisoit voir aux jours de cérémonie. Ne surpassoit-il pas en cela tous les rois ses prédécesseurs, parce qu'il se croyoit obligé de représenter en ces occasions la majesté royale dans tout son lustre , et de paroitre aux yeux de son peuple comme la vive image de Dieu ? Jamais depuis l'établissement de la monarchie, la France n'avoit été si florissante > si abondante, si opulente; jamais on n'y avoit vu les sciences aussi bien cultivées, les lois ausjsi bien observées, la justice aussi bien
rendue . les charges exercées aussi dignement et avec autant d'honneur, le commerce établi aussi sûrement et avec autant de tranquil- I/ité. En un mot, jamais le nom françois ne s*étoit trouvé dans un si haut crédit : et d'où venoit cela? de la piété de sairjï, Louis , qui , comme roi, se faisoit une religion d'appuyer et d'autoriser tout ce
* qui contribuoit à la félicité de son peuple; persuadé qu'il n'étoit roi
* que pour rendre son peuple heureux : c'est cela même qui le rendit
* si grand dans la conduite et le gouvernement de ses états; jaloux
Id'y maintenir le bon ordre, il sut se faire obéir, se faire craindre et se faire aimer. Vous savez de quelle manière il ramena les princes ses vassaux aux devoirs de la soumission qui lui étoit due. Le compte de * la Marche avoit osé en secouer le joug : vous savez son malheureux sort , et comme il apprit à ses dépens , dans la journée de Taillebourg, quelle étoit la force de saint Louis et ce qu'il pouvoit. Le duc de Bretagne se fit le chef d'une autre ligue ; vous savez ce qu'il lui en coûta, et combien lui fut inutile la jonction de TAnglois et sa protection contre la justice de saint Louis. La cour de Rome , par des entreprises nouvelles, voulut donner quelque atteinte aux droits de sa couronne: vous savez avec quelle vigueur saint Louis agit pour les défendre; I nous en avons dans son histoire des preuves authentiques : mais, du
J reste, comment les défendoit-il ? avec un merveilleux tempérament d'autorité et de piété , c'est-à-dire qu'il soutenoit les droits de sa couronne en roi et en fils aîné de l'Eglise : en roi, avec autorité, et en - fils aîné de l'Eglise , avec un esprit de religion et de piété; montrant bien qu'en qualité de roi il ne reconnoissoit point de supérieur sur la % terre, et ne vouloit dépendre que de Dieu seul , quoiqu'en qualité de J| fils aîné de l'Eglise il fût toujours prêt à écouler l'Eglise comme sa I mère, et à l'honorer. Jamais roi n'eut des sujets plus souples, ni ne «| fut mieux obéi : pourquoi ? parce que jamais roi n'eut dans un plus haut degré toutes les vertus qui font respecter et estimer les souverains , et qui leur gagnent les cœurs des peuples. ,; Aussi dans quelle estime étoit-il , non-seulement parmi ses sujets, mais chez les étrangers ! c'étoit dans le monde chrétien le pacifica-
Iteur et le médiateur de tous les différends qui naissoient entre les têtes couronnées : honneur, selon la règle de saint Paul , qu'il ne s'atv tribuoit pas et qu'il ne cherchoit pas, mais qui lui étoit déféré par un libre consentement de tous les princes ses voisins : et sur quoi ce 1 consentement étoit-il fondé? sur l'opinion qu'ils avoient de sa profité, de son équité, de son incorruptible intégrité; en sorte qu'ils avoient tous recours à lui, comme à un arbitre suprême, dont les jugements étoient pour eux autant d'oracles et d'arrêts définitifs. Eq effet , le pape et l'empereur Frédéric ont-ils sur leurs droits récipro-
ques des contestations qui les divisent ; saint Louis est choisi par l'un et par l'autre, pour en être le juge. Henri, roi d'Angleterre, est-il malcontent de ses sujets , et sur le point de leur faire sentir son indignation et sa vengeance? saint Louis l'apaise -, et par ses bons offices, il arrête la guerre civile dont l'Angleterre étoit menacée. Le duc de Bretagne et le roi de Navarre vivent-ils dans une inimitié mortelle; saint Louis , par un mariage , les réconcilie : un autre que lui , bien loin d'entrer dans ces querelles pour les terminer, les eût fomentées pour en profiler, et c'est ce que lui suggéroient les ministres de son conseil ; mais ce grand roi avoit au dedans de lui-même un conseil secret , et ce conseil étoit sa conscience , qu'il consultoit en toutes choses, ou plutôt à laquelle il rapportoit tous les autres conseils : conseil d'état , conseil de guerre , conseil de finances , il écoutoit tout cela ; mais de tout cela il en appeloit à ce conseil intérieur où il dé- Hbéroit seul avec Dieu, et où seul avec Dieu il décidoit. Non, non, Seigneur, disoit-il, qu'il ne m'arrive jamais de me faire une politique essentiellement opposée à votre Evangile : vous avez dit que bienheureux étoient les pacifiques ; malheur à moi, si, renonçant à cette béatitude, je m'employois à souffler le feu de la division et de la guerre! Peut-être, dans l'idée des enfants du siècle, en serois-je plus fort; mais je ne veux point , ô mon Dieu , d'autre force que celle qui est selon toute la droiture de votre loi ; et peu m'importe que ma conduite soit au gré des sages du monde, pourvu qu'en qualité de pacifique , je sois au nombre de vos enfants. Voilà comment parloit saint Louis-, et, dans ce langage, il y avoit un fond de grandeur que le monde même étoit forcé de reconnoître : mais il ne se contentoit pas de parler ainsi ; ce qu'il disoit, il le pratiquoit. Le pape Grégoire IX lui offre, pour son frère le comte d'Artois, la couronne impériale, après avoir excommunié Frédéric; saint Louis, insensible à son intérêt, mais encore plus incapable de faire servir son intérêt à la passion d'autrui, refuse sans balancer l'offre qui lui est faite; et quoiqu'il eût contre Frédéric de légitimes sujets de plainte, il ne veut n1 consentir à sa dégradation , ni avoir part à sa dépouille : il répond au pape qu'il suffit au comte d'Artois d'être son frère et prince de son sang ; que ce seul avantage , joint aux prétentions que lui donne son mérite et sa naissance, valent mieux pour lui que l'empire , dans les circonstances où l'empire lui est présenté ; et cette réponse , aussi solide que désintéressée, remplit d'admiration toute l'Europe. L'empereur et le pape même en conçoivent pour saint Louis un profond respect; et désormais saint Louis passe pour l'exemple et Je modèle des princes généreux : à quoi est-il redevable de cetle gloire? à sa sainteté.
En faut-il davantage, mes chers auditeurs, pour nous détromper aujourd'hui de cette damnable erreur des libertins et des mondains, qu'en s'assujettissant aux règles de la sainteté évangéliquc , on ne peut jamais réussir dans le monde? Ah? Seigneur, quand cette maxime seroit aussi vraie qu'elle est fausse et insoutenable, je ne devrois pas pour cela balancer sur le parti que j'aurois à prendre. Supposé même ce principe , je devrois, sans hésiter, renoncer d'esprit et de cœur à tous les avantages , à tous les succès , à toutes les fortunes du monde. Je dis plus : je devrois compter pour rien tout ce qui s'appelle prudence du monde , sagesse du monde , et même perfection selon le monde, pour m'attacher à la sainteté, qui est le véritable caractère de vos élus. Dans l'impuissance où je serois d'accorder l'un et l'autre ensemble , cette sainteté seule devroit me suffire ; et , content de la posséder, je devrois être prêt à fouler aux pieds tout le reste , pour pouvoir dire comme le Sage : Et divilias nihil esse duxi in comparatione illius \ Mais votre providence, ô mon Dieu , ne nous réduit pas à cette nécessité , et vous n'avez pas mis notre vertu à une si forte épreuve. Ce qui nous rend inexcusables devant vous , c'est qu'au contraire il est certain qu'en nous éloignant des voies de la sainteté, nous nous éloignons de ce qui peut uniquement nous rendre , même selon le monde, solidement parfaits , et dignes de l'estime et de l'approbation des hommes; c'est qu'en abandonnant la sainteté, nous devenons, dans l'opinion même du monde, des hommes vains, des hommes frivoles, des hommes trompeurs et pleins d'injustice. 11 n'y a en effet que la sainteté qui puisse nous donner une solide perfection. Otez la sainteté chrétienne, il n'y a dans le monde qu'apparence de vertu, que dissimulation, que mensonge, qu'illusion et hypocrisie. Que faut-il donc faire pour arriver à cette perfection solide, dans les conditions où nous nous trouvons engagés? Retenez bien ceci, Chrétiens, et que cette instruction soit pour jamais la règle de votre conduite.' C'est qu'il faut une bonne fois nous résoudre à imiter l'exemple de saint Louis , et à sanctifier comme lui notre condition par l'esprit de notre religion. Je m'explique. La sainteté a fait de saint Louis un grand roi; cette même sainteté, dans les divers états de vie que vous avez embrassés ; fera de vous des hommes sans tache et sans reproche , des hommes au-dessus de toute censure, des hommes d'une réputation que le libertinage respectera. Vous avez dans le monde des emplois à exercer : ayez comme saint Louis de la religion , vous les exercerez avec honneur. Vous avez des affaires à régler, des intérêts à ménager, des différends à terminer : faites tout cela comme saint Louis dans l'esprit d'une exacte religion, Dieu y
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donnera sa bénédiction. Par -là vous vous attirerez non - seulement l'estime, mais la confiance de ceux avec qui Dieu vous a liés. Sans cela, quelque talent que vous ayez d'ailleurs selon le monde, jamais le monde ne fera fond sur vous , ni ne se confiera en vous. Cette morale convient à tous; mais c'est particulièrement à vous, âmes chrétiennes, que je prétends aujourd'hui l'appliquer; à vous que la Providence a choisies pour être élevées dans cette sainte maison (Saint-Cyr); à vous que je puis bien appeler les élues de votre sexe, puisque Dieu , par sa miséricorde , vous a prédestinées entre mille autres pour être admises dans ce séjour de la vertu-, c'est à vous, disje , que je parle : c'est pour vous que Dieu a excité la piété du plus grand monarque du monde; pour vous que le successeur de saint Louis , et l'héritier de son zèle aussi bien que de sa couronne, a formé rimportant dessein de votre établissement ; pour vous qu'il a entrepris ce grand ouvrage , qui sera un monument éternel de sa religion , autant que de sa magnificence et de sa gloire. La piété de saint Louis sembloit avoir pourvu à tout le reste : le soin de pourvoir à vos personnes étoit réservé à Louis-le-Grand. La France étoit pleine de maisons de charité que saint Louis avoit érigées pour cent autres besoins : mais ses vues navoient point été à en fonder une où la jeune noblesse de votre sexe trouvât un favorable asile ; et vous le trouvez ici. C'est pour l'accomplissement de cet œuvre inspiré du ciel , que Dieu vous a suscité une seconde mère , à qui vous êtes encore plus redevables qu'à celles dont vous avez reçu la vie ; une mère selon l'esprit, dont la vue pleine de sagesse a été de vous procurer une éducation digne de votre naissance , dont l'attention et le premier soin est de vous former à tout ce qu'il y a dans le christianisme de plus parfait et de plus pur, dont toute la joie est de voir chaque jour en vous les merveilleux Jruits d'une si salutaire institution. C'est à vous , encore une fois , que j'ai prétendu faire une application particulière de ce discours , qui se réduit enfin à bien comprendre que vous ne réussirez jamais dans nulle condition du monde, si vous n'y agissez et ne vous y comportez selon les maximes de la piété chrétienne ; que , quelque parti que vous preniez , et à quelque vocation que Dieu vous destine, vous n'y serez jamais ce que vous y devez être , si vous ne travaillez solidement à vous sanctifier : voilà en quoi consiste la science des Saints, etvoi!î en quoi doit consister toute la vôtre.
Grand roi, dont nous honorons aujourd'hui l'éminente et magnifique sainteté ; grand Saint , dont les vertus et les mérites relèvent si hautement la souveraineté et la majesté, faites, par votre puissante intercession auprès de Dieu, que toutes les personnes qui m'écoulent soient persuadées et touchées des vérités importantes
que je viens de leur annoncer. Regardez -nous du haut du ciel, ô saint monarque ! et dans cette félicité éternelle que vous possédez , soyez sensible à nos misères : tout indignes que nous sommes de votre secours , ne nous le refusez pas. Jetez les yeux sur cette maison •qui vous est dévouée , sur ces vierges qui sont vos filles , et qui , rassemblées dans ce saint lieu , vous invoquent comme leur père. Regardez d'un œil favorable ce royaume que vous avez si sagement gouverné et si tendrement aimé. Si , par la corruption des vices qui s'y sont introduits depuis votre règne, la face vous en paroît défigurée , que cela même soit un motif pour vous intéresser, comme son roi , à le renouveler : si vous y voyez des scandales, aidez-nous à les retrancher. Etendez surtout votre protection sur notre auguste monarque. C'est votre fils, c'est le chef de votre maison , c'est l'imitateur de vos vertus, c'est la vive image de vos héroïques et royales ■qualités ; car il a comme vous le zèle de Dieu , il est comme vous le protecteur de la vraie religion, le restaurateur des autels, l'exterminateur de l'hérésie. Que n'a-t-il pas fait pour mériter tous ces titres? avec quelle force n'a-t-il pas combattu les ennemis de la foi , et avec quel succès ne les a- t-il pas vaincus? Obtenez-lui les grâces et les lumières dent il a besoin pour achever les grands desseins que Dieu ]ui inspire ; que cet esprit de sainteté qui vous a dirigé dans toutes vos voies , vienne reposer sur lui ; qu'il nous anime nous-mêmes , et quil nous conduise tous à l'éternité bienheureuse , etc.
y]R DU TOME QUATRIÈME.