POUR LA FÊTE DE LA PENTECÔTE
Sujet. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit.
Il est important de connoîlre quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis comme aux apôtres, et quels effets il doit opérer en nous.
Division. Esprit de vérité qui nous éclaire , première partie ; esprit de sainteté qui nous purifie , deuxième partie ; esprit de force qui nous anime , troisième partie.
Première partie. Esprit de vérité qui nous éclaire. Pouvoir 1° enseigner sans exception toute vérité, 2° l'enseigner sans distinction à toutes sortes de sujets, 3° l'enseigner en toutes manières, c'est ce qui n'appartient qu'à l'Esprit de Dieu.
1. 11 n'appartient qu'au Saint-Esprit de nous enseigner toute vérité : car il y a des vérités que la chair et le sang ne révèlent point , des vérités qui semblent choquer la raison humaine , des vérités gênantes , humiliantes , mortifiantes. Si donc un homme est en persuadé, ce ne peut être que l'effet d'un esprit supérieur qui agit en lui ; et cet esprit supérieur, c'est l'esprit de Dieu.
2. 11 n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité à toutes sortes de sujets. Donnez au plus habile docteur certains esprits grossiers à instruire : avec toutes ses lumières , il ne les éclairera pas. Mais quand l'esprit de Dieu s'en rend le maitre, comme c'est lui qui les a formés , il les élève à tout ce qu'il veut.
3. Il n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité en toutes manières; c'est-à-dire dans un instant, sans qu'il en coûte ni étude , ni travail, et jusqu'à déterminer les hommes à mourir pour la défense des vérités qui leur ont été révélées.
Or voilà ce que fait le Saint-Esprit dans les apôtres. 11 leur enseigne les vérités les plus dures en apparence, et les plus contraires aux sens et à la nature. II les leur enseigne sans nulle disposition de leur part , puisque c'étoient des hommes à qui Jésus-Christ lui-même avoit reproché leur aveuglement , et leur lenteur à comprendre et à croire. Il les leur enseigne dans un moment , et jusqu'à les résoudre à souffrir le martyre. On a vu dans la suite ces mêmes effets du Saint-Esprit en des millions de fidèles. Mais qu'a fait le démon ? il a opposé à cet esprit de vérité l'esprit du monde , qui est un esprit de mensonge ; et c'est cet esprit du monde qui conduit tout. Car à nous voir agir , peut-on dire que ce soit l'esprit de Dieu qui nous dirige , et que nous soyons bien convaincus des vérités qu'il est venu nous apprendre?
Deuxième partie. Esprit de sainteté qui nous purifie. C'est pour cela que le Fils de Dieu en parloit à ses disciples comme d'un baptême : Vos autem baptisabimini Spiritu Sancto. Voyons, 1° l'excellence, 2° les obligations de ce baptême.
1. Excellence de ce baptême. Ce fut comme un baptême de feu ; et ce baptême de feu alla jusqu'à purifier les cœurs des apôtres d'un certain genre d'attache qu'ils avoient eu, et qu'ils conservoient pour Jésus-Christ même. Car s'attachant à Jésus- Christ, dit saint Augustin, ils ne l'envisageoient point encore, avec des yeux assez purs , et ils le considéroient trop selon l'humanité et selon la chair. Voilà pourquoi le Sauveur du monde leur disoit : Si je ne m'en vais, l'Esprit consolateur ne viendra point dans vous. Jugeons de là ce que nous devons penser, non -seulement de ces attaches grossières qui portent évidemment le crime avec elles; mais de bien d'autres attaches innocentes , à ce qu'il paroit , honnêtes et même saintes , mais dont l'esprit de Dieu nous feroit voir le danger si nous voulions nous rendre attentifs à sa voix.
2. Obligation de ce baptême. C'est de retrancher tout ce qu'il y a d'humain daus nos pensées , dans nos désirs , dans nos paroles et dans nos actions. Voilà le miracle que nous devons demander au Saint-Esprit , et c'est pour nous purifier de la sorte qu'il se répandra sur nous.
Troisième partie. Esorit de force qui nous anime. Nous en avons un cxcmpie bien
sensible dans les apôlres. L'esprit de force dont ils sont remplis leur inspire i'n zèle 1° qui les fait parler hautement et se déclarer , 2° qui les encourage à tout entrepredre , 3° qui les rend capables de tout souffrir pour le nom de Jésus-Christ.
i. Zèle qui les fait parler hautement et se déclarer. Ils s'étoient tenus renfermés dans le cénacle ; mais tout-à-coup ils en sortent, et rendent un témoignage public à Jésus-Christ.
Zèle qui les encourage à tout entreprendre. Ils se proposent la conversion du monde entier, et lls en viennent à bout.
3. Zèle qui les rend capables de tout souffrir. Persécution , contradiction , opprobres , rien ne les arrête. Ils méprisent les tourments et la mort.
C'est par cette force chrétienne que nous pourrons connoitre si nous avons reçu nous-mêmes le Saint-Esprit.
Compliment à la reine d'Angleterre.
Sujet. Au nom du Père} du Fils, et du Saint-Esprit.
Voilà , en trois paroles , le sommaire de notre foi. C'est à Dieu à nous éclairer» pour pouvoir parler dignement de ce grand mystère et en tirer de salutaires instructions.
Division. Croire un Dieu en trois personnes , c'est le plus gTand hommage de foi qu'une créature puisse rendre à Dieu, première partie : croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand sujet de confiance que la créature puisse avoir en son Dieu , deuxième partie : croire un Dieu en trois personnes , c'est avoir devant les yeux le plus puissant motif et le plus excellent modèle de la charité , qui doit tous nous unir en Dieu et selon Dieu , troisième partie.
Première partie. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand hommage de foi que la créature puisse rendre à Dieu. Je ne puis me former de Dieu une plus haute idée que quand je reconnois qu'il est incompréhensible. Or dans quel mystère Dieu est-il plus incompréhensible à l'homme? n'est-ce pas dans la Trinité? D'où il s'ensuit que je ne puis plus exalter de ma part le souverain être de Dieu , que par la créance de cette ineffable Trinité.
Que fais-je quand je crois un Dieu en trois personnes? je lui fais un sacrifice de la plus noble partie de moi-même , qui est ma raison; et comment le fais-je? de la manière la plus excellente et la plus héroïque; et en quoi consiste-t-il ? le voici. Je crois un mystère dont je n'ai nulle expérience , et dont il m'est impossible d'avoir la moindre idée avant que Dieu me l'ait révélé : et quand Dieu me l'a révélé Je le crois de telle sorte , que ma raison ne peut s'en faire juge , ni l'examiner ; enfin , ce qui fait la perfection de mon sacrifice, je crois ce mystère, quoiqu'il semble répugner positivement à ma raison.
Telle est notre foi. Nous la professons de bouche , nous disons assez que nous serions prêts à mourir pour la défendre : mais il ne s'agit point présentement de mourir pour la foi ; il s'agit de la soutenir et de l'honorer par l'innocence et la pureté de nos mœurs. Souvenons -nous que nous adorons une Trinité dont le caractère propre et essentiel est la sainteté.
Deuxième partie. Croire un Dieu en trois personnes , c'est le plus grand sujet de confiance que la créature puisse avoir en son Dieu. Quand on nous instruit au christianisme , par où commence-t-on ? par ce qu'il y a de plus relevé et de plus difficile à croire , qui est le mystère de la Trinité. Pourquoi s'attache-t-on d'abord à cet article? parce que c'est le fondement de toute notre espérance ; car je ne puis être sauvé sans la foi d'un Dieu en trois personnes : comme cette foi demande un plus grand effort de notre part , aussi la profession que nous en faisons est-elle d'un plus srand mérite; et Dieu nous dit alors ce qu'il dit à Abraham : Quia fecisti hanc ren\ multiplicaba semen tuum. De là vient que cette formule de foi que nous prononçons en confessant la Trinité , et qui est conçue en ces termes , Au nom du Père , du Fils , et du Saint- Esprit , est si sainte et si vénérable dans notre religion. De là vient que nous la mettons à la tête de toutes nos actions , afin qu'elle les sanctifie et .qu'elle les rende méritoires. Pratique qui nous est venue des apôtres, et que l'Eglise observe solennellement et constamment dans tous ses divins offices. Si nous l'avions jusqu'à présent observée
nous-mêmes dans le même esprit et avec la même piété que l'Eglise, combien de mérites aurions-nous acquis devant Dieu ?
Quand à l'heure de notre mort le prêtre priera pour nous, quel nom emploiera-t-il pour rendre ses vœux plus efficaces? Les noms du Père. , du Fils, et du Saint-Esprit. Et quand, s'adressant à Dieu, il lui recommandera l'àme du mourant, de quelle raison se servira-t-il ? De celle-ci : Quoiqu'il ait péché, Seigneur , il a confessé votre auguste Trinité.
Troisième partie. Croire un Dieu en trois personnes, c'est avoir devant les yeux •Je plus puissant motif et le plus excellent modèle de la charité qui doit nous unir en Dieu et selon Dieu. 1° La foi de la Trinité est le motif et comme le lien substantiel de la charité qui doit être entre nous, 2° le mystère de la Trinité en est encore le grand modèle que Jésus-Christ nous a donné dans son Evangile.
1. La foi de la Trinité doit être le lien de notre, charité mutuelle. Ainsi l'enseigne saint Paul : Puisque vous n'avez tous qu'un même Dieu, disoit-il aux premiers fidèles , que vous n'avez tous qu'une même foi , que vous n'avez tous qu'un même baptême, et que vous ne faites tous qu'un même corps, qui est l'Eglise , n'esl-il pas juste que vous n'ayez tous qu'un même esprit? Au nom de qui avez-vous été baptisés, ajoutoit le même apôtre, pour arrêter certaines discordes? n'est-ce pas au nom du Père , du Fils , et du Saint-Esprit, et cette unité de religion ne doit-elle pas former entre vous l'union des cœurs? Ainsi l'ont compris les hérétiques mêmes : dès-là qu'ils ■font secte et qu'ils composent une Eglise prétendue , ils commencent à s'entr'aider.
3. Le mystère de la Trinité est le grand modèle de notre charité. Que demandoit Jésus-Christ à son Père pour ses disciples ? Qu'ils ne fussent qu'un entre eux , comme le Père et le Fils , dans l'auguste Trinité , ne sont qu'un. Dans cette Trinité adorable , point d'intérêts différents , point de sentiments opposés , point de volontés contraires. Nous formons-nous sur ce modèle ?
Sujet. Ma chair est vraiment une viande.
Une viande sacramentelle , une viande qui , toute matérielle qu'elle est , a la vertu de nous conserver la grâce , c'est ce qui en fait l'excellence. Telle est la chair du Fils de Dieu.
Division. La gloire du corps de Jésus-Christ , c'est d'avoir été donné à l'Eglise dans le saint sacrement de l'autel , première partie : la gloire de l'Eglise , c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans ce sacrement, deuxième partie.
Première partie. La gloire du corps de Jésus-Christ , c'est d'avoir été donné à l'Eglise dans le saint sacrement de l'autel. Il étoit juste que Jésus-Christ travaillât à honorer sa chair , et deux raisons l'y obligeoient : 1° l'honneur qu'il avoit fait à cette chair de contracter avec elle une alliance si étroite, dans son incarnation ; 2° les humiliations extrêmes à quoi il l'avoit réduite dans sa passion. Or c'est dans la divine Eucharistie qu'il l'élève jusqu'à être l'aliment de nos âmes , et que , toute matérielle qu'elle est > '1 'u' donne la vertu de vivifier nos esprits.
Après cela faut-il s'étonner que Jésus-Christ nous ait proprosé son corps à adorer dans nos temples ? car nous l'y adorons , disent saint Ambroise et saint Augustin : deux témoignages bien puissants contre les hérétiques. C'est pour cela même aussi que l'Eglise a institué cette fête , que nous célébrons à l'honneur du corps de Jésus- Christ.
Mais pourquoi cette cérémonie , d« porter en pompe le corps du Fils de Dieu ? C'est l°en mémoire de ce qu'il se porta lui-même, quand il distribua à ses apôtres sa chair et son sang; 2° en action de grâces de ce qu'il alloit lui-même autrefois parcourant les villes et les bourgades ; 3° pour lui faire une réparation authentique des opprobres qu'il souffrit dans les rues de Jérusalem, lorsqu'il fut traîné de tribunal en tribunal ; 4° pour lui faire honneur, dit le cardinal Du Pf^u , de toutes les victoires qu'il a remportées sur l'hérésie dans le sacrement de son corps; 5° pour lui faire comme une amende honorable de tant d'outrages qu'il a reçus et qu'il reçoit sans cesse, des mauvais chrétiens, dans l'Eucharistie. Quelle doit donc être , pendant cette octave , l'occupation d'une âme lidèle? d'entrer dans les sentiments dft l'Eglise , et d'honorer avec elle la chair du Rédempteur.
Deuxième partie. La gloire de l'Eglise , c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel. Car c'est par-là, 1° qu'elle est honorée de la présence réelle d'un Dieu , 2° qu'elle est honorée de ses entretiens et de sa familiarité la plus intime , 3° qu'elle est même honorée de l'union la plus parfaite avec lui , puisque ce Dieu-Homme , par le moyen de son sacrement, s'unit aux fidèles , qui sont les membres de l'Eglise , et vient demeurer en eux : tellement que , dans la pensée des Pères , l'Eucharistie est pour nous comme une extension du mystère de l'incarnation ; 4° qu'elle est enfin nourrie de son corps et de son sang adorable.
De tout ceci nous devons remporter deux sentiments : 1° de respect et de vénération pour l'Eglise , 2° de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps. Respect et vénération pour l'Eglise; car pouvons-nous l'honorer assez après que Jésus-Christ l'a tant honorée? Cependant , c'est nous-mêmes tous les jours qui la déshonorons. Zèle peur l'innocence et la pureté de nos corps , puisqu'en vertu de la communion , ils deviennent les sanctuaires vivants et les membres de Jésus-Christ même. Quelle indignité donc et quelle horreur , de les profaner par des excès honteux!
Sujet. Jacob fut le père de Joseph , l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus qu'on
appelle Christ.
Voilà le plus bel éloge de Marie ; voilà ce qui rend sa conception , non-seulement si glorieuse , mais si sainte. L'Eglise prétend honorer aujourd'hui la grâce qui la sanctifia dès le moment qu'elle fut conçue , et c'est de là que nous devons tirer de solides instructions pour nous.
Division. Marie, par le privilège de sa conception .pleinement victorieuse du péché, nous fait connoitre , par une règle toute contraire , l'état malheureux où nous a réduits le péché, première partie. Marie, sanctifiée par la grâce de sa conception, nous fait connoitre l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre baptême , deuxième partie. Marie , fidèle à la grâce de sa conception , nous fait connoitre , par son exemple , l'obligation indispensable que nous avons de ménager et de conserver la grâce en vertu de laquelle nous sommes tout ce que nous sommes , troisième partie.
Première partie. Marie , par le privilège de sa conception , pleinement victorieuse du péché, nous fait connoitre, par une règle toute contraire, l'état malheureux où nous a réduits le péché. Tous les autres avantages que pouvoit avoir Marie dans sa conception n'eussent rien été aux yeux de Dieu sans la grâce , et Dieu à ce moment ne la considéra , ni ne l'estima que parce qu'elle lui parut dès-lors revêtue de la grâce. De là comprenons , 1° quel est le fond de notre misère , d'avoir été conçus hors de la grâce ; 2° quels en sont les effets , puisque par-là nous nous trouvons malheureusement sujets à tous les désordres que traîne après soi le péché d'origine.
Ce n'est pas assez : mais 1° le comble de notre misère , c'est que , tout humiliante qu'elle est, elle ne nous humilie pas; 2° l'excès de notre misère, c'est que, toute •déplorable qu'elle est , nous ne la déplorons pas ; 3° le prodige de notre misère , c'est qu'au lieu de la déplorer , nous nous aveuglons tous les jours jusqu'à nous en féliciter et à nous en glorifier ; 4° l'abus de notre misère , c'est que nous en tirons même avantage jusqu'à nous en servir comme d'une excuse dans nos péchés , et jusqu'à nous en prévaloir contre Dieu ; 5° la malignité de notre misère , c'est que le péché où nous avons été conçus, infecte dans nous tout ce qui vient de Dieu et tout ce que nous avons reçu de Dieu ; G° l'abomination de notre misère , c'est que , non contents «l'être enfants de colère par nature ; nous le sommes et nous voulons bien l'être par notre choix ; 7° l'abomination de désolation dans notre misère, c'est qu'outre le péché de nos premiers parents , qui est retombé sur nous , nous suscitons encore toas les jours dans le christianisme de nouveaux péchés originels, pires que celui-là, et d'une conséquence pour nous plus pernicieuse.
Deuxième partie. Marie, sanctifiée par la grâce de sa conception, nous fait connoitre l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre baptême. Celte grâce que reçut Marie dans sa conception, 1° sanctifia sa personne, 2° releva le mérite de toutes les actions de sa vie. Grâce qui sanctifia la personne de Marie , et qui par-là même la disposa à être la mère de Dieu , en la rendant digne de Dieu ; grâce qui releva le mérite de toutes les actions de Marie, puisque la Mère de Dieu,
dans tout le cours de sa vie , n'a pas fait une seule action qui n'ait tiré son prix et sa valeur de cette première grâce.
Ainsi , par proportion , la grâce de notre baptême 1» sanctifie nos personnes , 2° répand su i nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie éternelle que nous devons posséder en Dieu. Elle sanctifie nos personnes, en nous élevant jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu. Quel avantage ! voilà le titre qui fait notre véritable grandeur. Elle répand sur nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie éternelle : car, en vertu de celte grâce , nous devenons les hérétiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus- Chrisl ; et toutes nos bonnes œuvres , consacrées par cette grâce, nous donnent un droit certain à la gloire céleste.
Troisième partie. Marie, fidèle à la grâce de sa conception, nous fait connoître, par son exemple , l'obligation indispensable que nous avons de ménager et de conserver la grâce par où nous sommes tout ce que nous sommes. 1° Marie , quoique exempte de toule foiblesse et confirmée en grâce dans sa conception , n'a pas laissé de fuir le monde et la corruption du monde; 2° Marie , quoique conçue avec tous les privilèges de l'innocence, n'a pas laissé de vivre dans l'austérité et dans les rigueurs de la pénitence; 3° Marie, quoique remplie du Saint-Esprit dès l'instant de son origine , n'a pas laissé de travailler ; et sans mettre jamais de bornes à sa sainteté, elle a toujours été croissant en vertus et en mérites.
i. Marie a fui le monde , quoique le monde n'eût rien pour elle de dangereux ; et nous , pour qui il est si contagieux , nous le recherchons , et nous prétendons que Dieu , pour nous y soutenir malgré notre foiblesse , fasse des miracles.
2. Marie a vécu dans la pénitence , quoiqu'elle eût été conçue avec tous les privilèges de l'innocence; et nous , pécheurs, nous voulons goûter toutes les douceurs de la vie.
3. Marie , quoique pourvue d'une grâce surabondante, s'est néanmoins toujours appliquée à croitre en vertus et en mérites; et nous, en qui la grâce laisse toujours un si grand vide, quelque peu de bien que nous fassions , nous nous en tenons là.
Compliment au roi.
Ier SDR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE.
Sujet. Alors Marie dit à l'ange : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait
selon votre parole.
C'est en conséquence de cette réponse et de ce consentement de Marie, que le Fils de Dieu descendit de sa gloire, et s'incarna dans les chastes entrailles de cette vierge.
Division. Marie conçut le Verbe de Dieu , et par l'humilité de son cœur , première partie; et par la pureté de son corps, deuxième partie.
Première partie. Marie conçut le Verbe de Dieu par l'humilité de son cœur. C'est l'humilité, dit saint Augustin , qui , de la part de l'homme , doit être la première et l'essentielle disposition aux communications de Dieu : si donc Dieu choisit Marie pour sa mère, préférablement à toute autre femme, c'est qu'elle lui parut seule dans l'état de cette humilité parfaite qu'il demandoit.
En elfet, remarque saint Bernard , un Dieu qui lui-même étoit sur le point de s'humilier jusqu'à l'excès en se revêtant de notre chair, devoit avoir des complaisances infinies pour l'humilité. Mais qu'y eut-il donc de si singulier dans l'humilité de Marie ? l° Ce fut une humilité jointe à la plénitude du mérite. On la salue comme pleine de grâce, Graiiâ plena; et elle répond qu'elle est la servante du Seigneur: Ecce ancilla Domini. 2° Ce fut une humilité dans le comble de l'honneur. Un ange lui vient annoncer qu'elle sera mère de Dieu , Ecce concipies; et elle ne se donne que le titre de servante de Dieu : Ecce ancilla Domini. Or voilà ce qui ravit le ciel ; voilà ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son Père pour se renfermer dans le sein de Marie. Tandis qu'elle s'humilie devant Dieu , le Fils de Dieu 6'anéantit en elle : Exinanivit semelipsum.
De là apprenons l'humilité. Une mère de Dieu humble, un Dieu anéanti, quelles leçon? pour nous ! Sans l'humilité il n'y a ni christianisme , ni religion , puisque snns l'humilité il n'y auroit pas même d'incarnation ni d'Homme-Dieu, il est vrai que l'humilité est une vertu assez inconnue à la cour; mais c'est pour cela même qu'il faut l'y prêcher , afin de l'y faire connoître. CeDendant , peut-on être humble et grand
tout à la fois? En pouvons-nous douter depuis que le Fils même de Dieu a pu devenir humble en demeurant Dieu , et depuis que Marie a pu être la plus humble de toutes les créatures , en devenant la mère de Dieu ? Oui , on peut être humble et être grand ; et l'avantage même des grands est de trouver dans l'humilité de quoi sanctifier leur condition , et de trouver dans leur condition de quoi rendre leur humilité plus sainte et plus précieuse devant Dieu.
Deuxième partie. Marie conçut le Verbe de Dieu par la pureté de son corps et par {a virginité. Le prophète avoit prédit que le Messie naîtroit d'une vierge; et il étoit, i't saint Bernard , de la dignité d'un Dieu , en se faisant homme, d'avoir une mère terge, puisque toute autre conception que celle-là eût obscurci l'éclat et la gloire de A divinité. Aussi , selon la belle réflexion du même saint Bernard ,tout ce mystère se passe entre Dieu, un ange et Marie, qui nous marquent autant de caractères différents de la plus parfaite pureté. Que devons-nous conclure de là ?que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle , il falloit et une pureté angélique , et une pureté ■virginale, pour concerter entre Dieu et l'homme cette ineifable union qui s'est accomplie dans le Verbe fait chair.
Dieu même , dans ce mystère , donne la préférence à la pureté virginale , en choisissant une mère vierge, et lui députant un ange qui n'est auprès d'elle que son ambassadeur. Ne nous en étonnons pas , poursuit saint Bernard , puisque la pureté de cette vierge étoit d'un mérite qui l'élevoit au-dessus de celle des anges : car les anges sont purs par nature et par privilège de béatitude et de gloire; mais Marie l'étoit par choix et par vertu. Et jusqu'à quel point l'étoit-elle? 1° jusqu'à se troubler à la vue d'un ange ; effet de sa vigilance pour conserver le trésor de sa virginité : 2° jusqu'à être prête de renoncer à la maternité divine , plutôt que de cesser d'être vierge; effet de sa constance pour ne pas perdre le trésor de sa virginité. Or c'est cela même qui engage Dieu à lui donner son esprit , Spiritus sanctus superveniet in te ; et à venir lui-même dans elle pour s'y faire chair : Teroum caro factura est.
Après cette alliance merveilleuse qu'un Dieu a contractée avec notre chair, quel soin ne devons-nous pas avoir de maintenir nos corps dans une pureté inviolable , et pouvons-nous trouver étrange que saint Paul et les Pères aient témoigné une horreur spéciale pour l'impureté ? Le mystère de l'incarnation donne à ce péché un caractère de malice tout particulier.
IIe SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE.
Sujet. Le Verbe s'est fait chair, et il a demeuré parmi nous.
C'est le grand mystère que célèbre l'Eglise. Mystère de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes ; mystère qui , tout incroyable qu'il paroît, a été cru dans tout le monde. Il s'agit dans ce discours d'en donner une connoissance aussi parfaite que nous pouvons l'avoir.
Division. Trois alliances merveilleuses. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ , qui devient Homme-Dieu , première partie : alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie , qui devient mère de Dieu , deuxième partie : alliance du Verbe avec la chair par rapport à nous, qui devenons enfants de Dieu , troisième partie.
Première partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ , qui devient Homme-Dieu. Miracle que la foi nous révèle, et d'où il s'ensuit que la chair de l'homme , considérée dans la personne du Bédempteur, est vraiment la chair d'un Dieu , et qu'elle est entrée en possession de toute la gloire de Dieu. De là vient encore que dans Jésus-Christ , entre la chair et le Verbe , il n'y a rien eu de divisé, et que ce qui étoit vrai de l'un , par une communication d'attributs , l'est aussi de l'autre. Parce que la chair de Jésus-Christ a été passible , nous disons que le Verbe de Dieu a souffert ; et parce que le Verbe est égal à Dieu , nous ne craignons point de dire que la chair de Jésus-Christ est assise à la droite de Dieu.
Trois hérésies : 1° de ceux qui ont combattu la divinité de Jésus-Christ, 2° de ceux qui n'ont pas voulu reconnoitre l'humanité de Jésus-Christ, 3° de ceux qui, recon- -noissant la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, ont seulement nié l'union de l'une et de l'autre, telle que le Saint-Esprit l'a faite , et telle qu'elle subsistera toujours. Dogmes impies , que l'Eglise a frappés de ses anathèmes.
Il est donc vrai que le Verbe de Dieu s'est réellement fait chair ; et puisque la chair de ce Verbe fait homme est la chair d'un Dieu , jugeons avec quel sujet saint Paul a prononcé un si terrible arrêt contre ceux qui la reçoivent indignement dans la communion. Quelle épreuve Marie fit-elle d'elle-même avant que de consentir à l'incarnation de ce Dieu-Homme dans son sein ? Faisons de nous la même épreuve pour nous disposer à la communion pascale.
Deuxième partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie , qui devient mère de Dieu. Alliance que l'hérésiarque Nestorius ne voulut pas reconnoitre, refusant à Marie le titre de mère de Dieu. Mais on sait avec quel zèle l'Eglise prit les intérêts de celte vierge , et comment elle arrêta dans le concile d'Ephèse que le titre de mère de Dieu seroit un terme consacré contre l'hérésie nestorienne , comme celui de consubstantiel l'avoit été dans le concile de Nicée contre l'hérésie arienne.
Ainsi nous croyons que Marie est véritablement mère de Dieu ; et c'est sur cette maternité divine que sont fondés tous les honneurs que nous lui rendons. Nous n'en faisons pas une divinité; mais sans l'élever jusqu'à Dieu , est-il du reste une grandeur comparable à celle de cette mère de Dieu ? Considérons-la sous deux rapports , l'un à Dieu, l'autre aux hommes : l° Marie , mère de Dieu ; c'est le premier rapport : 2° Marie, mère de Dieu , devenue par-là même la médiatrice et comme la mère des hommes} c'est le second. Or quelle gloire lui doit revenir de l'un et de l'autre ?
1. Marie, mère de Dieu. La virginité et la maternité jointes ensemble, quel prodige! Un Dieu dépendant d'une vierge en qualité de fils, quel honneur pour cette vierge !
2. Marie, mère des hommes, puisque tous les hommes sont non-seulement les frères, mais les membres de ce Dieu-Homme qu'elle a porté dans son sein. De là médiatrice et protectrice des hommes. Adressons-nous donc à elle avec confiance; ce ne sera pas en vain : mais nous en recevrons ce que tant d'autres en ont reçu.
Troisième partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à nous , qui devenons enfants de Dieu. Car le Verbe divin n'a pu se revêtir de la chair de l'homme, sans contracter avec les hommes la plus étroite affinité ; et du moment qu'il nous a ainsi unis à lui , en sorte que nous ne faisons avec lui qu'un même corps, nous pouvons dire , dans un sens propre et réel , que nous sommes enfants de Dieu. Sur cela , voyons 1° ce que nous devons à Dieu , 2° ce que nous nous devons à nous-mêmes.
1. Ce que nous devons à Dieu comme enfants de Dieu : l'obéissance à ses ordres, el le zèle pour sa gloire. Sans cela , que sert-il de l'appeler notre Père ? Si cette obéis sance et ce zèle nous doivent coûter , ils ont encore plus coûté à Jésus-Christ.
2. Ce que nous nous devons à nous-mêmes comme enfants de Dieu : ne pas dégé nérer de cette glorieuse qualité par une conduite qui nous en rende indignes.