‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 30 sur 124 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'éloii un principe établi , même parmi les païens , et dont ils ont fait comme le point capital de leur morale, que de se connoître est l'abrégé de toute la sagesse et de toute la perfection. Connoissez vous vous-mêmes, disoient ces sages du monde, dépourvus du don de la foi , mais dont les maximes ne laisseront pas de servir un jour à la condamnation des chrétiens : connoissez-vous vous-mêmes , et vous serez humbles. Or, étant humbles, nous vous répondons de vous; et sûrs de cette seule vertu , nous vous garantissons toutes les autres. Connoissez-vous vous-mêmes, ajoutoient-ils, et quelque figure que vous fassiez dans le monde , vous avouerez que vous êtes peu de chose , que peu de chose vous enfle , et que peu de chose vous abat ; connoissez-vous , et vous découvrirez dans vous des misères qui vous confondront, des vices qui vous effraieront , des foiblesses desprit dont vous rougirez, des bassesses de cœur dont la seule vue réprimera tout votre orgueil et tout votre amour-propra; connoissez vous , et vous trouverez dans vous une raison pleine d'erreurs , une volonté fragile et inconstante, des passions insensées, et souvent les plus lâches et les plus honteux désirs. Tout cela vous humiliera, tout cela vous détrompera des vaines idées que vous avez de vous-

mêmes; mais c'est par-là que vous parviendrez au mérite des vertus solides; c'est par-là que vous serez justes, modérés, doux, charitables; en un mot, connoissez votre néant, et vous deviendrez des hommes parfaits. Ainsi raisonnoient ces infidèles, et c'étoit sur ce fondement que le savant Cassiodore, chrétien de profession el de religion , croyoit avoir droit de conclure que la véritable grandeur est de bien comprendre sa petitesse : Nimiamagnitudo , suî eut intelligvrs parvitatem J. Et moi . mes chers auditeurs , prenant la chose dans un sentiment, ce semble, opposé, mais également propre à nous instruire et à nous édifier , je prétends que la petitesse dont nous avons le plus à nous confondre, et que nous devons plus souvent nous reprocher, c'est de ne pas connoitre assez notre véritable grandeur. Je soutiens que l'homme étant aussi grand dans les idées de Dieu qu'il est petit dans lui-même, sa perfection et son bonheur est de se regarder toujours dans Dieu , et jamais dans lui-même; de s'élever continuellement à Dieu, et de ne faire nul retour sur lui-même : de se confier , de se glorifier en Dieu , et , s'il étoit possible , de s'oublier éternellement lui-même : pourquoi? parce que la vue de lui-même, détachée de celle de Dieu , ne peut que le désespérer et le désoler , et qu'il est question de le fortifier et de l'encourager.

Mon dessein n'est donc pas maintenant de vous inspirer ces pensées basses de vous-mêmes , ni de vous représenter ce fonds d'humiliation qui , comme parle un prophète , est au milieu de vous : mais je veux au contraire, sans préjudice de l'humilité chrétienne, et pour vous attacher à vos plus importants devoirs , vous mettre devant les yeux votre excellence et votre dignité; excellence que vous avez jusqu'à présent ignorée , dignité dont vous avez été mille fois les profanateurs. Je veux vous rendre Tune et l'autre sensible, et, à l'exemple du grand saint Léon, réveiller par-là votre foi, en vous di sant : Connoissez, ô hommes , ce que vous valez , et connoissez ci que vous êtes. Deux choses à quoi se réduit toute la science , je di:

a science pratique et salutaire de nous-mêmes ; deux choses qu'i :audroit étudier tous les jours de notre vie :ce que nous valons ,

e que nous sommes : ce que nous valons dans l'estime de Dieu,

t ce que nous sommes par la vocation et la prédestination de Dieu;

* que nous valons , quoique pécheurs , et ce que nous sommes comme chrétiens. Or , pour l'apprendre, il suffit de considérer ce qui se passe aujourd'hui dans le temple de Jérusalem; et c'est ici que j'ai encore besoin de toute votre attention.

Ce que nous valons dans lestime de Dieu : pouvons-nous l'ignorer , Chrétiens , en voyant Jésus - Christ offert pour nous , Jesus-

i Caisiod.

Ihrist livre pour nous, Jésus-Christ accepté pour nous ; c'est-à-dire ésus-Christ offert, livré, accepté comme le prix de noire rédempion ? Dans l'estime des hommes , cette règle pourroit n'être pas sûre, arce que les hommes ne connoissent pas toujours la valeur des hoses, et qu'ils se trompent souvent en donnant beaucoup pour voir peu ; mais dans celle de Dieu, qui est infaillible, le raisonnement e saint Augustin est vrai et convaincant , lorsqu'il nous dit : Voulezous savoir l'excellence et le mérite de ce que Jésus-Christ a racheté ? oyez à quel prix et à quelle condition il Ta racheté : or ce qu'il a raheté. c'est votre âme, c'est votre salut, c'est vous-mêmes-, et il a racheté au prix de son sang, au prix de sa vie , au prix de sa périme même. II y a donc de la proportion entre votre salut et le sang 'un Dieu, entre votre âme et la vie d'un Dieu, entre vous-mêmes t la personne d'un Dieu. Peut-être ne l'aviez-vous jamais compris 5 îais voilà néanmoins la grande leçon que vous fait le Rédempteur es hommes , en se présentant dans le temple. Qu'est-ce que le salut e l'homme? un bien pour lequel Dieu, agissant selon les lois de sa igesse , n'a pas épargné son propre Fils ; un bien qui , mis dans la alance , mais la balance du sanctuaire , l'a emporté par-dessus tous 18 mérites d'une vie divine, puisqu'il est vrai qu'une vie div>e, vec toutes ses perfections et tous ses mérites, lui est aujourd'hui îcrifiée.

Voilà, homme du monde, ce que vous avez coûté à Dieu, et ce ue vaut, dans l'idée de votre Dieu , votre salut. Prenez garde, s'il nus plaît : quand on nous dit qu'en comparaison de ce salut, tous >s biens de la terre, que nous prisons tant , ne sont que des ombres t des fantômes ; que ce salut est l'unique nécessaire dont nous puisions compter l'acquisition et la possession pour un gain, et que tout e qui ne s'y rapporte pas doit être censé comme une perte, selon Apôtre : Ferumtamen hœc omnia detrimentum feci * ; qu'il n'y a que e salut qui subsiste et qui soit éternel , au lieu que tout le reste est assager ; que notre cœur inquiet et volage ne peut trouver de reos que dans ce salut, et que rien de visible ne le peut fixer, beauoup moins le remplir ni le rassasier ; quand on nous prêche ces véités , nous en convenons malgré nous ; et , quelque préoccupés que ous soyons en faveur du monde, nous nous disons intérieurement u'il n'y a en effet que le salut qui soit digne de notre estime, et qui lérite absolument nos soins. Or tout cela, pour parler avec Tertulen, ce sont les témoignages d'une âme naturellement chrétienne ; t c'est assez pour en juger de la sorte de n'être pas déraisonnable, luisque les philosophes , prévenus du sentiment de leur immortalité,

1 Philiv., S.

en ont ainsi jugé eux-mêmes, et qu'ils s'en sont fait honneur. Mais quand à ces témoignages de la nature la foi ajoute les siens . et que, nous proposant un Dieu offert pour nous en sacrifice, elle nous fait comprendre que notre salut n'a pu être mis à un moindre prix que celui-là ; que tout autre que ce Dieu de gloire reçu, si j'ose user de ces expressions , en paiement, et consigné sur l'autel comme notre rançon , n'auroit pas suffi pour racheter le plus vil de tous les pécheurs : qu'il a fallu qu'il s'y employât tout entier; que c'est en considération de ce mystère "que David , par un esprit de prophétie, appeloil ce Dieu qui le devoit sauver, non plus le Dieu du ciel et de la terre , mais le Dieu de son salut , Domine , Deus salutis meœ ' ,■ comme si l'on pouvoit dire sans blasphème, que toute la divinité est aujourd'hui restreinte à l'ouvrage de la rédemption de l'homme, et que ce Dieu de majesté n'est plus ce qu'il est que pour l'homme, et pour son salut, puisque c'est pour le salut de l'homme qu'il est non-seulement donné, mais donné, reprend saint Augustin, jusqu'à devoir être un jour détruit, et en quelque sorte anéanti-, tellement que cet incomparable docteur, pénétré de la pensée du Prophète, s'écrie encore avec lui : Et factus es mihi in salutem* : Oui , mon Dieu, je suis votre créature, et en cette qualité j'ai été fait pour vous; mais lorsque je vous vois revêtu d'un corps et entre les bras de Marie, dans votre adorable présentation, il me semble que tout Dieu que vous êtes, vous avez été fait pour moi, et je ne me trompe pas Et factus es mihi in salutem ; quand la foi , dis-je , venant au secours de notre raison , remplit nos esprits de ces vérités importantes et convaincantes , ah ! Chrétiens, pour peu que nous ayons de christianisme, que devons-nous penser de ce salut, dont l'excellence et la prééminence, au-dessus de tous les autres biens, nous est si authentiquement révélée?

Mais si cela est , comme nous n'en pouvons douter, où en sommesnous , et que devons-nous penser de nous-mêmes , en voyant l'affreuse contradiction qu'il y a sur ce point entre notre vie et notre foi? Car enfin, comment accorder une telle foi avec cette indifFe rence pour le salut, avec cet oubli du salut, avec ce mépris du salut, avec cet abandon volontaire du salut où. nous vivons? est-il rien de plus négligé dans le monde? Vous demandiez autrefois , Seigneur, ce que lhomme pourroit donner en échange pour son âme et par où il pourroit se racheter, s'il venoit jamais à se perdre : Au\ quam dabit hotno commutationem pro anima suâ3? Et je ne suis point surpris que vous en ayez ainsi parlé; car après vous être donné pour l'homme , ne l'aviez-vous pas réduit dans l'impossibilité d'imaginer

I Ps. 37. — î PS. 117. — 3 ilallh., 16.

jamais un échange qui le dédommageât de la perte de son salut ? ne devoit-il pas être le premier à se dire un million de fois : Quam ..'abil homo commutationem pro anima suâ ? Depuis que ton Dieu ta racheté à ses propres dépens , pour quel avantage et quelle espérance du siècle, malheureux, te commettras-tu désormais, et t'exposerastu à périr? Mais, hélas ! ne faut-il pas ici changer la proposition . et , saisi d'un prodige aussi outrageux pour vous. Seigneur, qu'il est funeste, ne puis-je pas demander pour quel suje' , fût-ce le plus frivole, l'homme mondain n'est-il pas prêt à tout moment de donner son âme , de la vendre , de la prostituer? Est-il un intérêt qui ne I aveugle? est-il un caprice qui ne l'emporte? est-il une chimère d honneur dont il ne s'entête ? est-il un attrait de volupté qui ne le charme, et ne le corrompe jusqu'à vouloir bien se damner? A en juger pr.r ses actions et sa conduite , ce salut si prisé de Dieu ne paroît-:! pas avoir dans son estime le dernier rang; et tous les jours, par ia r^ds insigne folie et le renversement le plus monstrueux, à quoi ne le sacrifie-t-il pas? comme s'il avoit entrepris de vérifier la proposition contradictoire à celle de Jésus-Christ : Ouam non dabil commutationem pru anima ma? Combien de chrétiens, plus maudits et plus réprouvés qu'Esaû , vivent tranquilles, après avoir renoncé pour un vain plaisir à leur droit d'aînesse et à l'héritage des enfants de Dieu? combien de pécheurs, aussi sacrilèges que Judas , font encore sans frémir le pacte exécrable que fit cet infortuné disciple, et vendent comme lui à un vil prix le sang du Juste , c'est-à-dire leur salut , qui a coûté le sang d'un Dieu? en cela même d'autant plus sacrilèges que Judas , qu'au moins ce traître se reconnut, détesta son crime et en témoigna de l'horreur; au lieu que ceux-ci y sont insensibles. Or c'est ce prodigieux aveuglement que Jésus-Christ, comme la lumière du monde, est venu guérir-, et voici l'excellent remède qu'il y a apporté. Car , pour ne point sortir de notre mystère, et pour faire toujours rouler cette divine morale sur la présentation du Sauveur , voici ptj où mon salut m'est devenu précieux. Je l'abandonnois , ce salut; et l'abandonnant, je m'avilissois moi-même, je me Iivrois à ma passion , je servois en esclave la créature, j'obéissois aux sens et à la chair, et par-là , selon la parole sainte, je me dégradois jusqu'à me rendre semblable aux bêtes. Mais viens , me dit aujourd'hui cet Homme-Dieu, viens, et à la faveur des lumières dont le temple est éclairé, profitant de l'état où tu me vois, et du sacrifice, quoique non sablant , que je présente pour toi, commence enfin à te connoître. Me voilà sur l'autel comme la victime et le prix de ton âme : regarde, et par le prix auquel je l'achète , comprends ce que tu perds en la perdant. C'est là, dis-je, ce qu'il nous fait entendre; et mal-

158 SUi; LA PURIFICATION

heur à nous, si , par l'endurcissement de notre cœur , et par une indocilité criminelle, nous n'écoutons pas sa voix! si jamais nous perdons le souvenir de notre excellence et de ce que nous valons , et de plus, si nous ne soutenons pas encore, par la sainteté de nos mœurs, notre dignité et ce que nous sommes !

< ar, en conséquence de cette rédemption que le Sauveur des hommes vient de commencer en se présentant pour nous à Dieu , nous sommes spécialement l'héritage de Dieu , la conquête de Dieu, le peuple de Dieu. Il est vrai, comme créatures formées de la main, de Dieu, nous appartenions déjà à Dieu; mais comme rachetés d'un Dieu , nous lui appartenons encore par un droit tout nouveau , et nous lui sommes consacrés d'une façon toute spéciale : or voilà ce que j'appelle notre dignité. Car remarquez ici une différence essentielle entre Dieu et les hommes : appartenir aux hommes, c'est un esclavage qui nous humilie et nous rabaisse ; mais appartenir à Dieu et être à Dieu , c'est, selon l'Ecriture, un état de liberté qui nous relève et qui nous honore , en nous dégageant de la plus honteuse servitude , qui est celle du monde et de l'enfer. C'étoit la belle leçon que faisoit saint Paul aux premiers fidèles , quand il leur disoit : Mes Frères , vous n'êtes plus à vous : Non estis vestri 'j mais vous êtes à Dieu ; et appartenir à un si grand maître , c'est votre gloire. Et sur quel principe l'Apôtre appuyoit-il cette consolante vérité, qu'ils n'étoient plus à eux . mais à Dieu ? Sur ce qu'ils avoient été rachetés de Jésus-Christ , et rachetés à un très-grand prix -.Empti enim eslis pretio magno*. Ce n'est pas assez : mais parce qu'en qualité de chrétiens , nous avons beaucoup plus de part à cette rédemption , d'ailleurs universelle et commune , c'est surtout comme chrétiens que nous sommes à Dieu , surtout comme chrétiens que nous appartenons à Dieu ; et par conséquent , surtout comme chrétiens que nous avons été honorés du saint et glorieux caractère d'enfants de Dieu.

D'où le même apôtre, instruisant toujours les mêmes fidèles, concluoit deux choses que je vous prie, mes chers auditeurs , de n'oublier jamais, et qui vous doivent servir de règles dans toute la conduite de votre vie. Empti estis pretio magno : Vous avez été achetés à un grand prix; glorifiez donc Dieu, et portez-le dans vos corps : première conséquence : Glorificate , et portate Deum in corpore vestro 3. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas que, en vertu de cette rédemption, Dieu règne dans nos esprits ; mais qu'il faut que nos corps participent à la grâce de ce mystère , et que , par l'exercice d'une continence exacte, ils paroissent , aussi bien que nos âmes , rachetés de Jésus-Christ , et purifiés de tout ce qui les pourroit souiller. Or, pour cela, ils doivent

t 1 Cor., 6. — HOid*— 3 Ibid.

être revêtus de la mortification du Seigneur Jésus, et c'est re que l'Apôtre entend, quand il nous exhorte à porter Dieu dans nos corps : Empli eslis pretio magno ; Vous avez été achetés à un grand prix , ne vous engagez donc pas dans la servitude des hommes •- seconde conséquence : Nolite fieri servi hominum ': Car il y a une servitude des hommes incompatible avec le bienheureux état de cette rédemption parfaite où nous entrons aujourd'hui, une servitude des hommes essentiellement opposée à la liberté que Jésus-Christ nous a acquise , une servitude des hommes redoutable à tous les serviteurs de Dieu Mais à qui le prédicateur de l'Evangile en doit-il donner plus d'horreur, qu'à ceux qui mènent la vie de la cour? et où les effets que produit cette damnable servitude sont-ils plus funestes et plus pernicieux qu'à la cour? Servitude des hommes, engagement comme nécessaire à l'iniquité, disposition prochaine à l'injustice, assujettissement aux erreurs d'autrui , aux caprices d'autrui , aux passions d'autrui : servitude des hommes, dont on sent tout le poids, dont on voit toute l'indignité , dont on connoît les dangereuses suites , dont on gémit dans le cœur, dont on voudroit être délivré , et dont on n'a pas le courage de secouer le joug : servitude des hommes, qui vous fait entrer dans toutes leurs intrigues et tous leurs desseins, quelque criminels qu'ils soient ; qui vous fait acheter leur faveur aux dépens de tous les intérêts de Dieu , aux dépens de tous les intérêts de la conscience et du salut , aux dépens de vous-mêmes et de votre âme. Ah ! mes Frères , êtes-vous hommes, et surtout ètes-vous chrétiens, pour servir de la sorte? Prenez garde, je dis pour servir de la sorte : car à Dieu ne plaise que je fasse d'ailleurs consister la liberté chrétienne à s'affranchir du juste devoir qui nous soumet aux puissances légitimes. Je reconnois avec l'Apôtre , et selon l'ordre sagement établi de Dieu , qu'il y a des hommes qui doivent être obéis par d'autres hommes et servis par d'autres hommes. Je puis même ajouter que jamais ils ne sont mieux obéis, ni mieux servis que par des hommes vraiment chrétiens, parce que l'esprit du christianisme est un esprit de subordination et de soumission. Mais, du reste, cette dépendance que nous inspire la religion a ses bornes, et j'en reviens toujours à la maxime de saint Paul : Nolite fieri servi hominum. Non , vous ne devez point servir les hommes jusqu'à en faire des divinités, jusqu'à les substituer en la place du premier et souverain maître à qui vous appartenez Jusqu'à leur vendre sa loi , à leur vendre votre innocence , à leur vendre votre éternité , en vous rendant fauteurs de leurs vices, complices de leurs désordres , compagnons de leurs débauches , approbateurs perpétuels de tout ce que leur suggèrent la cupidité , le

» i Cor., i.

plaisir, 1 ambition , l'envie, la haine, la vengeance , le libertinage et l'impiété. Voilà ce que j'appelle, non plus une obéissance raisonnable, mais une servitude, et la plus vile servitude; voilà de quoi un Dieu Sauveur à prétendu nous dégager.

Prenons donc des sentiments dignes de lui et dignes de nous. Respectons dans nous -mômes le droit de Dieu , et ne profanons pas ce qui lui vient d'être solennellement dévoué par l'oblation de l'Homme- Dieu. Car je puis bien vous appliquer cette parole que nous avons lue dans Févangile de ce jour, et, selon le sens qu'elle exprime, dire de chacun de vous qu'il est le Saint du Seigneur : Sanctum Domino vocabitur 1 ,• le Saint du Seigneur, parce que dans la personne de Jésus -Christ il a été offert au Seigneur; le Saint du Seigneur, parce qu'il ne doit servir et qu'il n'est destiné qu'à procurer la gloire du Seigneur; le Saint du Seigneur, parce qu'il en est la demeure, qu'il en est le temple vivant ; et que c'est en lui que l'esprit du Seigneur est venu habiter pour en prendre possession : Sanctum Domino vocabitur : tellement que sans rien diminuer en nous des sentiments de l'humilité chrétienne, nous pouvons nous regarder devant Dieu comme quelque chose de sacré ; et que dans cette vue nous devons en tout nous comporter avec la même attention et la même circonspection qu'on traite les choses saintes. Or ce qui est saint ne doit être employé que pour Dieu , ne doit être rapporté qu'à Dieu ; autrer/.'-.-.t ce seroit le méconnoître , et nous méconnoître nous - mêmes : Sanctum Domino vocabitur.

C'est, Sue, cette intention droite, cette vue de Dieu, qui consacre et qui relève les grandes actions de Votre Majesté. A en juger seulement selon les principes de la sagesse humaine, nous y trouvons tout ce qui peut faire un grand roi selon le monde; c'est-à-dire un roi puissant, absolu, régnant par lui-même, magnifique dans la paix, invincible dans la guerre, impénétrable dans ses conseils, infaillible dans ses entreprises, vénérable à ses sujets , fidèle à ses alliés , redoutable à ses ennemis , donnant la loi aux souverains, tenant dans ses mains la destinée et le sort de l'Europe , au-dessus de la flatterie et de l'envie par son élévation, et au-dessus de sa propre gloire par sa

idérattion. Mais, Sire, Votre Majesté est trop chrétienne et trop

instruite des saintes maximes de l'Evangile, pour ne pas voir 1 inu-

' le néant de tout ce qui brille aux yeux des hommes, s'il n'est

icré au Seigneur, et si l'on n'en peut dire : Sanctum Domino vo-

hitur. De cet éclat qui vous environne, de ce nom qui a retenti dans

■s les parties de la terre, de cette réputation qui a passe jus-

qu aux extrémités du monde, et qui vivra dans la plus longue pos-

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