TROISIÈME SERMON SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
Poslquam implcti sunt dies purgatwnis ejus secundùm legem Moysi , lulerunt illum In Jérusalem . ut sinlerenl eum Domino.
Le lemps de la purification de Marie etanl accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent l'enfani a Jérusalem, pour le présenter au Seigneur. Saint Luc, chap. n.
Sire,
C'étoit une figure que ce qui se pratiquoit parmi les Juifs dans la cérémonie de ce jour, où ils présentaient à Dieu le premier-né de chaque famille; et c'est dans la personne de Jésus-Christ, présenté par Marie au Père éternel, que cette figure a trouvé son entier accomplissement, puisque ce divin Sauveur, selon l'expression de saint Paul, est par excellence le premier-né de toutes les créatures. Mais en ceci , Chrétiens, il est arrivé quelque chose de bien singulier , et de bien remarquable pour votre instruction. Car au lieu que les autres figures , s'accomplissant en Jésus-Christ , ont cessé pour nous , celle-ci non-seulement a subsisté, mais a reçu comme un nouvel accroissement d'obligation qu'elle n'avoit pas du temps de Moïse ; c'est à-dire que Dieu veut que dans la loi de grâce, aussi bien et même encore plus que dans la loi écrite, nous nous présentions à lui pour lui être consacrés; et voilà ce que l'Eglise a prétendu nous déclarer en nous mettant des cierges dans les mains , comme les symboles du sacrifice que nous devons faire de nos personnes au souverain Auteur de notre être. Car, si nous l'avons bien compris, telle est la pensée qu'a dû nous inspirer ce mystère. Nous avons reconnu que nos vies , comme cette cire sanctifiée par la bénédiction des prêtres , dévoient être employées au service du Dieu que nous adorons, et consumées pour sa gloire. Nous avons hautement protesté que nous appartenions à Dieu , et que nous ne voulions plus être désormais qu'à Dieu : ou si ce n'est pas ainsi que vous l'avez conçu, il est du devoir de mon ministère de vous le faire comprendre , et de vous instruire à fond d'un point aussi important que celui-là. Vierge iinte , c'est vous qui , dans la présentation de votre fils , nous mettez devant les yeux le grand modèle que nous devons imiter : obteneznus encore les grâces nécessaires pour apprendre à profiter de son xemple, et daignez écouter la prière que nous vous faisons en vous ialuant. Ave , Maria.
Peut-être, Chrétiens, n'avez-vous jamais fait toute la réflexion qu'il faut au mystère que célèbre aujourd'hui l'Eglise; et peut-être, ne vous attachant qu'à l'extérieur de cette cérémonie, ne vous êtes-
vous jamais appliqués à en pénétrer le fond. C'est donc à moi de vous en donner toute l'intelligence nécessaire, et voici sans doute un des sujets les plus importants que j'aie jusqu'à présent traités dans cette chaire, et que j'y puisse traiter : car il s'agit d'étudier le christianisme dans ses premiers éléments, selon le langage de l'Apôtre; il s'agit d'étudier Jésus-Christ même, et de l'imiter dans une des plus grandes et des plus saintes actions de sa vie, qui est sa présentation. Nous avons paru comme lui dans le temple du Seigneur, et cette fête, qui étoit la fête des Juifs, est encore plus la nôtre; mais il est question de voir comment nous la solennisons , et si nous en avons bien pris l'esprit : de là dépend votre édification et la mienne, et sans cela je ne satisferois qu'imparfaitement à ce que demande ici de moi mon ministère. Comprenez , s'il vous plaît, le dessein de ce discours. Jésus-Christ dans le temple se présente à Dieu : pourquoi ? pour reconnoître et pour honorer le domaine de Dieu; car voilà ce qui nous est expressément marqué dans ces paroles démon texte : Utsisterent eum Domino; pour l'offrir au Seigneur, c'est-à-dire au souverain maître de toutes choses. Or c'est ainsi , mes chers auditeurs, que nous avons dû ou que nous devons nous offrir nous-mêmes; et pour vous expliquer en trois mots toute ma pensée , je trouve que ce suprême domaine de Dieu a trois qualités principales et trois caractères qui le distinguent : c'est un domaine essentiel , c'est un domaine universel, et c'est un domaine éternel. Domaine essentiel, fondé sur la nature même de Dieu; domaine universel, qui , sans exception et sans bornes, s'étend à tout ; enfin , domaine éternel, qui n'eut jamais de commencement, et qui ne doit jamais avoir de fin. Sur cela je reprends, et je dis : domaine essentiel que nous devons reconnoître, comme Jésus- Christ , par une sincère oblation de nous-mêmes ; ce sera la première partie : domaine universel que nous devons reconnoître, comme Jésus- Christ, par une entière oblation de nous-mêmes; ce sera la seconde partie : domaine éternel que nous devons reconnoître, comme Jésus- Christ, par une prompte oblation de nous-mêmes ; ce sera la conclusion. Trois points de morale d'une conséquence infinie, et que je vais développer.