SERMON SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
Maria oplimam parlem elegit, quœ non auferetur ab eâ.
Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée. Saint Luc, chap. x.
Ce fut à Marie , sœur de Marthe , que le Fils de Dieu rendit ce témoignage avantageux : c'est ainsi qu'il se déclara pour elle, et qu'il la félicita de ce qu'elle s'attachoit à l'écouter, pendant que Marthe se fatiguoit et s'empressoit à le servir. Il faut néanmoins convenir que ces paroles de notre évangile , appliquées à la fête que nous célébrons, expriment parfaitement le caractère de Marie, mère de Jésus, puisqu'elle a eu sans contredit en toutes choses la meilleure part. Je n'aurois , pour vous en convaincre , qu'à parcourir tous les mystères qui se sont accomplis dans la personne de cette incomparable vierge , et qu'à vous y faire remarquer les privilèges infinis de grâce et de gloire qui l'ont élevée au-dessus de tous les Justes et de tous les élus de Dieu. Mais je m'arrête uniquement à l'auguste mystère de son assomption; car ce degré de gloire si sublime où elle paroît aujourd'hui , cette couronne d'immortalité qu'elle reçoit des mains de son fils , cette béatitude qu'elle possède, et qui doit être la récompense éternelle de ses éminentes vertus, c'est la consommation , non-seulement de toutes les grâces dont elle a été comblée , mais de tous les mérites qu'elle a acquis, et par conséquent ce que nous pouvons dire pour elle, souverainement et par excellence, la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée : Optimam partem elegit , quœ non auferetur ab eâ. Heureux partage de Marie , qui doit être le sujet de nos réflexions, et auquel nous devons tous nous intéresser, si nous avons , comme chrétiens , les sentiments de religion que la vue du triomphe de cette mère de Dieu doit produire dans nos cœurs î Ce que nous appelons son assomption est par excellence le mystère de sa gloire : mais si nous savons bien nous l'appliquer et en pro-
fiter, il n'est pas moins le mystère de notre espérance-, et voilà ce que j'entreprendrai de vous faire voir , après que j'aurai demandé les lumières du Saint-Esprit, par l'intercession de sa bienheureuse épouse. Ave, Maria.
C'est de l'espérance que le Juste vit, aussi bien que de la foi; c'est sur l'espérance , aussi bien que sur la foi , qu'est fondé tout l'édifice de cette perfection chrétienne dont la charité est le comble ; c'est par l'espérance aussi bien que par la foi que nous nous élevons à Dieu , que nous cherchons Dieu , et que nous trouvons le royaume de Dieu. Ainsi, Chrétiens, quand j'ai dit que le mystère de ce jour étoit un des mystères de notre espérance, j'ai prétendu vous en donner l'idée la plus haute, et tout ensemble la plus consolante et la plus édifiante que vous en ayez jamais conçue. Ecoutez -moi et vous en allez convenir. Pour y procéder avec ordre, je ne prétends point pénétrer le fond de la béatitude et de la gloire dont la Reine des anges jouit dans le ciel; car, comme remarque saint Bernard, si l'œil n'a point vu, et si le cœur de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu prépare au moindre de ses élus, qui pourra comprendre et encore moins expliquer ce qu'il a préparé pour la plus parfaite et la pius sainte de toutes les vierges? Sans vouloir donc connoître la gloire de Marie en ellemême , il me suffît d'en examiner le principe et les effets ; le principe , par rapport à Marie qui la possède ; et les effets par rapport à nous, qui, comme enfants et serviteurs de Marie, devons y participer : car, envisageant cette gloire dans son principe, et par rapport à Marie , j'y découvre un des plus puissants motifs de notre espérance ; et la considérant dans ses effets et par rapporta nous, j'y trouve un des plus solides appuis de notre espérance. Appliquez-vous à ma pensée. 11 est certain que Marie , dans son assomption , a reçu de Dieu comme une double plénitude , je veux dire une plénitude de bonheur, et une plénitude de pouvoir; une plénitude de bonheur pour elle-même, et une plénitude de pouvoir pour ceux qui l'invoquent. Or la vue de son bonheur, ou plutôt de ce qui a été la cause et la source de son bonheur, c'est ce qui doit exciter notre espérance; et la vue de son pouvoir auprès de Dieu, c'est ce qui doit affermir notre espérance. Je pourrois m'en tenir là ; mais parce que rien n'est plus sujet à l'illusion que l'espérance, même chrétienne , et que rien n'est plus dangereux dans la voie de Dieu que l'abus de celte vertu , j'ajoute à ces deux vérités une réflexion qui m'a paru bien importante, et que je vous prie de faire avec moi . c'est qu'en même temps que le mystère de ce jour excite et affermit notre espérance, il nous apprend encore à la régler, et à n'en pas abuser : instruction
à laquelle je réduis tout ce discours , pour combattre deux erreurs grossières où nous tombons communément sur le sujet de la gloire de Marie : Tune qui regarde les moyens par où elle y est parvenue, et l'autre les avantages qui nous en doivent revenir. Car ces moyens par où Marie est parvenue au comble de la gloire, nous nous les figurons tout différents de ce qu'ils ont été; et ces avantages qui nous ■doivent revenir de la gloire de Marie, nous nous les promettons tout autres qu'ils ne sont en effet : deux erreurs, dis-je, infiniment préjudiciables. Tâchons à nous en préserver, et pour cela reconnoissons premièrement quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie, et voyons ensuite quel est le pouvoir que Dieu lui a donné pour nous secourir : le principe de sa béatitude, bien expliqué, nous garantira de la première erreur; et la mesure de son pouvoir, bien entendue, nous mettra à couvert de la seconde. Voilà tout mon dessein , et ce qui demande une favorable attention.