IV
guste et vénérable monument de la pieuse antiquité, les peut à peine contenir. A l'entrée de cette sainte maison, il n'est point d'âmes si indifférentes qui ne se trouvent ou saisies d'une crainte respectueuse, ou remplies d'une confiance toute filiale. Que de sacrifices offerts au Dieu vivant ! que de vœux présentés à Geneviève ! que de cantiques récités en son honneur! que de larmes répandues à ses pieds! Ah! Chrétiens, que ces sentiments de religion, si ardents et si vifs, ne sont -ils d'ailleurs aussi efficaces et aussi parfaits qu'ils le devroient être ! Mais nous en abusons, et nous les corrompons ; nous allons à Geneviève avec des cœurs tendres pour elle , et durs pour Dieu ; nous demandons à Geneviève qu'elle nous conduise au port du salut où Dieu nous appelle, et nous n'en voulons pas prendre la voie que Dieu nous a marquée; nous apportons auprès des cendres de Geneviève nos péchés pour en obtenir la rémission, et nous ne voulons ni les expier par la pénitence, ni même en interrompre le cours par la réformation de nos mœurs ; nous prétendons honorer Geneviève, sans cesser de déshonorer Dieu et de l'outrager. Comment lentendonsnous, et par où avons-nous cru jusqu'à présent pouvoir faire une si monstrueuse alliance?
Quoi qu'il en soit, vous voyez dans notre sainte l'accomplissement de cette parole du Saint-Esprit , que la mémoire du Juste sera éternelle, In memorià œlernâ erit Justus ' ; au lieu que celle des pécheurs périra, et périt en effet tous les jours, Periit memoria eorum *. Tant de grands, idolâtres de leur grandeur et enflés de leur fortune, etoient recherchés , respectés , redoutés sur la terre , tandis que l'humble Geneviève ne pensoit qu'à y servir Dieu ; ils n'étoient attentifs qu'à leur propre gloire, et elle n'étoit attentive qu'à la gloire de Dieu ; ils ne travailloient qu'à éterniser leur nom dans le monde , et elle ne travailloit qu'à y rendre le nom de Dieu plus célèbre. Qu'est-il arrivé? Toute la grandeur des uns s'est évanouie, leur fortune dans un moment a été détruite, ils ont disparu ; et la mort, en les faisant disparoitre aux yeux des hommes, les a effacés de notre souvenir. Où parle-t-on d'eux; et si l'on parle de quelques-uns, est-ce pour solenniser leurs fêtes ? est - ce pour chanter publiquement leurs louanges? est-ce pour implorer auprès de Dieu leur secours? est-ce pour se prosterner devant leurs tombeaux? je dis, devant ces tombeaux abandonnés et déserts , ces tombeaux d'où nous ne remportons qu'une triste et lugubre idée de la fragilité humaine, ces tombeaux où souvent, sans nulle réflexion à celui qu'ils couvrent de leur ombre et qu'ils tiennent enseveli dans les ténèbres , nous allons seulement venter les ornements qui frappent notre vue , et admirer les-
« Pialm. m. — s Psalm.g.
inventions de l'art dans la matière qui les compose : voilà , grands du siècle , à quoi se termine cette fausse gloire dont vous êtes si jaloux. Mais la gloire des Saints, et en particulier la gloire de Ger.c viève, est une gloire solide et durable : sans avoir jamais cherché à briller dans le monde, elle y est plus connue et plus révérée que tous les monarques et tous les conquérants du inonde. Ce n'est pas que, par rapport au monde, Dieu n'ait laissé et ne laisse encore bien des Saints, après leur mort, dans l'état obscur où ils ont voulu vivre; mais que leur importe que leurs noms soient inconnus aux hommes, lorsqu'ils sont marqués avec les caractères les plus glorieux dans le livre dévie? leur humilité n'est-elle pas abondamment récompensée par ce poids immense d'une gloire immortelle dont ils sont comblés dans le séjour même de la gloire? C'est à cette gloire, Chrétiens , que nous devons aspirer sans cesse ; c'est à l'égard de cette gloire qu'il nous est permis de penser à nous élever, à nous pousser, à nous avancer. Travaillons-y selon les exemples et sous les auspices de l'illustre Geneviève : selon ses exemples, puisque Dieu nous la propose au jourd'hui comme notre modèle ; sous ses auspices , puisque nous l'avons choisie , et que Dieu lui-même nous l'a donnée pour notre avocate auprès de lui, et notre patronne. Imitons ses vertus, pour nous rendre dignes de sa protection, et servons -nous de sa protection, pour nous mettre en état de bien imiter ses vertus. C'est ainsi que nous aurous part à ses faveurs en cette vie, et à son bonheur dans l'autre, où nous conduise, etc.