‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 85 sur 124 · SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Fuit homo missus à Deo , cui nomen erat Joannes. Hic venit in leslimonlum , ut testimonium perhiOeret de lutnine.

Il y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appeloit Jean. Ce fut lui qui vint pour rendre témoignage à la lumière. Saint Jean, chap. i.

Monseigneur ' , C'est le vrai caractère du glorieux précurseur saint Jean , dont nous célébrons aujourd'hui la fête. Un homme suscité de Dieu pour servir de témoin à celui qui , comme Fils de Dieu et Verbe de Dieu , étoit la lumière incréée; un homme prédestiné pour annoncer et pour faire connoître au monde le Dieu incarné ; un homme miraculeusement conçu par une mère stérile; un homme dont on peut dire, dès son berceau , que l'esprit de Dieu étoit en lui, et que la main du Seigneur étoit avec lui; un homme dont la mission fut autorisée par la plus éclatante preuve de la vérité, qui est son éminente sainteté : et tout cela, pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Voilà à quoi se réduisent les hautes idées que l'Evangile nous en donne. Il n'étoit pas la lumière : Non erat Me lux % mais il étoit le témoin de celui qui fut la -lumière même; de cet Homme-Dieu , à qui seul il appartenoit de pou-

» Messire Henri Feydeau de Brou, évoque d'Amiens. *Joan., 1.

voir dire absolument et sans condition : Ego sum lux mundi, Je suis la lumière du monde. Car c'est pour attester la vérité de cette paroi? du Sauveur , que Jean-Baptiste est venu ; et voilà , encore une fois , Y fr brégé de son éloge : Hic venit in testimonium }ut testimonium perhibir* de lamine l. Eloge, mes chers auditeurs , que vous ne devez pas considérer comme un simple panégyrique du Saint que l'Eglise honore { ce jour , mais comme un discours fondamental sur un des points C( pitaux de notre religion ; comme une instruction essentielle dans L christianisme ; comme une exposition du grand mystère de notre foi, qui est l'incarnation divine. Car entre Jésus-Christ et Jean-Baptiste il y a eu des liaisons si étroites, qu'on ne peut bien connoître l'un sans connoître l'autre : et si la vie éternelle consiste à connoître Jésus- Christ, Hœc est autem vita œterna, ut cognoscant te solum Deum verum, et quem misisti Jesum Christum %• aussi une partie de notre salut consiste-t-elle à connoître saint Jean : or il suffit, pour le connoître parfaitement, de bien comprendre qu'il a été le témoin de Jésus-Christ, et qu'il est venu pour cela : Hic venit in testimonium . Dès le moment de sa naissance , il délia, par un miracle visible , la langue de son père Zacharie, pour lui faire publier les louanges de Dieu. Opérez ici, grand Saint, un pareil miracle , et déliez ma langue , afin que je puisse dignement et utilement annoncer vos illustres privilèges et vos vertus à cet auditoire chrétien. J'ai besoin, pour y réussir, d'un puissant secours ; et pour l'implorer plus efficacement, je m'adresse à la reine des vierges. Ava, Maria.

Il faut en convenir, Chrétiens : c'est quelque chose de bien singulier dans la destinée de Jean-Baptiste, qu'il ait été choisi de Dieu pour servir de témoin au Sauveur du monde. Mais c'est encore quelque chose de plus surprenant , que le Sauveur du monde, tout Dieu qu'il étoit, ait eu besoin du témoignage de saint Jean ; et que dans l'ordre, ou du moins dans l'exécution des divins décrets , le témoignage de ce glorieux précurseur ait été nécessaire pour l'établissement de notre foi : or l'un et l'autre est néanmoins vrai , et l'Evangile , qui est notre règle, ne nous permet pas d'en douter. Oui, le Sauveur, tout Dieu qu'il étoit, a eu besoin du témoignage de Jean-Baptiste. Ainsi cet Homme-Dieu le reconnoissoit-il lui-même, lorsqu'il disoit aux Juifs : Si testimonium perhibeo de me ipso, testimonium meum non est verum : alius est qui testimonium perhibet de me s ; Si je rendoi:. seul témoignage de moi-même, vous diriez, quoique injustement, que mon témoignage n'est pas recevable-, mais en voici un autre qui rend témoignage de moi. Car, selon la pensée de saint Chrysostome,.

» Joan.j i. — » Ibid., 17. — 3 lbid„ 3.

expliquant à la lettre ce passage, cet autre dont paiioit Jésus-Christ étoit saint Jean son précurseur. De plus, dans l'ordre des divins dé' crets, le témoignage de saint Jean étoit nécessaire pour rétablissement de notre foi. Car le même évangéliste, qui nous apprend qu* Jean est venu pour rendre témoignage à la lumière , Ut teslimoniun perhiberet de lumine*, en apporte aussitôt la raison : Ut omnes crede* renl per illum, Afin que tous crussent par lui. D'où il s'ensuit qu*« notre foi, je dis notre foi en Jésus-Christ, est donc originairement fondée sur le témoignage de ce grand Saint, puisqu'en effet c'est par lui que nous avons cru, par lui que la voie du salut nous a été premièrement révélée, en un mot, par lui que nous sommes chrétiens. Ceci sans doute lui est bien avantageux; mais ce n'est pas là néanmoins que je borne son éloge, et ce que j'ajoute en va faire le complément et la perfection. Car de même que Jean-Baptiste a servi de témoin au Sauveur du monde, le Sauveur du monde , par une espèce de reconnoissance, si j'ose ainsi m'exprimer, a voulu servir de témoin à Jean-Baptiste. De même que, par rapport à nous, le Sauveur, tout Dieu qu'il étoit, a eu besoin du témoignage de saint Jean ; saint Jean, par rapport à lui-même, a plus eu besoin encore du témoignage du Sauveur ; et autant que la foi chrétienne est fondée sur le témoignage que Jésus - Christ a reçu de son précurseur, autant la gloire du précurseur est -elle fondée sur le témoignage qu'il a reçu de Jésus-Christ. Voilà tout mon dessein , que je renferme en ces deux points. Jean-Baptiste rendant témoignage au Fils de Dieu ; c'est le premier : et le Fils de Dieu rendant témoignage à Jean - Baptiste ; c'est le second. De là deux conséquences pour votre édification : l'une, que nous devons tous, à l'exemple de saint Jean, et en qualité de chrétiens , être autant de témoins de Jésus-Christ ; l'autre , que comme Jésus -Christ a rendu témoignage à saint Jean, il faut qu'il nous le rende un jour, et que nous méritions de le recevoir, si nous voulons être du nombre de ses élus. Imiter saint Jean, en faisant de nos actions et de notre vie un témoignage sensible et continuel, dont Jésus- Christ soit honoré; mériter, comme saint Jean, que Jésus-Christ, au moins dans son dernier jugement, nous honore devant Dieu de son témoignage : deux conclusions morales dont la pratique bien entendue est le précis de toute la sainteté chrétienne, et pour lesquelles je vous demande une favorable attention.

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