‹ Œuvres de CapefigueChapitre 32 sur 165 · PHILIPPE D’OUI · texte numérisé non relu

PHILIPPE D’OUI

décisif (1) ; si l’on mollissait, la crise devait prendre un aspect (dus sinistre; dans un conseil secret il fut arrête que le parlement serait exilé par lettres de cachet à Pontoise. Il y avait un autre motif à cet exil qui se liait aux négociations avec la cour de Rome pour la bulle Unigenitus ; le parlement, presque tout janséniste , s’opposait à ces négociations, et il fallait en finir avec sa résistance. Dès que le régent voulut marcher dans un système d’unité , l'opposition des gens de robe rouge (les écrevisses, disait le peuple) devait l'affaiblir dans sa force et sa liberté d'action.

Paris était trop agité pour qu'on laissât le parlement siéger dans son sein ; il suffisait que le peuple sût son opposition au système, pour qu'il fit de ce parlement un centre de résistance et de sédition. N’avait-on pas souvenir des jours de la Fronde? Pontoise était la ville des exils parlementaires; elle était assez proche de Paris pour qu’ou put traiter promptement d'une pacification. A Pontoise, le parlement avait le loisir de se calmer et de mieux réfléchir sur son opposition; on n’avait point à craindre qu’il tlonnât ses ordres aux quarteniers , officiers du guet pour dresser de nouvelles barricades. Le fégent était décidé à toutes les mesures possibles pour soutenir le système, et cette résistance morale du parlement devait singulièrement l’enchalner dans ses résolutions financières (1). C’était déjà beaucoup que l'opposition intime du conseil de régence très-prononcé contre Law : aucun conseiller n'admettait les expédients du financier écossais pour atténuer la crise ; en modifiant ses plans , en l'enchaînait dans ses moyens. Autant il faut éviter les situations difficiles, autant ces situations une fois arrivées, il faut avoir le courage de constituer un pouvoir fort et absolu pour en sortir : rien ne précipite la ruine d'un système comme les petits empêchements ; et telle était alors la situation de la régence par rapport aux idées de Law. Le duc d'têrléans sentit la crise; il ne pouvait s’en tirer que par des expédients, et ces expédients eux-mèmes exigeaient l'emploi du pouvoir le moins contrarié dans ses allures. Il fallait que l'exil du parlement à Pontoise laissât le régent libre dans son action de gouvernement ; on ne serait plus arrêté «à chaque pas par des coups d’opposition : Law devenait maître «lu terrain et pouvait déployer tous scs moyens pour empêcher la crise.

Cette manière hardie de traiter le parlement aurait pu réussir en politique; rien ne donne plus de

(J) Registre du parlement, ad ann. 1720.

(9) On faisait courir le bruit que le parlement empêchait le développement du crédit : voici un billet distribué par ordre de la banque, en Juillet 1790 1,e parlement, par son

confiance que la force quand il s’agit de gouvernement, mais le crédit échappe aux coups d'Etat ; on ne peut le saisir par la violence; il se retire parce que l’argent ne se montre qu’à la confiance qui l'aj»* pelle. Law, après l’exil du parlement, demeura bien le maître absolu du terrain financier ; il éleva , abaissa le taux des billets , de la monnaie ; il prit mille mesures pour affermir le système chancelant. Tout était dit; les merveilles avaient disparu; la réalité seule demeurait, et cette réalité , c'était une émission de plus de huit milliards de valeurs , qui pesaient de leur poids écrasant sur les places de l'Europe. En vain on brûlait chaque jour des billets d'État et des actions sur la place de l’hôtel de ville , pour faire voir qu'on en diminuait l'énormité ; on ne pouvait relever l’opinion du crédit public ; la masse des valeurs était si considérable, que les billets semblaient se multiplier dans la circulation; on se pressait de s’en débarrasser; il n’y avait plus de détenteurs volontaires , et tout le monde se hâtait de vendre. Dès ce moment la plus profonde irritation se manifesta contre Law ; le ministre qui avait été l’idole des joueurs , ce grand homme dont on sollicitait une parole, un regard, n'était plus aux yeux de tous qu’un charlatan , un empirique qui avait trompé la nation française ; on en voulait à sa vie ; il fallut multiplier les gardes qui entouraient sa personne , on rugissait contre lui dans les rues de Paris où sa renommée retentissait naguère ; les joueurs l’auraient mis en pièce, s’ils Pavaient tenu sous leurs mains.

Cependant quel remède fallait-il opposer au mal? quel moyen d’attirer quelque confiance sur les valeurs dont la décadence était si rapide? devait-on rappeler le parlement et se livrer ainsi aux robes rouges? les concessions qui seraient faites en matière de finances ne réveilleraient-elles pas les questions politiques? Le parlement n’allait -il pas se venger de son exil, si on l’appelait au secours d’une situation financière embarrassée? Le conseil de la régence avait toujours été hostile à Law ; il arrêta, comme terme moyen , le rappel de. d’Aguesseau exilé à sa terre de Fresnc. D’Aguesseau n’avait jamais été partisan du système , mais il ne partageait pas les répugnances de ceux qui repoussaient les innovations de finances d'une manière absolue; il accepta son rappel, et les sceaux furent demandés à d’Argenson. Dès ce moment le chancelier eut à examiner, dans le conseil de régence, les moyens de parer à la grande crise financière qui se prépa-

opiniàtrctê continuelle au gouvèrnemeul présent, fait resserrer l’argent; mais, malgré toute sa mauvaise intention, l’argent paraîtra la semaine prochaine , et le billet de banque ne perdra plus. •

rail si violente. Trois moyens étaient proposés (1) : 1° le payement graduel et successif des billets de banque, de manière à oc que chaque jour il en ftU retiré du commerce une certaine quantité; 2" la suspension absolue de tout payement et la substitution de nouvelles valeurs ; 3° une perte proportionnée sur chaque obligation , afin de réduire leur masse immense et représentative. Le premier moyen avait été essayé; il était long, impuissant pour relever le crédit des obligations , on ignorait la quotité exacte des valeurs émises ; le contrôleur général l'avait portée à huit milliards; en supposant une somme de 80 millions par an amortie , c'était encore l’espace de cent ans qu’exigeait l’acquittement intégral des dettes du système et l’épuisement de ces valeurs ; le tirage par lots ne répondait pas aux besoins du crédit public. Le second moyen pourrait-il donner plus de force à la circulation? les nouvelles valeurs inspireraient -elles plus de confiance que les anciennes? ceux-là qui refusaient les billets de la banque prendraient-ils les mandats du trésor? La diminution proportionnelle et graduée n’était au fond qu'une banqueroute déguisée; l’État c’avait pas plus le droit de réduire sa dette que de la supprimer absolument, quand il n’offrait pas de rembourser le prix au détenteur de l’obligation ; autant valait alors une banqueroute réelle. Ce fut cependant à ce dernier moyen qu’on s’arrêta ; on soumit les obligations et les billets de banque à lin contrôle , et ce contrôle réduisait progressivement la valeur des billets , mauvaise opération qui hâta la chute même du système, et précipita la ruine de tous les expédients.

La fortune de Law se liait essentiellement à sa pensée financière ; il lui fallait le succès pour dominer l'administration publique de la monarchie; ce succès avait été si brillant, si magnifique dans son origine ! Law disposait de la France ; mais aussi, quand les revers arrivèrent , Law demeura sans appui ; menacé dans sa position et sa sûreté personnelle, il s’empressa de donner sa démission de contrôleur général des finances; le régent ne fil aucune

(1) Exposition du système, ann. 1730.

(3) J'ai trouvé une autre lettre de Law au régent, adressée de Venise , 21 janvier 1721 : « J'eus l'honneur d'écrire deux fois à Votre Altesse Royale sur mes affaires particulières , proposant de céder mes biens à la compagnie des Indes , qui seroit chargée de payer mes dettes et de me remettre la somme que j'avois en culraol au service du roi ; que je placerai cette somme au nom de met enfants, avec celle condition que ce bien soit confisqué, s'il est jamais augmenté par moi, par mes enfants ou par aucuns de ceux qui leur succéderoient. Si j'avois pensé à quelque moyen plus fort pour satisfaire mes ennemis , et leur prouver que je n’ai rien hors du royaume, j'acccptcrois tout ce qu’ils

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