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difficulté pour l’accueillir ; il était de CCS caractères qui ne soutiennent un homme ou un système qu’autant qu’il réussit ; quand il cessa d’èirc heureux , de maîtriser la crise , le duc d’Orléans s’en débarrassa sans regret. Law resta quelques moments encore à la Banque, mais l’opinion publique était si irritée, qu’il dut quitter Paris au plus tôt. La dépréciation de toutes les valeurs était à son comble ; aucune mesure ne pouvait arrêter le discrédit dans lequel elles étaient tombées ; les billets de banque se faisaient à 72 pour 100 de perte ; on prit le parti d’une réduction qui s’opérait ainsi par la force des choses, truand une valeur croule rapidement , l’Etat , qui ne peut la relever, sc trouve invité à la supprimer ; la banqueroute n’est, en quelque sorte, «pie la reconnaissance d’une dépréciation qui existe de fait; lorsque 100 fr. n’en valent plus que 3, on n’est pas éloigné de proclamer que la valeur est éteinte; c’est en quoi le système d’amortissement est admirable , parce qu’i! rachète et relève tout à la fois la dette publique.
Law, proscrit de France, se retira dans les États de Venise ; il avait fait l’abandon presque absolu de sa fortune à ses propres idées ; il laissa la totalité de son avoir territorial pour aider le régent dans la tâche difficile de reconstituer le crédit. I.aw continua de correspondre arec le duc d’Orléans, qui conservait pour lui une haute estime; retiré à Venise, au milieu des merveilles du commerce et de la banque, Law ouvrait son cœur au régent : « J’évite de me servir de la permission que Voire Altesse Royale m’avoil accordée de lui écrire pour ne point donner , disoit-il, le moindre ombrage à ceux qu’elle emploie dans les affaires. Il y a pourtant des occasions où je suis persuadé qu’elle trouvera bon que je prenne cette liberté. Lorsque je proposai à Votre Altesse Royale de me retirer , je lui proposai en même temps de remettre à la compagnie des Indes mes actions, terres et autres biens de tonte nature, me réservant de quoi payer mes dettes, et une somme équivalente à celle que j’avois apportée en France (2). Votre Altesse Royale me répondit avec
proposeront pour Ici contenter sur cet article, il oc me coûtera rien; je méprise le superflu. Lorsque je pris congé de Votre Altesse Royale, elle cul la honlé de me dire qu’elle tic pcrmettroil jamais qu'on attaquât mes biens et ma |»ersonne. M, le duc m'a depuis écrit la même chose de sa part; la confiance que j'ai dans cette promesse me faisoit attendre arec patience la réponse à des propositions si raisonnables, et j'appremls que mon frère est en prison et mes biens saisis. Cependant je ne me plaignois pas.cpéranl qu'en fin mes ennemis scrutent satisfaits de mon véritable étal. J’en écrivis seulement au marquis de Lassay,cl le priai de faire Toir ma lettre à M. le duc et à Votre Altesse Royale, s’illejugeoit nécessaire. Aujourd'hui , monseigneur . je me plains et je
W1IMPPE D’ORLÉANS. — 1720-1721.
bonté , que j’avois des enfants , el qu'il ne convcnoil pas que je rendisse mes biens à la compagnie. Votre exemple, monseigneur, celui des princes et des seigneurs qui sont du conseil de régence, m’autorisent à supplier de nouveau Votre Altesse Royale d’agréer que la compagnie charge une personne ou deux de ma procuration pour payer ce que je «lois, me remettre îiOO mille écus, à quoi j’estime le bien que j’avois, el le restant à la compagnie. Pur les comptes qu’on m’a envoyés , le seul article des avances pour les remises dans les pays étrangers servira pour payer mes dettes et me remettre la somme que je désire. Au cas que Votre Atesse Royale la trouve trop forte , je me contenterai de ce qu'elle trouveroil bon à me régler. En travaillant, j'avois en vue d’être utile à un grand peuple : je nedésiroisles biens ni les charges, qu’aulant qu’elles pouvoient m'aider à réussir dans mon dessein. M. le chancelier pourra me servir de témoin à son retour; en parlant des personnes qui souffroient par la diminution de leurs renies, je lui offrois mes actions, qui valoicnl alors près de 100 millions, pour qu’il les distribuât à ceux qui en avoient besoin. La grâce que je demande à Votre Altesse Royale est d’être assurée que je n’ai point de bien chez l’étranger ni dans le royaume, que ce qui est connu , el j'en ferai donner les étals les plus exacts qu’il me sera possible. Je ne désire pas d’être riche, mais il ne convient pas que je manque à payer ce que je dois, ni du nécessaire pour subsister honnêtement. J'ai l’honneur d'être avec l’allacliemenl le plus sincère
demande justice des mensonges que le sieur F rémont, chargé des affaires du roi, répand ici contre moi. Il dit que j’ai fait sortir du royaume des sommes considérables pour mon propre compte, et que j'ai emporté une cassette de diamant* valant 25 à 30 millions. Je ne le connois pas; mais je lui fis parler par le consul de France, à qui il avoua qu’il le croyoit, qu'il en ai oit écrit , el qu'il en écriroil encore au ministre. J'avoue que cette déclaration m'a surpris ; jtovois su, en arrivant ici, que le sieur Frémonl avoil eu des lettres de Paris le pressant d’écrire contre moi, el l’assurant qu’il ne pouvoit mieux faire sa cour; je négligeai cet avis , n'ayant rien à me reprocher. Votre Altesse Royale se souviendra que je me suis attiré un certain nombre d’ennemis, non pas qu’il* me vouloieul du mal, mais enen voulant à sa personne. Votre Altesse Royale me l'a dit elle-mcmc ; M. de Cambrai pourra savoir du sieur Frérooul les noms de ceux qui l'ont pressé d’écrire contre moi, peut-être qu'il convient à ses intérêts de les conuotire. Pour revenir à mes affaires particulières , Votre Altesse Royale n'a jamais fait de mal à sc* ennemis , elle leur a fait des grâces, et je ne puis croire qu'elle u'agrée ce que j’ai l 'honneur de lui proposer, pour m'assurer quelques biens et à mes euLnl»; au cas que Votre Altesse Royale me refuse cette justice , je suis réduit à abandonner ce que j'ai âmes créanciers, quim'accordcionl une pension modique telle q Vit leur plaira. Voilà , inonsci-
cl respectueux , monseigneur , île Votre Altesse Royale , le très-humble , Law. >»
Le système n’avait pas été heureux , mais enfin il reposait sur une pensée vaste et féconde. Law n’était pas seul coupable; l’esprit français fut un peu la cause de cette ruine si rapide du système : cet esprit exagéra tout; il s’éprit avec fureur des combinaisons financières de l’Ecossais ; il se passionna, comme il le fait toujours, pour des nouveautés; puis il se décourage aussi rapidement ; la spéculation ne garda pas de milieu ; elle passa d’un excès à un autre, de la fortune à la ruine. On se prit à démolir le système avec autant d'ardeur qu’on avait mis à l'élever; il fut comme ces palais de diamant dans les récits féeriques de la chevalerie ; il disparut, ne laissant plus qu’une fumée malfaisante. Et pourtant le système de Law reposait sur une vaste idée de circulation; il agrandissait le cercle des valeurs monétaires, il découvrait cette puissance du crédit qui supplée à l’or; il rattachait tout à un papier-monnaie , à des actions qui avaient pour hypothèques diverses branches du revenu public ; la faute fut de dépasser certaines limites. Law n’eut pas assez de sang-froid pour se renfermer dans un centre déterminé; il se laissa entraîner à d’incessantes émissions de valeurs, et quand ces émission» dépassèrent le possible, le système tomba. C’est une chose à remarquer dans l'histoire, les fortes idées ne se naturalisent au milieu des générations qu’après des expériences malheureuses ; et souvent un pas immense est fuit par un peuple à la
gneur, l’état où je suis réduit par le désir que j’avois de servir Votre Altesse Royale el la France. Qanri je m’engageai dans le service du roi. j’avois du bien autant que je désirois. Je ne devois rien et j'avois du crédit ; je quille le service du roi sans bien. Ceux qui ont confiance en moi ont été forcés à faire banqueroute, et je n’ai rien pour les payer ; pourtant je me trouve réellement en avances pour le service du roi de sommes très-fortes : l'article seul des affaire* étrangères suffiroil pour payer mes correspondants , et me remettre la somme que je désire. Je supplie Votre Altesse Royale, en même temps , de faire une réflexion . qu’en m’accordant la justice que je demande, elle ne risque rien ; en la refusant sous prétexte que j’ai emporté du bien avec moi, comme le temps fera connoltre le contraire , elle aura à se reprocher les injustices que j'aurai souffertes. J’attends sa ré|K>use, et j’ai l'honneur d'élre, avec le plus profond respect, de Votre Altesse Royale, etc. L*w. •
A cette lettre était joint un billet pour l’abbé Dubois : « Je vous suisohligé, monseigneur, de la manière avec laquelle vous avez écrit à M. de Chavlgny sur mon sujet; je l’ai vu ici, et il m’en a parlé. Les absents , principalement ceux de mon espèce , n'ont que peu d'amis ; en revanche , je ne suis ennemi de |«rsonne; je souhaite à tous ceux qui servent le régent succès dans leur ministère, el suis très -sincèrement, monseigneur, votre très humble, etc. L\w.
suite des plus grands sacrifices ! Serait-il dans la destinée du progrès de naître et de se développer au milieu des catastrophes! Dans la marche des temps, les générations ne comptent que comme un point imperceptible, et la Providence les broie, dans sa marche inflexible vers son but de l’infini !