‹ Œuvres de Chamfort et RivarolChapitre 16 sur 34 · DIALOGUES PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

DIALOGUES PHILOSOPHIQUES

/^ A. Gomment avez-vous ^fait pour n'être' plus sensible? — B. Gela s'est fait par degrés. — A. Gomment? — B. Dieu m'a fait la grâce de n'être plus aimable ; je m'en suis aperçu, et le reste a été tout seul.

/, A. Vous ne voyez plus M...? — B.Non, il n'est plus possible. — A. Gomment ? — B. Je l'ai vu, tant qu'il n'était que de mauvaises mœurs; mais, depuis qu'il est de mauvaise compagnie, il n'y a pas moyen.

/^ A. Groiriez-vous que j'ai vu madame de

pleurer son ami, en présence de quinze personnes ? — B. Quand je vous disais que c'était une femme qui réussirait à tout ce qu'elle voudrait entreprendre !

^*, A. Vous marierez-vous ? — B. Non. — A.

Pourquoi ? — B. Parce que je serais chagrin ? — A. Pourquoi? — B. Parce que je serais jaloux. — A. Et pourquoi seriez-vous jaloux ? — B. Parce que je serais cocu. — A. Qui vous a dit que vous seriez

COCU ? — B. Je serais cocu parce que je le mériterais. — A. Et pourquoi le mériteriez-vous ? — B. Parce que je serais marié.

^*^ LE CUISINIER. Je n'ai pu acheter ce saumon. —

LE DOCTEUR EN SORBONNE. PourqUOi ? — LE CUISI- NIER. Un conseiller le marchandait. — le docteur EN SORBONNE. Prends ces cent écus, et va acheter le saumon et le conseiller.

/, A. Vous êtes bien au fait des intrigues de nos ministres ? — B. C'est que j'ai vécu avec eux. — A. Vous vous en êtes bien trouvé, j'espère ? — B. Point du tout. Ce sont des joueurs qui m'ont montré leurs cartes, qui ont même, en ma présence, regardé dans le talon, mais qui n'ont point partagé avec moi les profits du gain de la partie.

^% A. 11 a cherché à vous humilier. — B. Celui qui ne peut être honoré que par lui-même n'est guère humilié par personne.

/^ LE VIEILLARD. — Vous êtcs misanthrope de bien bonne heure. Quel âge avez-vous ? — le jeune HOMME. Vingt-cinq ans. — le vieillard. Comptezvous vivre plus de cent ans ? — le jeune homme. Pas tout à fait. — le vieillard. Croyez-vous que les hommes seront corrigés dans soixante-quinze ans ? — le jeune homme. Ce serait absurde à croire. — le vieillard. Il faut que vous le pensiez pourtant, puisque vous vous emportez contre leurs vices... Encore cela ne serait-il pas raisonnable, quand ils seraient corrigés d'ici à soixante-quinze ans ; car il ne vous resterait plus de temps pour jouir de la réforme que vous auriez opérée. — le jeune homme. Votre remarque mérite quelque considération : j'y penserai.

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les ihe** ^' ^* femme qu'on me propose n'est pas riche. - B. Vous l'êtes. — A. Je veux une femme qui le ; ^ '*oc'oit. Il faut bien s'assortir.

/, A. Je l'ai aimée à la folie ; j'ai cru que j'en mourrais de chagrin. — B. Mourir de chagrin ! mais vous l'avez eue ? — A. Oui. — B. Elle vous aimait ? — A. A la fureur ! et elle a pensé en mourir aussi. ' — B. Eh bien ! comment donc pouviez-vous mourir

de chagrin ? — A. Elle voulait que je l'épousasse. — B. Eh bien ! une jeune femme, belle et riche, qui vous aimait, dont vous étiez fou I — A. Cela est vrai ; mais épouser, épouser ! Dieu merci, j'en suis quitte à bon marché.

/^ A. Ces deux femmes sont fort amies, je crois. — B. Amies ! là... vraiment ? — A. Je le crois, vous dis-je; elles passent leur vie ensemble : au surplus, je ne vis pas assez dans leur société pour savoir si elles s'aiment ou se haïssent.

/^ A. M. de R... parle mal de vous. — B. Dieu a mis le contre-poison de ce qu'il peut dire dans l'opinion qu'on a de ce qu'il peut faire.

,% A. Vous connaissez M. le comte de ; est-il

aimable ? — B. Non. C'est un homme plein de noblesse, d'élévation^ d'esprit, de connaissance : voilà • tout.

/^ A. Je lui ferais du mal volontiers. — B. Mais il ne vous en a jamais fait. — A. Il faut bien que quelqu'un commence.

^\ DAMON. Clitandre est plus jeune que son âge. Il est trop exalté. Les maux publics, les torts de la société, tout l'irrite et le révolte. — céumêne. Oh I il est jeune encore, mais il a un bon esprit; il finira

par se Hure TÎngi mille lirres de r^ite, et prendre soa parti sur tout le reste.

*^ A. n paraît qae tont le mal dit par vons sur

n^dapii» de n'est qae poor tous conformer au

bruit public, car il me semble que vous ne la connaissez point ? — B. Moi, point du tout.

»% A. Poavez-Yoos me faire le plaisir de me montrer le portrait en vers que toqs avez fait de madame de...^ — B. Parle plus grand hasard du monde, je Fai sur moi. — A. C'est pour cela que je vous le demande.

/» DÂMON. Vous me paraissez bien revenu des femmes, bien désintéressé à leur égard. — clitandre. Si bien que, pour peu de chose, je vous dirais ce que je pense d'elles. — damon. Dites-le moi. — CLITANDRE. Un moment. Je veux attendre encore quelques années. C'est le parti le plus prudent.

/» A. J'ai fait comme les gens sages, quand ils font une sottise. — B. Que font-ils ? — A. Ils remettent la sagesse à une autre fois.

A A. n faut vivre avec les vivants. — B. Gela n'est pas vrai ; il faut vivre avec les morts (avec les livres).

*^ A. Non, monsieur, votre droit n'est point d'être enterré dans cette chapelle. — B. C'est mon droit; cette chapelle a été bâtie par mes ancêtres. — A. Oui ; mais il y a eu depuis une transaction qui ordonne qu'après monsieur votre père, qui est mort, ce soit mon tour. — B. Non, je n'y consentirai pas. J'ai le droit d'y être enterré, d'y être enterré tout à l'heure.

»% A. Monsieur, je suis un pauvre comédien de

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