‹ Œuvres de Chamfort et RivarolChapitre 20 sur 34 · METAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

METAPHYSIQUE

/• Flambeau du langage et de tous les arts, la métaphysique éclaire,'indique et ne fait pas.

^\ Le sentiment est antérieur à toute sensation, et, par conséquei^t, à toute idée. En effet, il date de Torganisation.

»*» Semblable à Faimant, qui n'attend que la présence du fer pour manifester son penchant et sa puissance, le sentiment est là, prêt à s'associer à tous les objets qui le frapperont par l'entremise des sens.

»% Il n'y a rien dans Thomme de plus clair que le

sentiment, parce qu'il n'y a rien de plus certain. Son nom seul confond idéalistes, matérialistes et pyrrbo niens : les nuages qui couvrent l'esprit et la matière n'arrivent pas jusqu'à lui, et le doute ne soutient pas

sa présence.

,', L'être qui ne fait que sentirne pense pas encore, et l'être qui pense sent toi^ours.

.'. Dès qu'on a nommé la nature, il n'y a plus problème, mais mystère ; il ne s'agit plus d'expliquer, mais d'eiposer.

,'. Nous raisonnons quand nous ne sentons pas, et le raisonnement, qui est le tâtonnement de la raison, cesse où le sentiment commence. Le raisonnement est donc pour les ouvrages de l'homme, et le sentiment pour ceux de la nature. Mais, en unissant le raisonnement au sentiment, on obtient le plus grand degré d'évidence, et, par conséquent, de cerdtude dont l'homme soit capable.

.*. Voyez le sentiment jeté dans les airs, au fond des mers et sur la terre, toujours content de son enveloppe et de ses formes; couvert d'écorce, déplume, de poil ou d'écaiile ; qu'il vole ou qu'il nage, qu'il marche ou qu'il rampe, ou reste immobile, toujours heureux d'être et de sentir, et toujours répugnant à sa destruction. Semblables à des vases inégaux par leur forme et leur capacité, mais égaux par la plénitude, tous les êtres animés sont également satisfaits de leur partage ; et c'est du concert de tant de satisfactions et de félicités particulières que se forme et s'élève vers le Père universel l'hymne de la nature.

.', Plus occupé de la suite de ses idées que de sa propre fixité, le sentiment se considère comme une pendule qui oscille perpétuellement entre le passé et

l'avenir : le présent n'est pour lui qu'un mouvement entre deux repos.

/» Telle est la puissance variée du sentiment, qu'il peut être frappé de l'absence des objets comme de leur présence, du vide comme du plein, de la nuit comme du jour, et qu'il sent également ce qui est et ce qui n'est pas ; il prend note de tout ce qui fait événement chez lui, et s'arrête à celle de ses modifications qu'il lui plaît ; et, comme c'est successivement qu'il les a éprouvées, il sait et les grouper et les séparer à son gré. S'il considère le Louvre, il peut, en un clin d'œil, se le figurer tout entier ; mais il peut aussi ne s'occuper que d'une de ses faces, et même, en contemplant cette seule face, il peut ne songer qu'à sa hauteur et oublier ses autres dimensions ; car, s'il unit, il divise ; s'il rassemble, il disperse ; s'il s'associe, il se détache. Une pomme le conduit à l'idée du fruit en général, le fruit en général à tous les comestibles, les comestibles à toute sorte de matière, et la matière à l'être pur, idée la plus universelle et la plus simple qu'il puisse concevoir. De cette hauteur, qui est pour lui le sommet de la création, il descend à son gré de l'être en général à la matière, de la matière aux corps, et des corps à l'idée du moindre individu ; parcourant sans relâche cette double échelle des abstractions et des collections, et laissant des classes entières en montant, qu'il ramasse en descendant : classes, méthodes et suites, qu'il enfante avec effort, mais qu'il manie avec adresse, et qui deviennent en lui les habitudes de l'esprit et les économies de la mémoire. Fort de ses organes, clair comme la vue, certain comme le toucher, délicat, avide, harmonieux comme l'odorat, le goût et l'ouïe, tour à tour il s'avance vers les objets et se replie sur lui-même. Tantôt il s'attache

uniquement à la blancheur de la neige, et, frappé de sa ressemblance avec mille autres corps blancs, il n'accorde qu'une place à tant de sensations monotones ; et, les rangeant sous un signe unique, il parait s'agrandir de tout ce qu'il retranche à l'univers. Tantôt il rassemble curieusement toutes les qualités d'un même corps, c'est-à-dire toutes les impressions qu'il en a reçues, et, convaincu que l'odeur, la couleur et la forme ne suffisent pas seules pour constituer une fleur, il cherche sur quel appui reposent ces qualités qui ne sont qu'accidentelles, et, ne le trouvant pas, il donne le nom de substance à cette base mystérieuse qui existe chez lui, en attendant qu'on la trouve dans la nature. En un mot, il ne peut soufirir les lacunes; il les remplit avant de les franchir, et le néant lui-même prend un nom i. sa voix, et marche dans le discours â tùlé de la création. La douleur et le plaisir, qui ne le quittent pas, l'intéressent à tout, et lui font concevoir l'amour et la haine, le juste et l'injuste, l'imperfection et le beau idéal, et enfin l'extrême misère et le bonheur suprême. C'est ainsi qu'il s'identifie avec tout ce qui le touche, et qu'il ourdit la trame de son existence de compositions et d'abstractions, de rapprochements et d'oppositions, d'idées tant collectives qu'individuelles, et enfin de cette foule de signes qui, s'égalant au nombre de ses perceptions, en deviennent la monnaie, et tiennent pour toujours à sa disposition ces fiigitives richesses : artifice admirable de la pensée, utile et noble commerce de la parole, sans qui la vie n'eût été pour l'homme qu'un jeu, où la'perte eût toujours balancé le gain! Mais les lois du langage, plus certaines que celles de la propriété, ont mis les trésors de l'esprit sous la garde de la mémoire, et l'écriture les sauve de l'on-

bli, en chargeant le temps même des archives de la pensée.

*% Le temps est le rivage de l'esprit ; tout passe devant lui, et nous croyons que c'est lui qui passe.

*^ Il n'est pas digne d'un vrai philosophe de dire, comme Bufifon : que la nature est contemporaine du temps ; que le temps ne coûte rien à la nature ; qu'il entre comme ingrédient dans la composition des corps. C'est le mouvement qui est contemporain du monde, et qui entre dans la composition de tous les corps, tant les animés que les inanimés. Buffon a fait d'une simple abstraction de l'esprit un élément matériel de la nature.

*^ On n'a qu'à supposer un moment la nature immobile, rien ne naîtra, mais rien ne périra.

»% L'homme avait conçu le temps; il créa les nombres.

*^ La nature ne compte que dans la tête humaine. '

*^ L'homme, dans sa maison, n'habite pas l'escalier, mais il s'en sert pour monter et pénétrer partout ; ainsi l'esprit humain ne séjourne pas dans les nombres, mais il arrive par eux à la science et à tous les arts.

*^ L'imagination est une mémoire qui n'est point à nos ordres ; ses apparitions, ses brillantes décorations et ses éclipses, sont également indépendantes de nous. Fortement émue par les objets, elle n'a que des durées sans mesures, des espaces par échappées, et, pour tout nombre, la foule ou l'unité. Fille aînée des sensations, tandis que la mémoire naît et s'accroît des idées du temps, des nombres et des proportions de toute espèce, l'imagination range les objets

mr ta tnéme ligne ; elle peint et colore comme les Cbinoig : ses (errasses et ses montagnes sont en l'air, mais la mémoire entend la perspective.

,'. C'est l'imagination qui, dans l'absence des objets, on pendant l'errenr d'un songe, dessine des tableaux dans l'oeil d'un homme incapable de tracer un cercle, et lui fail découvrir sar le front changeant d'un nuage, ou dans les confuses inégalités d'une sarface, des figures régulières que sa main suivrait avec grâce et facilité. Souvent aussi, dans ses peintures vagabondes, elle accouple les habitants de l'air, de la terre et des mers, et, déplaçant les couleurs, les formes et les proportions, elle n'enfante que des cliimères et des monstres. Alliée naturelle des passions, elle accuse de lenteur l'impatience des amants, el précipite leurs jouissances. Douce et cruelle tour à tour, soil que, irritée par la douleur ou les privations, elle fasse rêver la joie au malheur, el la fortune à l'indigence ; soit que, pleine encore des frayeurs de la veille, elle montre l'eiîl ou !a mort aui idoles du peuple et auï favoris des rois, sa puissante baguette oppose le monde qu'elle crée au monde qu'elle habite. Combien de fois n'a-t-eile pas dressé des banquets pour l'homme aifamé, et surpris à l'austère anachorète les songes de la volupté ! Sa main fantastique joue sur tout le clavier des sens, agite et mêle sans ordre les paEsions et les idées, et, confondant et les temps et les distances, et les désirs et l'Impuissance, c'est elle qui, sous les glaces de l'âge, réchauffe tout â coup un vieillard, et le r^ouit d'un éclair de sa jeunesse. C'est par elle, enfin, que les illusions et les réalités se partagent la vie.

.*. L'imagination est amie de l'avenir.

.'. La mémoire se contente de tapisser en dra-

peaux ; mais l'imagination s'entoure de tentures des Gobelins.

/» La mémoire est toujours aux ordres du cœur.

A Les méthodes sont les habitudes de Fesprit et les économies de la mémoire.

»% Maîtresse des éléments et des masses, la nature travaille du dedans au dehors; elle se développe dans ses œuvres, et nous appelons formes les limites où elle s'arrête. L'homme ne travaille qu'en dehors ; le fonds lui échappe sans cesse : il ne voit, il ne touche que des formes.

*^ L'homme n'est jamais qu'à la circonférence de ses ouvrages : la nature est à la fois au centre et à la circonférence des siens.

/» L'identité du but est la preuve du sens commun parmi les hommes ; la différence des moyens est la mesure des esprits, et l'absurdité dans le but est le signe de la folie.

A Le repos est pour les masses, et le mouvement pour les éléments.

A L'esprit est le côté partiel de l'homme ; le cœur est tout.

**♦ Les enfants crient ou chantent tout ce qu'ils demandent, caressent ou brisent tout ce qu'ils touchent, et pleurent tout ce qu'ils perdent.

*^ Puisque Hobbes a dit que le méchant est un grand enfant, il faut nécessairement que les enfants soient de petits philosophes.

A L'homme qui dort, l'homme ivre, c'est l'homme diminué.

»*» Il ne faut pas croire, comme Hêlvétius et

Condillac, que l'atlention dépende tout à fait de nous, et surtout qu'elle produise les mêmes effets dans deux hommes également^ attentifs. Combien de gens que la réflexion et l'attention la plus profonde ne mènent à rien ! sans compter ceus qui n'en recueillent que des erreurs.

,*, Un instrnment est un raisonnement qui, dans nos ateliers, a pris une forme éclatante et visible à

/. Les anecdotes sont l'esprit des vieillards, le charme des enfants et des femmes : il n'y a que le fil des événements qui fixe leur sentiment et tienne leur attention en haleine. Une suite de raisonnements et d'idées demande toute la tâte et la verve d'ud homme.

.*. La parole remet la pensée en sensation.

,*, La raison est historienne, roaj s tes passions sont actrices.

.". Il y aura toujours deux mondes soumis aux spéculations des philosophes : celui de lenr imagination, où tout est vraisemblable et rien n'est vrai, et celui de la nature, où tout est vrai sans que rien paraisse vraisemblable.

,.'0n n'a pas le droit d'une chose impossible.

,' Le prisme qui dissèque la lumière gâte à nos yeuï le spectacle de la nature,

.*, On peut dire que Locice et Condîllac, l'un plus occupé à combattre des erreurs, et l'autre à établir des vérités, manquaient également tous deux du secret de l'expression, de cet heureux pouvoir des mots qui sillonne si profondément l'attention des hommes en ébranlant leur imagination.

/^ La nature a fait présent à rkomme de deu:s puissants organes^ de la digestion et de la génération. Par l'un, elle a assuré la vie à Findividu ; par l'autre, Timmortalité à l'espèce. Et tel est en nous le rôle de l'estomac, que les pieds et les mains ne sont pour lui que d'industrieux esclaves, et que cette tête elle-même, dont nous sommes si âers, n'est qu'un satellite plus éclairé : c'est le fanal de l'édifice.

^*^ On peut diviser les animaux en personnes d'esprit et en personnes à talent. Le chien, Téléphant, par exemple, sont des gens d'esprit ; le rossignol et le ver À soie sont des gens à talent.

»\ La différence entre le principe social qui unit les hommes et les causes qui rassemblent certains animaux a été si bien établie par quelques philosophes, que, si J'en parlais ici, je ne pourrais que les répéter. Je dirai seulement qu'excepté les abeilles, les castors et les fourmis d'Afrique, tous les autres animaux ne savent que s'attrouper, s'accoupler et construire des nids ; mais les attroupements et l'amour, et même l'état de famille, ne sont pas l'ordre social : ce sont des rendez-vous assignés par le besoin, des appels et des congés donnés par les saisons. Quant aux trois espèces qui vivent et travaillent en commun, il est certain qu'elles poussent d'abord la combinaison des idées premières jusqu'à la division du travail ; mais, une fois l'édifice construit, toute combinaison ultérieure cesse. Ces républiqueslà ne savent pas enter la raison sur l'expérience ; elles ignorent l'art d'échafauder leurs connaissances et de substituer des outils et des instruments à leurs organes ; elles ne recueillent ni ne laissent d'héritage, et l'industrie publique meurt et renaît tout entière à

chaque génération. Une prompte et fatale perfection les saisit au début de la vie, et leur interdit la perfectibilité. Les animaux sont donc plus immédiatement que nous les élèves de la nature. L'homme part plus tard pour arriver plus haut ; mais cette immense carrière, c'est la société qui la lui ouvre : c'est là que l'homme se greffe sur l'homme, les nations sur les nations^ les siècles sur les siècles ; d'où résulte cette incontestable vérité : que le genre humain est toujours supérieur à quelque grand homme que ce soit, et que, chez les animaux, l'individu est toujours égal à l'espèce. On 'peut dire encore des animaux que, s'ils n'augmentent pas leur industrie par l'association, ils ne la perdent pas dans la solitude. Le castor, lorsqu'il n'est pas gêné par la présence de l'homme, retrouve ses talents en revoyant ses déserts, ses bois et ses rivières. Il n'en est pas ainsi de l'homme : il ne peut gagner beaucoup à l'association sans beaucoup perdre à l'isolement. Comme les diamants et les métaux, l'homme naît encroûté, et, comme eux, il ne doit son éclat qu'au frottement. Si la distance du sauvage solitaire au sauvage en corps de peuple est déjà prodigieuse, que sera-ce si on le met en comparaison avec l'homme de génie dans l'ordre social ? Le sauvage, en général, ne veut pas de nos arts, parce qu'il ne les connaît pas, et nous ne voulons pas de son existence, parce que nous la connaissons.

A Spectateur et scrutateur de la nature, l'homme sonde les mers, gravit les monts, classe non-seulement toutes les familles, mais les métaux et les pierres ; interroge les volcans, se passionne pour une suite de minéraux, comme pour une collection d'insectes ; s'enfonce dans la nuit de l'antiquité, comme

dans les entrailles du globe : met à contribution la terre, Fair et l'eau, non seulement pour y trouver sa nourriture et ses vêtements, mais pour ennoblir ces. deux nécessités par les élégances du goût et les pompes de la parure. Car, dans Thomme, tout besoin devient art ; toute sensation se prolonge et s'agrandit, toute fonction naturelle a ses règles, ses méthodes et ses perfections ; tout sens a ses recherches, ses délicatesses et ses lois. Les couleurs, les parfums, les sons, les saveurs, tant de jouissances périodiques, si passagères pour les animaux, Thomme les fixe et les enchaîne à sa destinée, dont il égayé, diversifie et trompe artistement le^ longs détails et la courte durée. Et, pendant que les animaux peuplent et décorent la terre, Tair et Tonde, Thomme fait entrer Fonde, la terre, Fair et les animaux dans les riantes décorations de sa demeure. C'est là qu'il brave en paix les ardentes fureurs de l'été et la sombre rigueur des hivers. Quelle prodigieuse existence ! quel excédant de vie ! quel immense cortège pour un si frêle et si éphémère possesseur ! Parlerai-je ici des passions, de cet appétit de gloire et d'empire qui nous a soumis la terre, et de ces monuments dont l'espèce humaine a couvert sa surface ? L'amour luimême, si impétueux dans les animaux, mais s'allumant et s'éteignant tour à tour avec les saisons, ou brûlant sans choix pour l'objet qui Fexcite, peut-il entrer en comparaison avec ce sentiment tendre et fidèle, qui na voit qu'un homme entre tous les hommes, qu'une femme entre toutes les femmes ? C'est cette préférence, ce côté moral et profond qui épure, consacre et divinise l'amour.

»*» L'animal,qui Jouit de sa manumission, court se désaltérer dans les eaux qui ne viendraient point à

tui; tandis que les flenves et les mers s'élèvent en Tapenrs, et, transformés en nuages, vont abreuver la plante immobile et altérée qui les attend.

Hais la nature ayant pourvu rhomme d'une industrie et d'une liberté indéfinies, ne lui devait que des matériaux. Voilée, mais d'un voile entr'ouvert, elle lui cache et lui indice tour à tour les gages de ses promesses. Ce fut donc à nous A présager la fécondité de la terre dans l'emploi de ses métaux, à deviner des maisons et des villes dans ses carrières, â demander des babils aux troupeaux, des navires aux forêts, et i l'aimant la clef des mère ; ce fut à nous i disputer le sable aux vente qui le dispersent, et à le fixer en cristal, qui devait un jour porter nos regards dans la structure d'un ciron, et nous ouvrir de nouveaux deux.

.*. Helvétius avait dit que, si nos jambes et nos bras se terminaient en s^ots, et que si les chevagx avaient des mains, nous galoperions dans les champs, et que les chevaux bâtiraient des villes et feraient des livres et des lois.

Supposer la confî^ration humaine aux bétes, et donner la configuration de la brute à l'homme, sans rien changer au sentiment qui les anime, c'est faire présent d'un palais inutile â l'agent subalterne, et plonger l'être supérieur dans une indigne prison; c'est renverser sans fruit l'ordre de la nature, qui a mis les animaux d'accord avec leurs formes, et l'bomme en harmonie avec la sienne.

En effet, quel spectacle offrirait l'univers I On verrait, d'un côté, la brute traînant U figure de l'homme, après avoir saisi et dévoré sa proie, condamner la bouche humaine au silence, les mains à l'inertie, et courber sans cesse vers la terre des re-

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gards faits pour les deux ; de l'autre, on verrait le génie, captif, déshonoré, ramper sous son enveloppe, lutter sourdement contre ses formes, agiter en vain des griffes ou des écailles, et redresser souvent vers le ciel des yeux qui l'accuseraient de sa cruelle méprise. Le monde n'offrirait donc sous la figure humaine que des animaux imparfaits, et, sous la peau des brutes, que des hommes malheureux. Est-ce donc là une si heureuse hypothèse, un si beau déplacement d'idées, une bien mémorable révolution en métaphysique ? C'est bien plutôt un rêve digne des métamorphoses I c'est bien plutôt un contre-sens effrontément proposé au genre humain, et follement supposé à la nature, qui ne met pas cette contradiction entre ses fins et ses moyens, entre ses plans et ses ouvrages I

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