POLITIQUE
^\ La politique est comme le sphinx de là fable : elle dévore tous ceux qui n'expliquent pas ses énigmes.
/^ La puissance est la force organisée, l'union de l'organe avec la force. L'univers est plein de forces, qui ne cherchent qu'un organe pour devenir puissances. Les vents, les eaux, sont des forces ; appliqués à un moulin ou à une pompe^ qui sont leurs organes, ils deviennent puissance.
Û30 ÎIIVAROL.
Cette distinction de la force et de la puissance Sonne la solution du problème de la souveraineté dans le corps politique. Le peuple est force, le gouvernement est organe, et leur réunion constitue la puissance politique. Sitôt que les forces se séparent de leur organe, la puissance n'est plus. Quand l'organe est détruit, et que les forces restent, il n'y a plus que convulsion, délire ou fureur ; et, si c'est le peuple qui s'est séparé de son organe, c'est-à-dire de son gouvernement, il y a révolution.
La souveraineté est la puissance conservatrice. Pour qu'il y ait souveraineté, il faut qu'il y ait puissance. Or, la puissance, qui est l'union de l'orçane avec la force, ne peut résider que dans le gouvernement. Le peuple n'a que des forces, comme on l'a dit ; et ces forces, bien loin de conserver, lorsqu'elles sont séparées de leur organe, ne tendent qu'à détruire. Mais le but de la souveraineté est de conserver, donc la souveraineté ne réside pas dans le peuple, donc elle réside dans le gouvernement.
*% La même erreur qui plaça jadis la terre au centre du monde a fait attribuer la souveraineté au peuple. Mais, quand la boussole eut ouvert l'Océan, et le télescope les cieux, la terre fut reléguée dans son orbite, et l'homme déchu, mais instruit, plaça mieux son orgueil.
/^ L'homme emprunte des palais aux carrières, des vaisseaux aux forêts, des horloges au soleil ; et, pour former une armée et un corps politique, l'homme s'imite et s'emprunte lui-même.
*^ La terre est le plan sur lequel le corps politique se dessine. Pour qu'un État parvienne à son plus haut point de grandeur relative, il faut qu'il y ait
équation entre la population et le territoire. Dans TAmérique septentrionale, le territoire remporte sur la population, et l'État n*a point encore acquis son plus haut degré de puissance. En Europe, où il y a équation parfaite entre lès territoires et les populations, les États sont parvenus à leur plus haut point de puissance. A la Chine, où la population est en excès et le territoire en défaut, TÉtat est sur son déclin.
»** Les corps politiques sont les grands conservatoires de l'espèce humaine, et les plus magnifiques copies de la création. En effet, après Tunivers et l'homme, il n'existe point de plus belle composition que ces vastes corps, dont l'homme et la terre sont les deux moitiés, et qui vivent des inventions de l'un et des productions de l'autre. Sublimes alliances de la nature et de l'art, qui se composent d'harmonies, et dont la nécessité forme et serre les nœuds !
/» Les corps politiques recommencent sans cesse ; ils ne vivent que de remèdes.
/^ On ne jette pas brusquement un empire au moule.
,\ La loi est la réunion des lumières et de la force. Le peuple donne les forces,, et le gouvernement donne les lumièj'es.
. /^ Les hommes naissent nus et vivent habillés, comme ils naissent indépendants et vivent sous des lois. Les habits gênent un peu les mouvements du corps, mais ils le protègent contre les accidents du dehors : les lois gênent les passions, mais elles défendent l'honneur, la vie et les fortunes.
/^ Le corps politique est comme un arbre : à mesure qu'il s'élève, il a autant besoin du ciel que de la terre.
.'. Tout État, si j'ose le dire, est on vaissean mystérieux qui a ses ancres dans le ciel.
,*. Un peuple sans territoire et sans religion périrait, comme Anthée, suspendu entre le. ciel et lu terre.
,*, Les droits sont des propriéMs appuyées sur la puissance. Si la puissance tombe, les droits tombent aussi.
.'. L'homme solitaire ne peut lîgurer que dans l'histoire naturelle; encore y sera-t-il toujours un ph^iomëae.
/. Le génie, en pfditique, consiste non à créer, mais à conserrer ; non à changer, mais à flïer ; il consiste enfin à suppléer aux vérités par des maximes : car ce n'est pas la meilleure loi, mais la phis fixe qui est la bonne.
.*, Les anciens, ayant donné des passions à leurs dieux, imaginèrent le destin qui était irrévocable, inexorable, impassible, afin que l'univers, ayant une base fixe, ne fût pas bouleversé par les passions des dieux, Jupiter consultait le livre du destin et l'opposait également aux prières des hommes, aux intrigues des dieux et â ses propres penchants, en faveur des uns et des autres.
,', En législation comme en morale, le bien est totu"'''^ 1b mieux. Les hommes s'attroupent, parce qu'ils ont despassions; il ne faut les traiter ni comme des moutons, ni comme des lions, mais comme s'ils étaient l'un et l'autre ; il faut que leur faiblesse les rassemble et que leur force les protège. Le despote qui ne voit que de vils montons, et le philosophe qui ne voit que des lions indomptés, sont également insensés et coupables.
*, Annuler les difiFérenoes, c'est confusion ; déplacer les vérités, c'est erreur ; changer l'ordre, c'est désordre. La vraie philosophie est d^étre astronome en astronomie, chimiste en chimie, et nplitique dans la politique.
*^ La raison se compose de vérités cpfii faut dire et de vérités qu'il faut faire.
A II faut au peuple des vérités usuelles, et non des ahstr actions.
»% L'agriculture est une manufacture avare qui repousse les hras inutiles.
*^ L'homme rapproche les espaces par le commerce^ et les temps par le crédit.
/* L'or est le souverain des souverains.
/» L'or et le papier-nionnaie sont les deux signes des richesses \ mais l'un est d'une convention universelle, et l'autre d'une convention locide ethomée. La rareté des métaux et les peines que coûte leur exploitation donnent à la terre le temps de porter des moissons, et les denrées peuvent atteindre ou suivre de près les signes qui les représentent. Mais est-ce que la nature peut marcher comme la plume d'un homme qui fait du papier-monnaie ? L'or, borné dans sa quantité, est illimité dans ses effets, et le papier, illimité dans sa quantité, est, au contraire, fort circonscrit dans ses effets.
/^ Le centre du corps politique peut être de papier, mais il faut toujours que les extrémités soient d'or. Si les extrémités se changent en papier, la circulation s'arrête, et le corps politique expire.
/» Les souverains ne doivent jamais oublier que, le peuple étant toujours enfant, le gouvernement doit toujours être père.
.', n en est de la personne statues des dieux : les premiei dieu même, les derniers ne te marbre défiguré.
.', La guerre est le tribun; res sont ses arrêts.
,", Les coups d'autorité d coups de la foudre qui n mais les révolutions des tremblements de terre don^ niquent à des distances inc
.'. Il n'y a que les gens reconnaissance bruyante
.'. L'imprimerie est l'ai
.■, Les souverains n»
qu'un écrivain peut rec qu'un général ne peut lecteurs.
,', Dans une armée, I clier et non comme joui
.', La noblesse est u'
.", Le peuple donne
.'. Voltaire a dit r € rés et plus ils seront ' au peuple que « plv éclairé » ; ce qui a t i
,'. Les peuples les de la barbarie que le Les peuples, comme i
les surfaces.
**» La philosophie étant le fruit d'une longue méditation et le résultat de la vie entière, ne peut et ne doit jamais être présentée au peuple, qui est toujours au début de la vie.
*% La révolution est sortie tout à coup des livres des philosophes comme une doctrine armée.
*\ Malheur à ceux qui remuent le fond d'une nation !
»** Il n'est point de siècles de lumière pour la populace : elle n'est ni française, ni anglaise, ni espagnole. La populace est, toujours et en tout pays, la même : toujours cannibale, toujours anthropophage, et, quand elle se venge de ses magistrats, elle punit des crimes qui ne sont pas toujours avérés par des crimes qui sont toujours certains.
»*» Il faut plutôt, pour opérer une révolution, une certaine masse de bêtise d'une part, qu'une certaine dose de lumière de l'autre.
A II y a eu des présages de la révolution pour toutes les classes et toutes les conditions. La cour s'en aperçut à la tournure des Noailles ; l'Académie et la police, aux nouvelles allures des Rulhières et des S...; le petit peuple, aux propos des gardes françaises ; les filles, aux lazzis insolents du sieur Dugazon ; les clubs et les cafés, à la lecture du Journal de Paris,
»*» Quand le peuple est plus éclairé que le trône, il est bien près d'une révolution. C'est ce qui arriva en 1789, où le trône se trouva éclipsé au milieu des lumières.
A Rivarol écrivait en 1789 : « Les vices de la cour ont commencé la révolution ; les vices du peuple l'achèveront. »
.'. QneEûre, disait-il en partant (les révolationnaires, de ces hommes qui lancent autant de traits qae de regards, qui combattent avec la plume et écrivent avec des poignards ?
,'. Tout le règne de Louis XVI se rédmt à quinze ans de faiblesse et à un )our de force mal employée.
,\ Les nations que les rois assemblent et consultent commencent par des vœux et finissent par des volontés.
,*. La philosophie moderne n'est rien autre chose qne les passions armées de principes.
/, Les philosophes sont comme les vers qai fnquent et qui percent les d^ues de la Hollande ; Us prouvent que ces ouvrages sont périssaHes, comme l'homme qui les construit ; mais ils ne prouvent point qu'ils ne soient pas nécessaires.
.*, Tout philosophe constituant est gros d'un jacobin : c'est une vérité ,que l'Europe ne doit pas perdre de rue.
.', Le peuple ne goûte de la liberté, comme des liqueurs violentes, que pour s'enivrer et devenir furieux.
.', Quand la raison monte sur le irône, les passions entrent au conseil, et, quand il y a crise, les passions sont plus tôt averties du péril que la raison.
4*. Il faut attaqoer l'opinion avec ses armes : on ne tire pas des coups de fusil aux idées.
.*, A propos des a^tateurs i Quand Neptune veut calmOT les tempâtes, ee n'est ^s aux flots, mais aux vents qu'il s'adresse.
*»* J.-J. Rousseau resseluble à ces conquérants qui jettent de l'éclat sur des ruines, et jouissent de l'impunité attachée à la gloire.
«% Les satires yioieiites et les tableaux enflammés de cet orateur ambidextre (J.-J.) ne pouTaient manquer de réussir chez un peuple dégoûté de sa gloire, et qui ne demaodaii qu'à changer d'attitude.
/» Sar les coalisés : Us ont toujours été en M*rière
d'une année, d'une armée et d'une idée.
«*» Au suj^ des nobles, qui avaient laissé édiapper la puissance de leurs mains : Ils prenaient leurs souvenirs pour des droits.
/» Sans doute, il faut bien que les archiva» du temps périssent, h^ mé^ipirç des homijiaes est un organe trop borné pour se mesurçr éterQellepi.ent avec l'étendue des choses ; et notre histoire, lamentable mélange d'un peu de bien et de beaucoup de maux, ne serait bientôt plus proportionnée i la brièveté de la vie, si le temps, qui l'allonge d'une main, ne raccourcissait de l'autre. C'est donc par un hienhit du ciel que tant de races criminelles reçoivent, d'époque en époque, l'amnistie de l'oubli.
A Ainsi, dans l'homme, pour l'homme, autour de riiomme, tout s'use, tout change, tout périt : tout marche à la décrépitude ; les lois, les mœurs, les beaux-arts, les empires ont leur éclat et leur déclip, leur fraîcheur et leur vétusté, quelquefois même une fin prématurée, et cependant la nature, mère constaQte de tant de formes fugitives, reste appuyée sur la nécessité, au sein des mouvements, des vicissitudes et des métamorphpses, iipmpbiJp, invariable, immortelle.