ALMÀNACII DES GRANDS HOMMES
trefois M™e de Tencin à ses fidèles, une culotte de velours pour étrennes le premier jour de Tan. A la vérité, nos. jeunes littérateurs n'avaient ni l'importance des académiciens de W^^ Geoffrin, ni les mêmes nécessités ; et cela se conçoit facilement par la difféi^ce des âges, ainsi que par celle des temps.
Tant çle travaux académiques se seraient trouvés enfouis s'ils eussent toujours été concentrés dans les petites coteries, quelque nombreuses qu'elles fussent. Il fallut donc des répertoires public où chacun pût, èfloisir et à son gré, admirer le goût du temps. De là tant de recueils soi-disant littéraires, et, par suite, des milliers de juges et des milliers d'auteurs.
Toutes ces réunions d'amants de la gloire et des muses étaient, à la vérité, bien innocentes : il est vrai qu'on trouvait parmi eux quelques apprentis philosophes ; mais c'était la faute seule de l'époque du siècle, de (laquelle elles aspiraient l'esprit, pour ainsi dire, avec- l'air atmosphérique, tout en commençant à bégayer, soit des vers, soit de la prose. Gomme des jeitfatLts mal élevés, ils prirent, sans s'en douter, tous les travers, tous les vices des maîtres si dangereux qu'ils s'étaient choisis, et ne surent ou ne purent ni s'approprier leur charme, ni se parer de leurs grâces. G'est ainsi qu'on vit pendant longtemps (toutefois en ne citant ici que l'élite de la littérature toute moderne)- le philosophe la Harpe entre autres vouloir singea? Voltaire : il n'y eut pas même jusqu'à M. Fariot, dit de Saint-Ange, qui n'ajoutât ce même ridicule à celui de parler aussi sans cesse, quelque jeune qulU fût alors, de sa mauvaise santé ; et tous les autres petits poètes ou prosateurs prirent, selon leur complexion littéraire, plus ou moins le ton du jour*
Quoi qu'il en soit, Ions ces elubt littérairei (UHéraira boH), loutea cas émissions iDDombrablee de pièces au public, en vers ou en prose, sentimentales, philosophiques même, tontes plus ou moins dépoor- Tnes d'esprit et de raison, sans une étincelle de génie comme sans invention, enfin tous ces petits cercles littéraires tuaient aveuglément la littérature, le bon goût et les beaux-arts, on, ce qui reneot au même, les étouffaient soua l'ivraie- Ce débordement de faux bel esprit, s'étant creusé un lit, y devint torrent: ce loirent acquit de l'irapétuosité ; il lui fallait pour le moins une digue. Rivarol entreprit davantage : ce fut le dessèchement de ces eaux malsaines comme on eAt entrepris celui d'un marais fangeux, et, en 1788, il fit paraître le Petit Almtaiach de nos grattas hommes, avec celte épigraphe, tirée et traduite du Dante, quatrième chapitre de VEnfer :
Hais, toul en maniant avec son adresse et sa grâce ordinaire cette arme du ridicule, le critique ne cesse point d'être juste, et il ne met pas plus d'importance à ta fonction dont il se charge que n'en méritent les sujets eux-mêmes.
Il débute par une Ëpilre dédicatoire ft H. de Caihava do Lestandoux, président du grand musée de Paris.
« Ce n'est pas sans la plus vive satisfaction que nous dédions cet Almanach de tous les grands hommes qui fleurissent dans les musées depuis leur fondation jusqu'à l'an de gi-âce 1788. Combien d'hommages n'en avei-vous pas reçus, soil en vers, soit en prose 1 Car vous n'êtes pas comme les rois de la
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