ALMANÂCH DES GRANDS 1I0MM£S
tion de sa pièce, VÉpreuve délicate, M. Grouvelle montra une gaieté qui charma ses amis, et dit des bons mots que ses ennemis retinrent. On travaille à une collection de ses œuvres, qui sera très chère, à cause des recherches infinies qu'exige la moindre de ses pièces. Sa traduction en vers de la Jérusalem délivrée fera tomber, dit-on, celles de Leclerc et de M. de Monteuclos.
€ GuiDi (L'abbé). — Auteur du poème sur Y Ame des hêtes. Cet ouvrage, plein d'âme, vivra éternellement.
% Laus de Boissy. — Écuyer, lieutenant particulier de, la connétablie, rapporteur du point d'honneur, de l'iuMidémie des Arcades, du Musée, etc., etc. Tant de titres ne sont qu'une faible image de ceux qu'obtient chaque jour, en littérature, le grand écrivain dont nous rappelons ici le nom et la gloire. Ses comédies sont déjà en plusieurs volumes, ses petites pièces innombrables, ses morceaux de prose ne peuvent se rassembler qu'à grands frais et à force de temps. M. Laus de Boissy a rendu croyable tout ce que l'antiquité nous raconte de son héros favori, et que nous n'avons pu expliquer qu'en supposant qu'il y a eu plusieurs Hercules. Nous nous engageons à donner un Almanach à celui qui pourra nous citer un recueil où ne se trouve pas M. Laus de Boissy.
(( LucE DE Lancival. — Son poème sur V Ascension de M. Charles fut cause d'abord de tout le bruit que fit cet événement, et soutiendra dans la postérité le souvenir de la découverte des globes aérostatiques.
c Legouvé. — Ce jeune poète, renonçant à tous les plaisirs et à toutes les illusions de son âge, ne respire que pour l'honneur des Almanachs et des
'dOÎ KIVJIROL.
Ëtreanes poétiques ; aussi, grâce i sa vigilance, nen ne périclite dans la litlératare légère.
< Haisonneute. — Ce poète tragique, cojinu. d^à par une foule de quatrains, vient de concevoir un projet magnanime pour la gloire dn théâtre Crantais. Ayant donné au public la tragédie de Mustapha et Zéangir sous une nouvelle forme, et voyant que son style plaisait beaucoup, il a porté sa bienveillance Bur ce qu'on appelait jusqu'ici les chefs-d'œuvre de la scène, et a voulu nous débarrasser de cette ennuyeuse monotonie. C'est Alzire qu'il a d'abord attaqué. En portant son style snr cette j^ce, il en a fait Odnar et Zulna, titre [tlus hannoniens que celui A' Attire; et cela lui a si fort réussi, qu'il \a nous donner successivement Phèdre, BritmiHleMs, Iphigénie et Cinna sons d'autres titres. Nous ne «aurions trop l'encourager dans une si haute entreprise, et nous le prions, en notre particulier, de vouloir bien aussi jeter ce style sur Athalie, et de finir par là le rajeunissement du théâtre français.
■ Pehbot. — Maître poète et tailleur à Paris. Il donne dans la tragédie, et voici deux vers trôs connus et très pathétiques:
Hélasl hélas I hélas 1 et quatre fois bélasl Il lui coupa le cou d'un coup de coutelas !
a M. Perrot l^it aussi l'épitrc et la fugitive. Peu d'auteurs ont pris de si justes mesures, en parlant des hommes et des animaux : témoin les vers suivants :
Hais tandis qu'on le leurre,
Le chat passe emportant une livre de beurre ; ' Brusquement on se lève, on court après le chat. Qui tout, saisi d'effroi, se sauve et casse un plat.
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. € Pus (Antoine-Pien'e- Auguste de). — Secrétaire ordinaire de Monseigneur comte d'Artois, etc. Ce jeune poète, tantôt avec M. Desprez, tantôt avec M. Reinîer, tantôt avec M. Barré, tantôt avec son talent, tantôt seul, a conçu, corrigé ou enfanté près de mille pièces de théâtre. Son poème sur VHarmonie des mots et des lettres a mis le sceau à sa réputation. C'est là qu'on a vu le Q traînant sa queue et querellant tout bas, etc. M. de Piis est le premier poète qui ait songé à donner un état fixe aux vingt-quatre lettres de Falphabet.
« Raté. — Chansons ! chansons ! Tel est l'aimable cri de M. Raté. On le trouve, on le chante partout ; il n'est point de journal^ de recueil et d'almanach où \& Gloire ne veuille écrire elle-même ce nom-là. Sa manière est tellement à lui, qu'on nomme ses couplets les Ratés, comme on appelle les A^igustins tous les petits contes de M. Auguste de Piis.
((' RiVAROL (Le comte de). — Cet écrivain n'eût jamais brillé dans notre Ahnanach, et le jour de l'immortalité ne se fût jamais levé pour lui, si M. le marquis de Ximenès n'eût bien voulu, pour le tirer de son obscurité, l'aider puissamment d'une inscription en vers, destinée à parer le buste du roi. Voici quelques-uns de ces vers adressés au peintre, et qui terminent la pièce :
Tu peins un jeune roi
De qui la gloire sans seconde Est d'avoir en tous lieux feit respecter sa loi^
Sans coûter une larme au monde.
« Cette petite inscription fit un bruit incroyable ; le Journal de Paris s'en chargea, et c'est là que
31. le marquis de XiméDés en donna rioTestiture à H- (!e Rjvarol, dont le nom, depuis celle époque, figure assez bien dans toule la litlêralure qu'on dit légère. Les Étrennes d'Apollon, l'ayanl em-^slrée dans la même année, achevèrent de donner à M. de Rivarol une gloire irrémédiable. Soire nolice redressera sans doute le plagiat et l'erreur ; et, qnojtjue ceci ne soit pas un toI, mais un don, il n'en rester^ pas moins que la délicatesse de i'nn devait s'oppostx A la générosité de l'auti'e. Mais qnoi '. la gloire est û douce ! On en veut à tout prix, et quel homme ne se laisserait pas violer pour elle ? On ne connaît sous le nom de H. de Bivarol que celte inscription.
€ Saixt-Asge (De). — Tout gloriemc que paisse être ce p<<èle du quatrain suivant :
Hival d'Ovide, et saint '. qnel assemblage étrange ! A l'henreiu traductenr d'an tendre original Le nom de Saint parait convenir assez mal; Uais ses vers ont prouvé qu'il a l'esprîl d'un u^b !
f Tout fier donc que H. de Saint-A.Dge poisse être de ce quatrain, nous l'aurions exclu de ce recueil', si ses pièces fugitives ne nous eussent raccommodé avec lui, et n'avaient forcé notre sévérifâ à lui pardonner quelques morceaux de ses Métamorphoses, dans lesquels Ovide semble avoir gAté son (on et son allure naturelle, en lui faisant doubler le pas et hausser la voix. An fond, il n'y a de coupable qu'Ovide, mais M. de Saint-Ange l'est pour la forme.
« ViÉ\iLLE (H&RCHANt) DE La). — Auteur d'un millier de Fables qui n'ont encore instruit, charmé ou corrigé que quelques maisons particulières, où M. de La Viéville les lit assidûment. Ce poète, à qui