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après les grands prophètes, paraître à leur tour les petits prophètes ? Ne doit- on pas frémir, quand on songe que, sans une légère attention de la part de Virgile et d'Horace, Bavius et Mœvius seraient inconnus, et que, sans Molière et Boileau, on ignorerait l'existence de Perrin, de Linière et de quelques autres ? £nfîn, que ne dirai-je pas des soins que s'est donnés l'infatigahle Voltaire pour déterrer et pour classer dans ses œuvres ses plus petits contemporains ! Il est temps de corriger une telle injustice ; et, pour n'être plus exposés à des pertes si douloureuses, je pense qu'il faudrait, par un répertoire exact de tous les hommes qui pullulent dans notre littérature, depuis l'énigme jusqu'à l'acrostiche, depuis la charade jusqu'au quatrain, et du distique jusqu'au bouquet à Iris, justifier la nature ; et, disputant tant de noms à l'oubli, montrer à la fois nos trésors et sa magnificence.
« L'assemblée goûta cet honnête projet, et nous résolûmes d'élever, à frais communs, un monument à l'honneur de tous les écrivains inconnus, c'est-àdire de ceux qui ne sont jamais sortis de nos petits recueils. On convint de donner à ce monument le nom de Petit Almanach de nos grands hommes, afin de les venger, par cette épithète^ de la manie de ceux qui ne jugent d'un homme que sur l'importance de ses ouvrages ; car j'avoue, en mon particulier, que j'estime autant celui qui n'a fait en sa vie qu'un bilboquet d'ivoire que Phidias élevant son Jupiter Olympien, ou Pigale sculptant le maréchal de Saxe. In tenui labor,
€ Cet Almanach paraîtra chaque année ; et, afin que la nation puisse juger de notre exactitude, le rédacteur, armé d'un microscope, parcourra les recueils les moins connus, les musées les plus cachés
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et les sociétés les plus obscures de Paris : nous nous flattons que rien ne lui échappera. On invite lont luHaome qui aura laissé tomber son nom «n bas da moindre couplet, soit dans les journaux de Paris, soit dans les affiches de province, à nous enroyer des renseignements certains sur sa personne ; nous rece^ vrons tout avec reconnaissance ; et, selon notre plan, les articles les plus longs seront consacrés à ceux qui auront le moins écrit. Un vers, un seul hémistiche suffira, pourvu qu'il soit signé ; un compliment, un placet, un mot, seront de grands titres à nos yeux. C'est ainsi que M. d'Aquin de Château-Lion est parvenu à faire de ses Étrennes d'Apollon l'ouvrage le plus important qui existe. Mais nous nous flattons de le surpasser bientôt, et de faire pour lui ce que sa modestie ne lui a pas permis, et ce que, vraisemblablement, il ne pourra nous rendre, en lui donnant une place très honorable dans notre Almanach. < Au reste, les vétérans de la petite littérature, tels que M. le comte de la Touraille, Caron de Beaumarchais, Blin de Saint-Maur, d'Arnaud de Baculard, etc., nous pardonneront s'ils ne se trouvent, pour ainsi dire, traités qu'en passant dans noire Almanach, et si de jeunes inconnus obtiennent des préférences marquées. Ce n'est pas que nous ayons prétendu manquer à ce que nous devons aux premiers en affichant notre prédilection pour les antres ; mais nous avons cru qu'il était bien juste d'encourager ces jeunes gens plongés dans les eaux de Toubli, d'où les autres se sont un peu dégagés, non par leui-s œuvres, mais par leur âge ; car on sait qu'à force de signer périodiquement son nom, de journal en journal, et d'envoyer au Mercure des certificats de vie, on finit par dompter le public ; mais on perd de ses droits à notre Almanach. >
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Paar cet Almanacfa, Rivarol acquit beaucoup de célébrité ; son style, sa gaieté, son atticisme, mirent tous les rieurs de son côté. L'ouvage malin fut recherché dans sa nouveauté ; il Test encore par tous les amateurs de la bonne plaisanterie. Pour Tapprécier, il faut le citer encore.
t Berquin. — Après avoir été le poète des nourrifeeiS, a Voulu devenir le philosophe de Tenfance, et s'est intîQlé VAmi des Enfants, L'Allemagne lui a fourni cet ouvrage périodique dont il nous a fait préseiit. Cette traduction lui a valu toute notre reconnaissance ; mais elle nous a coûté un poème épique dont M. Berquin était fort capable; et c'est trop cher.'
€ Carra. — Un des plus colériques et des plus éloquents orateurs de ce siècle. Après avoir écrit quinze ou seize volumes de physique sur VAtome^ ÏApdtome et VExatome, que tout le monde sait par cœur, iJ n'a pas dédaigné de tomber sur M. de Galonné; Armé de tous les foudres de l'éloquence, il a porté lé dernier coup au lion mourant. Telle est en général là méthode des physiciens qui écrivent sur les alîaîres civiles ou politiques ; accoutumés au calme et au bel ordre qui régnent dans la nature, ils veulent introduire parmi les hommes la police qui dirige les astres. Mais M. Carra, qai frappe toujours juste, a, cette fois, frappé trop fort.
a PiDOT fils. — C'est un prodige en littérature, et un prodige effrayant pour ses rivaux. Ce jeune homme fait plus de livres que M. son père n'en peut imprimer. Le recueil de ses Fables empêchera la vente du beau La Fontaine, qu'on nous a promis ; mais on ne peut tout avoir.
« DucHOZAL. — Il nous semble que tout Paris a
reconna Horace cl Jméiial dans cet illustre aTOcat ; maia, en ressoacitant ces deux asciois, il noos a tué deai modernes.
€ DCBACBST DE RoBECOCRT. — La chansoD des pommes coites sera on jonr mise à sa place ; en nicî le refrain :
■ Fabbe d'Égluitime. — On affecte de trouver H. Fabre d'^lantine plus grand dans le cooplrt ipie sar nos théâtres, ce qai est isjosle. Et commwit s'y prendrait-on, s'il n'eût pas fait des romances? Il faudrait tiien qae l'admiration tombât sor ses drames.
■ Fenouillot de Falbaihe de Qui>-gei. — Ce grand homme est depuis ijuarante ans le soutien des recueils et des théâtres. Son nom commande le res- ■peeiy selon l'expression d'un de nos joimialistes. Nous ne parlerons pas davantage de ce patriarche littéraire.
c Fréror fils. — Ses poésies fugitives ont un si prodigieux rapport avec celles de Voltaire, que nous ne doutons pas qu'en celte considération Voltaire ne se fût réconcilié avec M. Fréron père, et que celui-ci n'eût consenti à aimer le vieillard de Feiiiey en le voyant revivre dans son propre fila,
« Grouvelle. — Un des plus profonds métaphysiciens en vers qui existent au rlix-huitième siècle. Ayant conspiré, avec environ trois cents jeunes poètes, â lagloire du prince Léopotd de firunswick, il fit une ode que nous méditons encore. Sou caractère est aussi remarquable que son talent. Le jour od on donna pour la dernière fois la première représenta-