VI NOTICE
Il numrut le i^ avril 17Ç4, à Vdge de cinquante-trois ans, en disant à son ami Sieyès : « Je m'en vais enfin de ce monde, où il faut que le cœur se brise ou se bron^^e. n
Trois personnes seulement suivirent son convoi.
Comme moraliste et satirique, Chamfort occupe une des premières places dans notre littérature. Ses maximes, ses pensées, ses portraits sont frappés au meilleur coin de l'esprit français et resteront immortels. On a dit avec raison qt/il parle la belle langue de La Bruyère, qu'il a le bien-visé de îa Rochefoucault, qu'il est plus incisif, plus concis qu'eux encore. ff II possède au suprême degré, et tout naturellement, ce que le premier ne cherchait pas et ce que le second cherchait toujours : le trait. Il est passe maître dans Vart de tout dire en peu de mots, sans être jamais obscur. S'il a de moins que les prosateurs du grand siècle Vampleur des phrases et le calme de la pensée que peut seul donner le repos de Vesprit, repos impossible à Vépoque où vivait Chamfort, il a, en revancJje, l'accent résolu et si fervent de son temps. »
Lîjomtne du XVIlh siècle qui eut le plus d'esprit, avec Chamfort, fut Rivarol. H naquit en lyS), à Ba^nols, en Languedoc, oii son père, dit-on, était aubergiste. On voulut faire de lui un prêtre, mais son esprit railleur et satirique ne put s'accommoder de la vie triste et sérieuse du séminaire. Paris V attirait. Il y arriva sur la fin de V automne iyj4i et il se fit aussitôt une grande réputation d'homme d' esprit dans les salons. Il étudia l'italien et traduisit /'Enfer du Dante, qui fut accueilli comme une création. <r Datis les premières années de son séjour à Paris, raconte M. Houssaye, il vécut on ne sait comment, toujours gai, vif, railleur^ Un le rencontrait partout oh l'esprit avait ses grandes en-trées, dans les salons, les cafés, les théâtres et le Caveau. Le Caveau était alors un antre enfumé semblable à Ventrée de VAverne. Dans ce Parnasse à lanternes, Rivarol fut bientôt le plus écouté. Ce fut là que le jeune marquis de Champcenet:^