RETIREZ-VOUS
Quel spectacle enchanteur, et touchant , et divers ,
Que le tableau mouvant de ce vaste univers !
Et lorsque le vieillard qui mesure l'année ,
D'une aile infatigable amène le printemps ,
Quel plaisir d'épier une belle journée !
Dieu m'a fait ces loisirs. Des mortels mécontents
N'en savent pas goûter l'ivresse fortunée :
Je les plains ; pour eux seuls la nature est l)ornée.
Elle garde à mon cœur des biens de tous les temps.
Alors , parmi les bois épiant les insectes , J'observe leurs travaux , leurs mœurs et leurs amours. Chasseurs ingénieux , innocents architectes , Hôtes légers des fleurs, créés pour les beaux jours , J'admire cette main qui soigna vos atours j
Avec quelle pompe elle étale Sur les brillants habits dont vous êtes parés , Et la nacre polie, et la changeante opale , Et des réseaux d'argent, et des disques dorés! Quel lustre éblouissant, quelles beautés parfaites
Elle fait briller à mes yeux ,
Dans ces panaches glorieux ,
Dans ces éclatantes aigrettes
Qui couvrent vos fronts radieux .'
Je vous quitte pourtant Horace ou La Fontaine,
Montaigne ou Platon à la main , Égarant à plaisir ma démarche incertaine ,