‹ Œuvres de Charles Nodier (volume 2)Chapitre 21 sur 32 · DIOCLÉTIEN · texte numérisé non relu

DIOCLÉTIEN

Je suis parleur, dit-on , mais qu'importe le temps? Je tiens qu'en cet objet c'est la dernière clause, Pourvu que le lecteur prenne goût à la chose.

Et qui vous dit que je prétends A conter avec art? Il n'en est rien , je cause ! Au métier que je fais, c'est tout ce que j'entends. Ce ai'est pas sans raison d'ailleurs que je m'étends Sur le charme si doux d'une innocente vie ; J'en voudrols tellement travailler votre esprit Que je parvinsse enfin à vous donner l'envie De goiiler ce bonheur que ma muse décrit. Vous voyez qu'il n'est pas malaisé de l'atteindre j

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Il ne faut que vouloir avec sincérité.

Peu semblable à ces biens dont rien ne peut éteindre

La funeste cupidité, Il comble notre cœur dès qu'il est souliaité. La pompe des premiers éblouit , elle étonne ] L'autre n'a pas besoin de leur faste emprunté ; Il brille de candeur et de simplicité.

Le monde nous les vend; la nature le donne. Un pénible retour dans leur maturité

Les corrompt et les empoisonne.

Il conserve en tout temps la même pureté ; Et si l'homme , affranchi par un nouveau mystère De l'exil passager qu'il subit sur la terre , Voit un jour de son sort le cours illimité , Ce bonheur est le lot de l'immortalité.

Un de ces demi-dieux que révère l'histoire En préféra le charme au sceptre des Romains.

Long-lcmps , de l'éclat de sa gloire Il avoit étonné les timides humains 5 Cependant lcs*plaisirs de son enfance obscure Se relraçoient souvent à son cœur attendri ; Du chaume paternel il regrettoit l'abri , Et ces bois frais et doux , temples de la nature , Dans lesquels son jeune ùge avoit été nourri. Souvent dans le secret il répandoit des larmes; Et Constance et Galère en répandoient aussi; Mais tributs du regret et non pas des alarmes,

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Les siennes provenoient d'un plus tendre souci. Un jour, entre leurs mains remettant la couronne : « Adieu , s'écria-t-il , je retourne à Salone , » Je vais goûter des champs le repos fortuné, » Jouissez, ô Césars, du bien que j'abandonne : » Il ne vaut pas celui que les Dieux m'ont donné ! »

Rome bientôt après voulut un nouveau maître.

Il n'est pas malaisé de trouver qui veut l'ctre.

Toutefois à Salone on députa vers lui.

« Le peuple, lui dit-on, réclame votre appui ;

» Venez au Capitolp , et gouvernez le monde ,

M Le monde impatient de reprendre vos fers ! —

» Ah! vous n'avez pas vu ces bosquets toujours verts ,

» Répondit-il... ces champs que ma sueur féconde,

» Ces bois que mille oiseaux charment de leurs concerts !

» Ce sont les seuls trésors auxquels mon cœur aspire.

» De Rome en leur faveur j'ai délaissé l'empire ,

» Et ce modeste enclos est pour moi l'univers. »

O vous, à qui je dois des déilés meilleures,

Fraîcheur obscure des forets.

Source glacée , abris discrets , Délices, qui du pauvre enchantez les demeures , Et qui du riche même apaisez les regrets.

Pour soulager l'ennui des heures Est-il un talisman qui vaille vos secrets?

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