DIOCLÉTIEN
Je suis parleur, dit-on , mais qu'importe le temps? Je tiens qu'en cet objet c'est la dernière clause, Pourvu que le lecteur prenne goût à la chose.
Et qui vous dit que je prétends A conter avec art? Il n'en est rien , je cause ! Au métier que je fais, c'est tout ce que j'entends. Ce ai'est pas sans raison d'ailleurs que je m'étends Sur le charme si doux d'une innocente vie ; J'en voudrols tellement travailler votre esprit Que je parvinsse enfin à vous donner l'envie De goiiler ce bonheur que ma muse décrit. Vous voyez qu'il n'est pas malaisé de l'atteindre j
396 DIOCLETIEN.
Il ne faut que vouloir avec sincérité.
Peu semblable à ces biens dont rien ne peut éteindre
La funeste cupidité, Il comble notre cœur dès qu'il est souliaité. La pompe des premiers éblouit , elle étonne ] L'autre n'a pas besoin de leur faste emprunté ; Il brille de candeur et de simplicité.
Le monde nous les vend; la nature le donne. Un pénible retour dans leur maturité
Les corrompt et les empoisonne.
Il conserve en tout temps la même pureté ; Et si l'homme , affranchi par un nouveau mystère De l'exil passager qu'il subit sur la terre , Voit un jour de son sort le cours illimité , Ce bonheur est le lot de l'immortalité.
Un de ces demi-dieux que révère l'histoire En préféra le charme au sceptre des Romains.
Long-lcmps , de l'éclat de sa gloire Il avoit étonné les timides humains 5 Cependant lcs*plaisirs de son enfance obscure Se relraçoient souvent à son cœur attendri ; Du chaume paternel il regrettoit l'abri , Et ces bois frais et doux , temples de la nature , Dans lesquels son jeune ùge avoit été nourri. Souvent dans le secret il répandoit des larmes; Et Constance et Galère en répandoient aussi; Mais tributs du regret et non pas des alarmes,
DIOCLETIEN. 397
Les siennes provenoient d'un plus tendre souci. Un jour, entre leurs mains remettant la couronne : « Adieu , s'écria-t-il , je retourne à Salone , » Je vais goûter des champs le repos fortuné, » Jouissez, ô Césars, du bien que j'abandonne : » Il ne vaut pas celui que les Dieux m'ont donné ! »
Rome bientôt après voulut un nouveau maître.
Il n'est pas malaisé de trouver qui veut l'ctre.
Toutefois à Salone on députa vers lui.
« Le peuple, lui dit-on, réclame votre appui ;
» Venez au Capitolp , et gouvernez le monde ,
M Le monde impatient de reprendre vos fers ! —
» Ah! vous n'avez pas vu ces bosquets toujours verts ,
» Répondit-il... ces champs que ma sueur féconde,
» Ces bois que mille oiseaux charment de leurs concerts !
» Ce sont les seuls trésors auxquels mon cœur aspire.
» De Rome en leur faveur j'ai délaissé l'empire ,
» Et ce modeste enclos est pour moi l'univers. »
O vous, à qui je dois des déilés meilleures,
Fraîcheur obscure des forets.
Source glacée , abris discrets , Délices, qui du pauvre enchantez les demeures , Et qui du riche même apaisez les regrets.
Pour soulager l'ennui des heures Est-il un talisman qui vaille vos secrets?