AOA LE POETE
Assez d'autres objets prendront place en mes vers.
Que l'on invente ou qu'on imite , L'homme seul offre à l'homme un sujet sans limite j Son cœur, suivant le sage , est un autre univers.
Ce maître de la poésie,
Ce La Fontaine de l'Asie , Cet écrivain naïf, et profond , et divers , Il manquoit de souliers. La Fortune dorée Visite rarement les diseurs de beaux mots : Cette reine du monde a du goût pour les sots , Et leur fait tous les jours une riche curée D'or, de titres, d'honneurs. Elle plante un oison
Sur le plus' haut point de sa roue, Et laisse le génie à pieds nus dans la boue. Ne me dira-t-on pas quelle en est la raison ?
Lockman entreprit ses voyages Sans souliers : c'est le point. Il alloit à la fois
Écouter les leçons des sages
El fréquenter la cour des rois.
On n'avoit pas encor distingué ces emplois. « Je suis pauvre, dit-il, mais j'en ai l'habitude;
» Beaucoup de gens de bon maintien » Ont le cœur plus que moi navré d'inquiétude ^ » Je vis , exempt de trouble et de sollicitude ,
» Heureux de deux goûts pour tout bien , » Celui de la sagesse , et celui de l'élude.