‹ Œuvres de Charles Nodier (volume 2)Chapitre 25 sur 32 · ET LE MENDIANT · texte numérisé non relu

ET LE MENDIANT

» Des souliers cependant ne me nuiroient en rien , » Car la marche est bien longue et le chemin bien rude. » Peut-on blàmerLockman ? messieurs, qu'en pensez-vous? Il entre un peu de notre étoffe Dans le barnois d'un philosophe , Et ces hommes divins sont hommes comme nous. Je ne le blâme point pourvu qu'il se contente. Au-devant de ses pas un temple se présente. « C'est le cas , reprend-il , de demander aux dieux

)) Ce qui manque au bien que je goûte... » Des souliers seulement ! pour ce qui leur en coûte , » Ils ne trouveront pas Lockman ambitieux , » Et plus commodément je poursuivrai ma route. » Il n'étoit pas encor parvenu sous la voûte ,

Qu'un mendiant frappa ses yeux.

A la pitié publique exposé dans ces lieux , Cet homme étoit sans pieds. Ce que riiistoire ajoute

N'a pas besoin d'être conté.

Lockman sentit qu'en cette affaire

Il étoit assez bien traité ;

Pouvoit-t-il sans témérité

Chercher d'autres souhaits à faire Lorsque tant d'avantage étoit de son côté !

Il bénit la divinité , Et reprit sans chagrin la roule commencée.

De la part de l'autre homme, et j'en tombe d'accord, La plainte de Lockman eût été plus sensée :

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Cependant à la longue il aurolt vu son tort

En fixant ailleurs sa pensée.

Il éloit malheureux , mais l'étoit-il si fort ?

Bien plus , croyez- vous que sans peine Avec Lockman lui-même il eût changé de sort ? L'amour de soi régit toute la race humaine. On s'aime encor bien mieux que l'on ne craint la mort; Je m'en tiens là-dessus à l'avis de Mécène.

Je vois dans ce récit deux points à remarquer : Le premier, j'ai déjà pris soin de l'expliquer 5 L'autre est-il moins frappant ? Loin de Cumes avare , Homère alla cacher sa détresse et ses vers, Ovide fut jeté chez un peuple barbare , Épictète et Cervante ont vécu dans les fers. Du Tasse et de Milton qui n'a su les revers? Et vous , jeunes talents que l'on voyoit éclore

De tant d'espérance entourés, MalfiUtre , Gilbert , si près de votre aurore ,

Quelle mort vous a dévorés !

Ali ! vos malheurs jamais ne seront trop pleures !

Et c'est là du talent l'utile renommée , Le but des longs espoirs de l'orgueil décevant , Le produit d'une vie éteinte et consumée A cribler Tonde pure, à fixer la fumée,

A poursuivre l'ombre et le vent !

Et c'est pour le bruit éphémère Qui doit suivre un vain nom dans des jours incertains ;

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