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culte de croître a passé, plus intense et plus puissante , du minéral dans la plante ; la vie , de la plante dans l'animal ; la sensibilité de l'animal dans l'homme. La pensée parvient, a son tour, de l'homme à l'être compréhensif , avec ses trois sens intell îgentiels , la mémoire, l'imagination et le jugement. Ainsi l'homme traverse l'état de compréhension pour arriver à l'état de résurrection dans lequel il sera toujours.
Oh ! si cela n'étoit pas ainsi , et que le perfectionnement de l'homme finît dans l'homme , quel homme oseroit prétendre à ressusciter?
Cela est ainsi par la raison irrévocable qu'il est impossible que cela soit autrement.
Et si je pou vois emporter tout le genre humain avec moi sur des ailes plus fortes et plus assurées que celles de ma parole, à la contemplation de cette sphère miraculeuse qui m'est devenue sensible, il n'y a point d'âme , si rebelle qu'elle fût à la conviction , qui ne partageât la mienne !
« Dieu est, diroit-elle; Dieu sera toujours, » et l'homme , épuré par l'état de compré-
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» hensioii, sera toujours près de Dieu quand •) il aura subi la dernière de ses épreuves. »
Le reste n'est plus qu'un de ces objets de vaine et impuissante curiosité sur lesquels s'exerce long-temps encore* cependant l'insatiable avidité de notre esprit :
Quel sera l'ctre compréhensif au sixième jour de la création, et qu'y deviendra l'homme ?
Je n'en sais pas plus sur ces questions que ceux qui n'ont jamais prévu l'être compréhensif j mais je vous ferai part de mes conjectures.
L'être compréhensif ressemblera probablement à l'homme , comme l'homme ressemble aux animaux, auxquels il ne ressemble que trop ; mais avec un développement d'organes dont nous ne pouvons imaginer l'étendue et la portée; il aura tous les sens que nous avons observés dans le surplus des êtres créés, et une multitude d'autres qui nous échappent et rjui sont réservés pour lui. La matière gêné-
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ratrice n'a besoin que de quelques modifications pour lui soumettre la nature. C'est si [jeu de chose qu'il n'y a pas le moindre effort d'esprit à faire pour le concevoir. Qu'elle ait la bonté d'entretenir, comme cela s'est rencontré dans quelques individus exceptionnels, l'ouverture du trou de Botalj qu'elle maintienne dans tous , après la naissance , le mode de circulation qu'elle a établi dans la vie intrautérine — et il lui en coûte bien peu, puisque ce n'est qu'un acte de conservation — ; qu'elle réduise l'usage de l'appareil respiratoire à une fonction facultative, ainsi qu'elle l'a fait dans les amphibies et les poissons, et voilà ma créature nouvelle qui a conquis les profondeurs de la mer. Ne vous embarrassez pas de ses poumons presque inutiles, et qui ne seront plus que l'organe d'une jouissance volontaire; élargissez, au contraire, l'espace qu'ils occupent dans un torse vaste et solide, qui semble déjà destiné par sa conformation à les contenir comme la carcasse d'un navire aérien; donnez-leur l'ampleur d'un aérostat, calculé sur le foible poids qu'il déplace pour s'élever dans l'atmosphère, et enveloppé, au lieu de
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son lourd parenchyme, d'une membrane élastique et docile : et l'être que vous venez d'inventer si facilement avec moi traversera les airs dans toutes les directions qu'il lui plaira de parcourir; non pas à la manière d'Icare, dont l'ajustement d'oiseau répugnoit à toutes les possibilités de notre configuration plivsique ; non pas avec les quatre ailes de Mercure^ que l'iconographie poétique avoit mieux assorties à l'équilibre et au mécanisme de nos forces ; mais en faisant le vide à son gré dans son large viscère pneumatique , et en frappant la terre du pied, comme l'instinct de son organisme progressif l'enseigne à l'homme dans ses rêves.
Dans le laboratoire de la création, tout cela n'exige pas plus d'un moment, et on se denianderoit avec surprise comment cela n'est pas encore arrivé, si on ne savoit que cela n'est point arrivé parce que le temps n'en étoit pas venu.
L'expression si elliptique d'une idée, qui auroit peut-être exigé pour être bien entendue un long volume d'éclaircissements, nç me permet guère de me livrer aujourd'hui à
mon goût invincible pour les épisodes. Je ne m'arrêterai donc pas long -temps sur une question incidente et de peu d'importance, que Je prendrai toutefois la liberté de soumettre un jour à l'Académie des sciences, si je deviens assez célèbre , assez riche ou assez grand seigneur pour élever ma voix jusqu'à elle :
« Pourquoi l'homme qui n'a jamais rêvé » qu'il fendît l'espace sur d^s ailes, comme )) toutes les créatures volantes dont il est en- » touré, rêve-t-il si souvent qu'il s'y élève » d'une puissance élastique, à la manière des )) aérostats, et pourquoi l'a-t-il rêvé long- » temps avant l'invention des aérostats, puis- » que ce songe est mentionné dans tous les » onéirocritiques anciens, si cette prévision » n'est pas le symptôme d'un de ses progrès ') organiques? »
L'être une fois parvenu à l'état compréiiensif laisse donc une vaste carrière ouverte à nos conjectures, et, bien que cela doive paroître bizarre à dire ici, je ne tolère une conjecture qu'autant qu'elle résume inévitablement une longue suite de faits qui ne peuvent
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aboutir qu'à elle. Les conjectures auxiliaires qui les circonstancient ne sont bonnes qu'à amuser l'imagination, et je ne les donne pas pour autre chose-
L'être compréliensif renaîtra beau sans doute 5 car c'est pour lui que les instructions catécliétiques de l'Eglise romaine ont prévu un corps glorieux, la matière devant s'être subtilisée jusqu'à devenir plus impalpable que l'air et la lumière dans l'état résurrectionnel. Supposez maintenant, et qui etnpêche de promener d'avance le flambeau d'une pensée poétique sur le dénouement du plus grand des poèmes, sur le dernier jour de la création? Supposez que l'être compréhensif renaît adulte , supposez qu'il vit sans vieillir et que la mort ne sera pour lui qu'un passage certain au rajeunissement immortel ; supposez qu'il ne se renouvelle dans son espèce que par ces pures effusions de l'amour qui sont la volupté de l'ame, et dont notre vie grossière nous présente elle-même quelque divine apparence, trop vite obscurcie par les misères de nos voluptés de chair et de sang ; supposez que l'être produit éclot de deux" souvenirs qui s'accor-
dent, de deux soupirs qui se coinpreanent, de deux baisers qui se fécondent, de deux âmes qui se mêlent; qu'il éclot pur comme la pensée l'a conçu, revêtu de tous les traits d'une physionomie présente à la mémoire , de toutes les qualités qu'on a chéries dans ce qu'on aimoit le mieux ; qu'il est l'ami qu'on a perdu trop tôt ou l'enfant qu'on a tant pleuré ! — Ceci est non -seulement possible, mais probable; car tout ce qu'il est possible d'imaginer de bien est probable dans la marche progressive d'une création d'amour qui s'accomplit.
Cependant cet état, sur lequel je ne préjuge rien , si ce n'est pour me conformer à la fantaisie Imaginative des esprits qui m'accompagnent dans une voie fermée à toutes les presciences de l'homme , cet état ne sera pas plus exempt que tous les autres états de la matière organisée de confusion et de douleur; et nous savons déjà peut-être ce qu'il a de révolutions terribles à subir par une de ces grandes histoires mystiques dont la révélation n'est écrite chez aucun peuple, dans un livre sacré, mais dont la conviction existe de temps im-
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mémorial clans toutes lo^ traditions : riiistoire de la révolte des anges. Il est probablement superflu de répéter ici que sa prétérition n'est qu'une figure oratoire qui se retrouve dans toutes les prophéties du genre lyrique. C'est la sans doute que l'être compréliensif se divisera en deux familles différentes pour deux différentes destinées, et je le dis sur la foi d'une notion de peu de valeur, puisqu'elle m'est propre; c'est que je suis persuadé que tout ce qui a été un fait général de crédibilité deviendra un l'ait réel.
Le reste du jeu delà création terminée dans ses œuvres est plus facile à suivre jusqu'au jour où elle doit mourir de mort. Les minéraux continueront à rendre leurs éléments à la matière première , les végétaux leur liumus terrestre à la matière minérale, le^ animaux et l'homme leurs débris minéraux et végétaux aux deux natures préexistantes. Le sens de la pensée lui seul n'aura rien à leur restituer parce qu'il ne procède d'aucun. Il passera tout entier dans l'être compréhensif .
Ce qui subsiste aujourd'hui achèvera d'être par »me longue suite de dégradations insen-
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sibles. La fourmi creusera long-temps encore ses chemins couverts aux profonds détours, l'abeille construira ses cellules à six pans^ l'hirondelle son nid en cône, la chenille sa coque en nasse , le fourmi-lion ses pièges et le castor ses chaussées. L'homme, reculé d'un degré sur la civilisation vivante, continuera peut-être à fonder dans quelques îles sauvages des républiques expérimentales et des sociétés progressives avec l'aristocratie de l'argent, la pupillarité des femmes, l'athéisme et la guillotine. Quelques-uns se détacheront peu à peu de cette espèce dégénérée, caduque et mourante, comme le Taïtien de Bougainville, ou ce digne chef iroquois que vous avez vu danser à la cour, si vous y alliez. Ils arriveront chargés de leurs livres , car ils imprimeront toujours. Certains se feront distinguer entre eux par une aptitude puissante à la compréhension, je ne sais quel Galilée, quel Montesquieu, quel Rousseau de ces âges à venir, s'ils en produisent jamais , dont les balbutiements confus exciteront entre les savants quelques polémiques rieuses ou quelque intérêt caressant. Voilà tout l'avenir de l'homme
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dans l'état d'iiomme, et il n'y a qu'une idée <|ui puisse l'en consoler quand il le sait :
C'est que l'intervalle qui sépare l'être pensant de Tètre compréliensif n'est presque rien : ce n'est que la mort.
Si l'état compréliensif n'est pour nous qu'un thème emprunté au monde vague des hypothèses, il en est bien autrement encore de l'état résurrectionnel dont nous sommes séparés par un autre infini, et que l'être compréliensif ne connoîtra pas distinctement lui-même. Aussi voyez ce que le.s théologiens et les poètes en ont fait ! Il y auroit de quoi inspirer le goût du néant à l'âme la plus expansive qui se soit jamais inventé un doux avenir de solitude et de repos ; car le néant , qui n'est pas sans charme pour une vie fatiguée, ne paroît horrible que par son opposition à la résurrection, et que savons-nous de la résurrection ?
A celui-là cependant, qui aura pénétré d'une foible perception dans les mystères de
l'état résurrectionnel, le néant doit être un objet d'épouvante et de désespoir. Le néant est l'enfer des méchants.
La résurrection est comme la Genèse, un objet familier de plaisanterie pour les incrédules. Je le conçois quand je parviens à me rapetisser jusqu'aux étroites proportions du Pandœmonium dans lequel ils ont emprisonné leur âme. La résurrection que l'homme peut se promettre a effectivement quelque chose de mesquin et de ridicule, parce que l'homme n'est pas compréhensif , et parce que la compréhension, qui en aura un sentiment bien plus développé, ne sauroit se faire cependant de l'état résurrectionnel qu'une idée imparfaite et sans grandeur. Tel que je crois l'entrevoir pourtant, à travers les deux voiles qui m'en séparent, son aspect, tout obscurci qu'il soit d'impénétrables ténèbres, comble mon cœur d'espérances si sublimes que je suis obligé d'en rapporter la notion à une intelligence tout-à-fait étrangère à ma misérable nature, et qui se joue de m'éblouir et de m'accabler.
La résurrection , mon Dieu ! le sentiment
de l'être prolongé à jamais avec sécurité dans une extase de joie !
L'invariabilité d'une pensée jeune et heureuse dans un heureux univers qui ne vieillit pas plus qu'elle , et d'un amour éternel qui se tond dans un éternel amour !
La conception de l'espace, de la durée, de
la création, du créateur c'est peu ! Leur
possession, leur assimilation, leur puissance dans une âme purifiée , qui s'est identifiée avec tout ce qu'elle a compris, et qui jouit de tout ce qu'elle sent !
La suppression des distances , des temps , des individualités ! Le présent qui e^t toujours, l'infini qu'on touche partout, les affections de toute la vie écoulée , qui ressuscitent, qui s'amassent, qui se pressent, qui palpitent, dans une seule émotion toujours neuve et toujours la même, parce que l'éternité ne marche plus !
Tout ce qu'il est possible d'accumuler de pures et ineffables délices sur tous les sens de tous les êtres connus , et sur plus de sens encore qu'il n'v a d'atomes dans tous les soleils !
Respirer dans tous les points de l'immensité que l'on occupera tous^ l'âme des parents, des amis, des enfents, de la nature, de Dieu, à qui tout aboutit pour s'y retrouver! — Vivre de tout cela sans fin , avec un ravissement si achevé, qu'il éteindroit d'un souffle le sentiment et l'existence dans l'organisation d'un tmge !
Cela ! . . . ne vous effrayez pas des pauvretés de votre avenir ! je ne suis qu'un homme ; je ne sais rien 5 je ne comprends rien ; j'imagine avec des sens infirmes et grossiers! — Cela, ce n'est pas la résurrection !
J'étois fort avancé dans la composition de ce petit écrit, quand je me suis avisé qu'il y avoit peu d'oisii^ ou de penseurs en France assez voués à la méditation pour le lire jusqu'à la fin , et que , sur la poignée de lecteurs en qui se fonderoit cette espérance , il n'y en avoit certainement pas un qui consentît à s'en occuper d'une manière sérieuse pendant un jour. J'allois donc, connue disent les poètes,
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en faire hommage à Vulcaiii, celui de tous les dieux auquel j'ai le plus payé de semblables tributs — et ce seroit bien autre chose si j'avois été sage— ; lorsqu'au moment d'accomplir cet infanticide intellectuel, oppressé d'un invincible sommeil, qui me poursuit toujours quand je me suis relu, et la tête appuyée sur les mains , dans l'attitude que vous avez maintenant, celle d'un homme qui s'ennuie, je fus transporté tout à coup, par le caprice des songes, dans une taverne allemande, à Vienne, à Gottingen ou à Heidelberg, près de trois jeunes étudiants qui s'eîitretenoient de la destinée future de l'homme, en fumant gravement leur cigarre autour de trois pots de bière vides; — et je crus entendre mon nom.
(( Pour ceux-là, dis-je en moi, cette pen- » sée que j'abandonne à tout événement ne » sera donc pas inutile! Trois des semences » de ma graine éphémère sont tornbés dans » un terrain fertile, et germeront peut-être » jusqu'à la fm au-dessus des idées frivoles et » décevantes de l'humanité !..,.. »
Va j'achevai ce travail dans la paix de ma
conscience, parce que je l'a vois entrepris avec conviction, et que j'en a vois retiré des consolations inépuisables durant quelquesuns des jours les plus amers de ma vie.
Quant à vous, âmes aimables et tendres, mais insoucieuses et légères, qui êtes de feu pour le mensonge et de glace pour la vérité, ne blâmez pas mon essor dans le monde psychologique où je vous entraînois tout à l'heure! l'exaltation même d'une croyance intime et d'une doctrine identifiée à ma pensée est incapable de me séparer de vous. Si vous aimez mieux mes contes que ma philosophie, je suis tout prêt à vous raconter dès demain quelqu'un de ces contes que je raconte si mal !