‹ Œuvres de Charles NodierChapitre 4 sur 20 · HO DU 1 A M'ASTIQUE · texte numérisé non relu

HO DU 1 A M'ASTIQUE

pliique, la dernière étincelle du dernier flambeau de la poésie. La muse ne se réveilla plus qu'un moment, fantasque, désordonnée, frénétique , animée d'une vie d'emprunt, se jouant avec des amulettes enchantées, des touffes d'herbes vénéneuses et des os de morts, aux lueurs de la torche des sorcières de Thessalie, dans VA ne de Luciiis. Tout ce qui est resté d'elle depuis, jusqu'à la renaissance des lettres, c'est ce murmure confus d'une vibration qui s'éteint de plus en plus dans le vide, et qui attend une impulsion nouvelle pour recommencer. Ce qui est arrivé des Grecs et des Latins devoit arriver pour nous. Le fantastique prend les nations dans leurs langes, comme le roi des aulnes, si redouté des enfants, ou vient les assister à leur chevet funèbre, comme l'esprit familier de César; et quand ses chants finissent, tout finit.

Notre littérature moderne ne fut pas moins soumise que la littérature latine à l'esprit d'imitation. Mais l'invasion des Maures, si favorable, en ce point, au développement moral du moyen âge, a voit déjà transporté sur noire sol le génie vivace et producteur des jeunes

poésies. Sans cet événement la littérature classique , soigneusement perpétuée jusqu'à nous par le zèle admirable des moines ;, se relevoit tout entière et sans intermédiaire du sein de la barbarie, au premier appel d'une société avide des lumières de l'esprit, et c'est ce qui advint plus tard , quand l'imprimerie eut jeté à foison dans la circulation les œuvres de l'antiquité, c'est-à-dire une création littéraire toute faite. Singulière époque, où une génération de savants et de poètes reproduisit tout à coup les sophistes d'Alexandrie, les grammairiens du Bas-Empire et les versificateurs de la décadence romaine, comme un peuple d'Epiménides , inspirés d'une religion, d'une civilisation et d'une langue mortes, et qui ne différoient en quelque sorte d'euxmêmes que par cette langueur d'organes et d'imagination qui trahit l'abattement d'un long sommeil. A leur aspect, le fantastique s'évanouit; mais il éclairoit seul l'Europe depuis quelques siècles. C'est lui qui avoit inventé ou embelli l'histoire des âges équivoques de nos jeunes nations, peuplé nos châteaux en ruines de \nsions mvstérieuses , évoqué sur

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les donjons la figure des fées protectrices, ouvert un refuge impénétrable, dans le creux des rochers ou sous les créneaux des murs abandonnés, à la formidable famille des vouivres et des dragons. C'est lui qui avoit allumé sur leur front les feux de l'escarboucle , quand ils traversent rapidement le ciel comme une étoile qui tombe ; lui qui égaroit les voyageurs au bord des eaux stagnantes, sur la trace capricieuse du follet; qui consoloit leur veillée rustique dans la cabane du bûcheron, au coin d'un àtre hosyjitalier, par les jeux inoffensifs des lutins ; qui entretenoit de douces promesses les espérances crédules des jeunes filles, et de doux loisirs la rêverie sédentaire des vieillards , hélas ! sitôt déçue par la mort. Le fantastique étoit partout alors, dans les croyances les plus sévères de la vie comme dans ses erreurs les plus gracieuses , dans ses solennités comme dans ses fêtes. Il occupoit le barreau, la chaire et le théâtre ; il s'asseyoit avec Albert-le-Grand dans les stalles du sanctuaire ; avec Agrippa, dans le cabinet du pliilosophe ; avec Roger-Bacon et Paracelse, dans le laboratoire du chimiste, et introduisoit la

nécromancie et l'astrologie judiciaire jusque dans le conseil des rois. Son influence ne sera jamais oubliée en littérature, où elle produisit les récits naïfs des légendes, où elle anima d'une pompe si imposante la chronique des tournois , des batailles et des croisades ; où elle se répandit à pleins bords dans les gabs des vieux conteurs et dans les fabliaux des trouvères. C'est à elle que nous devons les romans de chevalerie, espèce d'épopée innommée, dans laquelle se confondent avec une harmonie inexprimable toutes les scènes d'amour et d'héroïsme du moyen âge; amour sans exemple, dans lequel on ne sait qu'admirer davantage de la pudique tendresse de l'aimée ou de l'enthousiasme passionné de l'amant ; héroïsme idéal , qui avoit tout à combattre , la bravoure des hommes de guerre , la colère des rois paladins, les embûches de la trahison , les bouleversements de la nature domptée par la magie, l'intervention de mille puissances inattendues , modifiées sous des aspects toujours nouveaux, au gré de l'imagination inventrice du romancier, par tous les accidents possibles de la fatalité, et qui

triomphoit de tout. Ce n'étoit plus Junon , Neptune ou Vénus excités, comme dans la théojïonie païenne, à la perte d'un homme : c'étoit l'univers entier personnifié sous une multitude d'individualités différentes , et luttant contre un guerrier couvert, pour toute défense, de son courage, de son amour et de son bon droit. Ce n'étoit plus la querelle honteuse et sanglante de deux peuples acharnés à se détruire pour la cause ou pour la réparation du rapt et de l'adultère : c'étoit le procès moral du juste et de l'injuste, débattu dans l'intérêt général des hommes entre le ciel et l'enfer , sous les yeux d'une Hélène qui en étoit le prix, et non pas l'objet, et qui, plus heureuse que l'autre, pouvoitse dévoiler sans rougir devant les deux camps. Ce fut là, il faut en convenir, une merveilleuse poésie, un ordre d'inventions tel que si les anciens avoient eu les Amadis , nous ne parlerions peut-être pas d'Achille; une imagination tout à la fois grandiose et charmante , qu'on ne renouvellera plus , et qu'on regrettera toujours, comme cette jument de Roland, qui étoit si belle, si forte, si agile, qui imprimoit si puissamment

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son pied sur le sable de ia lice et du champ de bataille, dont la main des pi^incesses avoit brodé la housse et les harnois , et qui est morte.

Si j'étois capable de ressentir quelque mouvement de haine contre Cervantes, je lui reprocherois peut-être d'avoir contribué plus que personne à nous ravir ces délicieuses fantaisies du génie des siècles intermédiaires , qu'il brisa aussi facilement que don Quichotte avoit fait les marionnettes de Ginésille ; mais je suis obligé de convenir que cette œuvre de destruction , qui nous a valu d'ailleurs un des plus beaux livres qu'ait produits l'imagination des modernes, étoit probablement la condition indispensable de sa destinée littéraire. Quand les fables d'un peuple ont vieilli, l'impitoyable instinct de changement qui réside en lui se manifeste à son jour et à son heure, et il vient manifester aux hommes , par des signes certains, qu'il faut recommencer la vie sociale sur nouveaux frais, sans égard aux traditions et aux sympathies du passé. Il déchaîne alors des esprits de dérision, poussés d'une haine irréfléchie, qui se font des hochets de

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ce que tous les siècles antérieurs ont vénéré , et qui jouent avec ces débris d'une civilisation expirante, en proférant des paroles d'ironie et de dédain, comme Hamlet, pesant la cendre des morts et analvsant dans le crâne d'un fou les ressorts de l'intelligence, à la fosse d'Yorick. C'est ainsi que Lucien fut envoyé à la fin du paganisme , Cervantes après la chevalerie, Erasme et Rabelais avec la réforme, et Voltaire au-devant des révolutions politiques qui alloient accompagner la grande conflagration du christianisme. Quand un ordre de choses meurt, il y a toujours quelque ingénieux démon qui assiste en riant à son agonie, et qui lui donne le coup de grâce avec une marotte.

Le premier génie fantastique de la renaissance par ordre de date , et aussi par ordre de supériorité, car, dans les chefs-d'œuvre qui le révèlent, le génie n'est pas progressif, c'est Dante. Il arriva de lui-même, et tout seul, au dernier crépuscule d'une société finie, à la première aube d'une société commencée; et quoiqu'il eût ouvert la carrière , il la remplit toute. Il est vrai qu'il plaça le théâtre de

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sa terrible fontasmagorie sous la protection des croyances de son temps ; mais il le fit sien par les passions, par les acteurs^ et même par les détails de la scène , qui ne sont ni homériques , ni virgiliens, maisdantesques. On trouve souvent aujourd'hui des critiques pleins de goût, qui déplorent l'erreur de cette magnifique imagination, et la confusion apparente de cette fable poétique, oii le Virgile du moyen âge prend pour introducteur dans l'enfer chrétien le Virgile du paganisme. Cette idée est cependant le pivot de sa composition, et c'est elle qui la rend sublime. L'enfer d'une théogonie particulière auroit été trop étroit pour une si large invention. Il falloit que Dante s'y précipitât , sur le torrent des siècles , sans ménagement pour les formes circonscrites d'une timide épopée, et ce qu'il a conservé des idées universellement reçues est au contraire une concession très-ingénieuse et très-légitime au mythisme de son époque , qui étoit de sa propre nature une des pièces essentielles de la Divine Comédie, mais qui ne pou voit en former l'âme exclusive dans cette conception de géant. Aussi l'enfer de Dante ne ressemble à

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aucun des innombrables enfers que la sombre mélancolie des poètes a inventés , et qui rappellent plus ou moins entre eux le vade in pace du monachisme et la chambre des tortures de l'inquisition. Dans son architecture colossale, il contient tous les enfers, et il est propre à recevoir pendant les siècles éternels toutes les générations des méchants. Cette création atrabilaire ne doit pas être mesurée au compas de l'artiste et aux unités du rhéteur. Sa grandeur est dans sa liberté sans frein, dans le droit conquis de faire jouer incessamment sur le miroir à mille facettes de l'imagination tous les aspects de la vie , tous les reflets de la pensée, tous les rayons de Fàme. Il ne faut lui chercher, je ne dis pas un modèle, mais un objet de comparaison que dans l'Apocalypse de saint Jean ; il faut moins lui chercher des imitateurs heureux dans les siècles qui l'ont suivi ; car c'est ici l'œuvre spéciale d'une époque, et l'homme de génie qui l'a conçue étoit à lui seul l'expression d'un siècle dont on ne peut séparer son individualité sans la mutiler. Ce qui a passé de lui dans des écrits modernes , connne le rêve du par-

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ricide, dans les J^oleurs, comme la prosopopee désespérante de Jean-Paul, où Jésus-Christ vient révéler le néant éternel aux âmes innocentes des limbes , comme la vision incomparable du condamné, dans le roman psychologique de Victor Hugo, c'est une émanation locale, partielle, inextensible, incommunicable aujourd'hui , qui agit avec toute la puissance du principe dont elle est sortie, mais sur un point borné , dans une circonstance rare, et à travers un milieu insensible, ainsi que le feu d'un soleil qui s'éclipse et qui enflamme encore la poudre à travers une lentille de glace. Le monde que la civilisation nous a fait n'en permet pas davantage.

Ainsi la tradition révérée de la Divine Comédie n'a pas produit un ouvrage remarquable du même genre chez le peuple de la terre qui sait le mieux l'apprécier. Elle est restée comme un monument inviolable et inaccessible des temps reculés, à la frontière extrême de la littérature italienne , et le respect qui s'attache aux choses sacrées paroît la défendre à jamais de l'impuissante témérité des copistes. La nouvelle mine d'invention qu'exploitèrent tour à

tour dans le même pays l'esprit, l'imagination, le génie, et puis cette industrie infaillible d'imitation qui s'attache partout à la suite des muses créatrices, et qui finit, dans les temps qu'on appelle classiques , par se parer de leurs couronnes, étoit comnmne à l'Europe entière ; mais l'Italie avoit seule encore le privilège d'imprimer à ses découvertes un sceau immortel, y^arce que sa langue étoit faite. Il lui appartenoit d enricliir nos chroniques et nos romans des beautés faciles d'une versification libre et gracieuse ; et en les soumettant au mètre harmonieux de ses octaves, elle les affranchi ssoit d'ailleurs du reproche le plus sérieux d'une critique maussade, qui toléroit jusqu'à nouvel ordre, par condescendance pour l'antiquité, les mensonges rhythmiques. Pour se servir du langage famiher de cette poésie, il seroit aussi aisé de compter les étoiles du ciel et les sables de la mer que les épopées chevaleresques du plus ingénieux de tous les âges littéraires. Les curieux en conservent plus de cent qui sont antérieures à l'Arioste, et que l'Arioste a fait oublier, comme Homère avoit fait oublier les rapsodies de ses

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prëdëcesseurs inconnus. Quelle imagination , en effet, n'auroit pas pâli devant cette imagination prodigieuse qui asservissoit , en se jouant , à ses combinaisons pleines de grâce , de fraîcheur et d'originalité, les traditions d'une histoire obscure, et les délicieuses rêveries d'une mythologie nouvelle, injustement négligée ? On a dit qu'Hésiode avoit été nourri de miel par la main des filles du Pinde. Oh ! ce sont les fées qui ont nourri l'Arioste de quelque ambroisie plus enivrante , et qui ont communiqué à ses divins écrits l'invincible séduction de leurs enchantements ! Comment douter de la magie, quand le poète, magicien lui-même , vous entraîne à son gré dans des espaces moins familiers à l'intelligence de l'homme que ceux oii il a égaré l'hippogrvphe, quand ses chants se ressentent d'une inspiration surnaturelle, et semblent provenir d'un autre monde ? Pénétré de l'étude des anciens, il ne dédaigne pas d'enlever quelques lambeaux à leur dépouille , mais ce n'est jamais sans les assortir à l'air , à la phvsionomie de ses personnages et à la libre allure de se^ compositions. Il est encore indépendant quand

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il obéit, encore neuf quand il imite, et il ne se soumet à l'invention des autres qu'en satiété de ses propres inventions, dont la profusion le lasse et le rebute. C'est qu'il a dérobé l'écrin d'Alcine , ou les trésors secrets des mines du Cattay , et que la pudeur de l'opulence lui enseigne à mêler de temps en temps des richesses plus vulgaires à celles dont il dispose avec trop de facilité. Après l'Arioste et ses foibles copistes, le fantastique ne se montra presque plus dans la littérature italienne, et rien ne se comprend mieux. C'est qu'il l'avoit épuisé.

Qui croiroit que cette muse de l'idéal, fille élégante et fastueuse de l'Asie , se réfugia longtemps sous les brumes de la Grande-Bretagne? Epouvantée peut-être des pompes mélancoliques du Nord dont le théisme lugubre l'avoit poi'tée jusqu'au trône d'Odin, et des vaporeuses fictions de l'Ecosse, oii la harpe du Barde ne se marie qu'au fracas des claymores et aux mugissements des tempêtes, elle chercha bientôt à se reposer dans une de ces imaginations vives et riantes qui avoient égayé de leurs chants voluptueux les premières fêtes de

son berceau. Shakspeare vint, qui connoissoit à peine dans l'enceinte de son île , orbe toto divisa, suivant l'expression de Virgile , les merveilles du monde physique , mais qui les avoit aperçues dans quelque vision sublime, et qui comprenoit les prodiges du royaume du soleil, comme s'il y eût été promené en songe dans les bras d'une fée ; car Shakspeare et la poésie , c'est la même chose. Spencer n'avoit fait que lui tracer le chemin ; il l'élargit, le prolongea, l'embellit de spectacles nouveaux, le remplit, l'inonda de nouvelles figures, plus fraîches, plus aériennes, plus transparentes que les apparitions fugitives des rêves du matin ; il y mena les danses romantiques d'Obéron, de Titania, et des génies qui , d'un pied plus léger que celui de Camille , touchent aussi le gazon sans le courber ; il y sema ces fleurs embaumées de parfums célestes qui s'ouvrent, aux tièdes chaleurs de l'aurore, pour recevoir le peuple nocturne des esprits, et se referment sur lui jusqu'au soir, comme des pavillons enchantés j il répandit dans l'air des lumières inconnues, accorda des lyres célestes qui n'avoient jamais

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vibré à l'oreille des hommes, suspendit l'orchestre mélodieux d'Ariel aux branches émues de l'arbrisseau, cacha le nid invisible de Puck dans un bouton de rose, et fit sourdre de tous les pores de la terre, de tous les atomes de l'air, de toutes les profondeurs du ciel, un concert de voix magiques. Dans les innombrables couleurs de la palette, et dans cette multitude de remuantes sympathies que la parole ébranle jusqu'au fond de l'âme, tout appartient à Shakspeare. Quand son pinceau a fini de caresser les formes séduisantes d'un sylphe, c'est à lui seul qu'il est réservé de tracer les proportions gigantesques et grossières du gnome, sous les traits de Caliban, de déguiser le satyre antique sous l'attirail burlesque de Falstaff , et de suspendre le croquis de Michel-Ange au tableau délicieux du Corrège. Si Dante et l'Arioste ne vous ont pas encore offert toutes les conditions essentielles derindi\adualité d'un demi-dieu, arrêtez-vous à celui-ci : incessu patuit.

Ce que tout le monde ne sait que trop de notre littérature nationale répond d'avance aux questions qu'on pourroit me faire sur les

progrès qui y»étoient promis au poème fantastique. Ce n'est pas sur le sol académique et classique de la France de Louis XIII et de Richelieu que cette littérature, qui ne vit que d'imagination et de liberté , pouvoit s'acclirrlater avec succès. Les mensonges brillants du génie y auroient été aussi mal reçus que la vérité. L'empire de la pensée y appartenoit, de par la Sorbonne et Aristote^, aux desservants d'une muse guindée, qui traînoit avec privilège du roi, sur le théâtre de la cour et dans les salons de l'hôtel de Rambouillet, les oripeaux de l'antiquité travestie. Racine, inspiré sur ses vieux jours du génie des livres saints, osa bien, par exception , jeter dans un récit téméraire la grande figure du spectre de Jezabel, et Voltaire crut avoir poussé assez loin l'audace du chef d'une opposition sociale qui cherchoit la nouveauté en tout , quand il eut fait hurler quelques alexandrins à travers un porte-voix par l'ombre tragique de Ninus. Nous avions eu nos chroniques et nos romans de chevalerie ; mais ces respectables truchements du moyen âge parloient une langue surannée que personne n'étoit plus capable

d'entendre, et les clievaliers de lu Table-Ronde attendirent lonjj-tenips pour obtenir à l'OEilde-Ba'ul" quelque chose de l'accueil auquel ils avoient été accoutumés par Cliarlemagne;, qu'un introducteur coquet eût substitué l'habit français à leur lourde armure de fer, et le talon rouge à leurs bruyans éperons. Les personnages ainsi accoutrés par M. de Tressan ressemblent à peu près à leur type héroïque et naïf, comme la lanterne du clown dans le Songe d'une nuit d'été ressemble au clair de la lune.

Ce seroit être injuste cependant que de refuser au grand siècle la seule palme qui eût manqué à ses triomphes si vantés, et bien qu'il l'ait outrageusement repoussée, l'avenir plus juste la lui décernera peut-être en compensation de la gloire avortée de Chapelain , et des admirations un peu amorties qui couronnèrent jadis le sonnet de Voiture, le triolet de Ranchin, et le madrigal de Sainte-Aulaire. Cette production digne de faire époque dans les plus beaux âges littéraires, ce chef-d'œuvre ingénu de naturel et d'imagination qui fera long-temps le charme de nos descendans, et

qui survivra^sans aucun doute avec Molière , La Fontaine, et quelques belles scènes de Corneille, à tous les monuments du règne de Louis XIY, ce livre sans modèle que les imitations les plus heureuses ont laissé inimitable à jamais, ce sont les Contes des Fées, de Perrault. La composition n'en est pas exactement conforme aux règles d'Aristote, et le style peu figuré n'a pas offert, que je sache, aux compilateurs de nos rhétoriques beaucoup de riches exemples de descriptions, d'amplifications, de métaphores et de prosopopées; on auroit même quelque peine, et je le dis à la honte de nos dictionnaires, à trouver dans ces amples archives de notre langue des renseignements positifs sur certaines locutions inaccoutumées, cpii, du moins pour les étrangers, y attendent encore les soins de Tétymologiste et du commentateur ; je ne disconviens pas qu'il en est dans le nombre , conmie: Tirez la cordelette et la hobi nette cherra , qui pourroient donner de graves soucis aux Saumaise futurs ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que leurs innombrables lecteurs les comprennent à merveille , et il est visible que l'auteur a eu

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la modeste bonliomie de ne pas travailler pour la postérité. Quel vif attrait d'ailleurs dans les moindres d(''tails de ces charmantes bagatelles, quelle vérité dans les caractères, quelle originalité ingénieuse et inattendue dans les péripéties î quelle verve franche et saisissante dans les dialogues! Aussi, je ne crains pas de l'affirmer, tant qu'il restera sur notre hémisphère un peuple, une tribu, une bourgade, une tente où la civilisation trouve à se réfugier contre les invasions progressives de la barbarie, il sera parlé aux lueurs du foyer solitaire de l'Odyssée aventureuse du Petit Poucet, des vengeances conjugales de la Barhe Bleue ^ des savantes manœuvres du Chat Botté ; et l'Ulysse, l'Othello, le Figaro des enfants vivront aussi long-temps que les autres. S'il y a quelque chose à mettre en comparaison avec la perfection sans taches de ces épopées en miniature, si l'on peut opposer quelques idéalités plus fraîches encore aux charmes innocents du Chaperon, aux grâces espiègles de Finette et à la touchante résignation de Griselidis, c'est chez le peuple lui-même qu'il faut chercher ces poèmes inaperçus, délices

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traditionnelles des veillées du village, et dans lesquels Perrault a judicieusement puisé ses récits. Je ne disconviens pas qu'on a savamment disserté de nos jours sur les Contes des Fées y qu'on a voulu en trouver l'origine bien loin , et qu'il ne tient qu'à nous de croire sur la foi des érudits que Peau d'Ane est une importation de l'Arabie , que Riquet a la Houpe n'exerçoit pas le droit de fief sur ses vieux domaines, sans un titre d'investiture timbré au nom de l'Orient, et que la galette et le pot à beurre, malgré leur fausse apparence de localité, nous furent apportés un beau matin par quelque autre Sindbâd, sur les épaules d'un afrite, du pays des Mdle et une Nuits. On nous a tellement accoutumés à l'imitation, depuis l'établissement de cette dynastie aristotélique dont nous. sommes encore gouvernés du haut de l'Institut , qu'il est à peu près reçu en dogme littéraire qu'on n'invente rien en France, et il est probable que l'Institut ne manque pas de bonnes raisons pour nous engager à le croire. Ma soumission à ses arrêts ne sauroit aller jusque là. Nos fées bienfaisantes à la baguette de fer ou de cou-

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drier, nos l'ees rébarbatives et hargneuses à ratteia^;*' «le cliauve- souris, nos princesses tout aimables et toutes gracieuses, nos princes avenants et lutins, nos ogres stupiJes et féroces, nos pourfendeurs de géante, les cliarmantes raétamorplioses de l'Oiseau bleu , les miracles du Hameau d'or, appartiennent à notre vieille Gaule comme son ciel, ses mours et ses monuments trop long-temps méconnus. C'est porter bien loin le mépris d'une nation spirituelle qui s'est élancée si avant de son [)ropre mouvement dans toutes les routes de la civilisatioji , que de lui contester le mérite d'invention nécessaire pour mettre en scène les héros de la bibliotlièque bleue. Si le fanlastique n'avoit jamais existé chez nous, de sa nature propre et inventive, abstracticni laite de toute autre littérature ancienne ou exotique, nous n'aurions pas eu de société, car il n'y a jamais eu de société qui n'eut le sien. Les excursions des voyageurs ne leur ont pas montré une lamille sauvage ([ui ne raconta! quelques étranges histoires, et qui ne plaçât, dans les nuages de son atmosphère ou dans les fumées de sa hutte , je ne sais quels mys-

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ù'ves, surpris au monde intermédiaire par rinlelligence des vieillards, la sensibilité des Icmmes et la crédulité des entons. Que ne se sont-ils assis quelquefois , les orientalistes passionnés qui nous dérobent les fables de nos nourrices pour en faire hommage aux corypliées des aimées et des bayadères, sous le chaume du paysan , ou près de la baraque nomade du bûcheron, ou à la veillée parlière des teilleuses, ou dans la joyeuse écraigne des vendangeurs ! loin d'accuser Perrault de plagiat, ils se plaindroient peut-être de la parcimonie avare avec laquelle il a distribué à nos aïeux ces surprenantes chroniques des âges qui n'ont pas été et qui ne seront jamais, si actuelles et si vivantes encore dans la mémoire de nos trouvères de hameaux! Que de belles narrations ils auroient entendues, empreintes, avec tant de vivacité, des coutumes, des mœurs et des noms du pays, que l'étymologiste le plus intrépide est obligé , en les écoutant, de s'arrêter pour la première fois à la source incontestable des inventions et des choses, et qu'il ne lui est jamais arrivé d'en demander compte dans sa jpensée à une autre naluro el à une

autre société ! Depuis la vieille femme sentimentale, rêveuse et peut-être un peu sorcière, qui s'est avisée la première d'improviser ces fabliaux poétiques, aux clartés flambantes d'une bourrée de genévrier sec, pour endormir l'impatience et les douleurs d'un pauvre petit enfant malade, ils se sont répétés fidèlement, de génération en génération, dans les longues soirées des flleuses , au bruit monotone des rouets, à peine varié par le tintement du fer crochu qui fourgonne la braise , et ils se répéteront à jamais, sans qu'un nouveau peuple s'avise de nous les disputer; car chaque peuple a ses histoires, et la faculté créatrice du conteur est assez féconde en tout pays pour qu'il n'ait pas besoin d'aller chercher au loin ce qu'il possède en lui-même, aussi bien que les guiriots et les calenders. Le penchant pour le merveilleux , et la faculté de le modifier, suivant certaines circonstances naturelles ou fortuites, est inné dans l'homme. Il est l'instrument essentiel de sa vie Imaginative, et peut-être même est-il la seule compensation vraiment providentielle des misères inséparables de sa vie sociale.

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L'Allemagne a été riche dans ce genre de créations , plus riche qu'aucune autre contrée du monde, sans en excepter ces heureux levantins , les suzerains éternels de nos trésors, à l'avis des antiquaires. C'est que l'Allemagne, favorisée d'un système particulier d'organisation morale, porte dans ses croyances une ferveur d'imagination , une vivacité de sentimens, une mysticité de doctrines, un penchant universel à l'idéalisme , qui sont essentiellement propres à la poétique fantastique 3 c'est aussi que, plus indépendante des conventions routinières et du despotisme gourmé d'une oligarchie de prétendus savants, elle a le bonheur de se livrer à ses sentiments naturels sans craindre qu'ils soient contrôlés par cette douane impérieuse de la pensée humaine qui ne reçoit les idées qu'au poids et au sceau des pédants. Cette individualité méditative, impressionnable et originale qui caractérise ses habitants, se manifeste de temps immémorial dans les innombrables monuments de sa bibliothèque fantastique, et là, au contraire de nos habitudes littéraires où tout est subordonné à l'aristocratie de l'esprit , c'est la po-

pularité qui coiisucre le succès. L'Allein;ifjne jouit encore, sous ce rapport, des mêmes lia nciiises qu'au siècle deGoëtz de Berlichiiig. Elle en est redevable h cette multitude de circonscriptions locales et d'usa^jes particuliers qui ont maintenu en elle la précieuse ingénuité des peuples primitifs, qui l'ont sauvée de l'avidité dévorante de cette monstrueuse Méduse de la centralisation, dont les bras inertes pour tout autre usage que pour prendre, ne s'occupent qu'à rassasier l'insatiable faim de la Gorgone, et qui la maintiendront jusqu'à la fin de notre civilisation actuelle , quoi qu'en disent nos théoriciens de dubs et de cafés, au premier rang des nations libres. Depuis la belle histoire de Faust, admirablement poétisée par Goethe, qui n'a rien ajouté d'ailleurs à l'idéalité philosophique de l'invention , depuis la profonde allégorie de l'aventurier qui a vendu son ombre au diable , et que le dernier rapsode qui l'a recueillie n'a l^it que réduire aux formes naines du roman , l'Allemagne a été jusqu'à nos jours le domaine favori du fantastique. Elle a complété l'histoire psychique de l'homme, si magnifiquement ouverte

dans la Genèse par l'emblème vraiment divin de l'arbre de la science et des séductions du serpent. Faust est l'Adam du Paradis terrestre, parvenu à se croire égal à Dieu. Le Rêve de Jean-Paul est le dénouement solennel de ce triste drame, et cette autre apocalypse, le terrible mot de l'énigme de notre vie matérielle. Hors de ces trois fables, il n'y a point de vérité absolue sur la terre.

Les malheurs toujours croissants de la nouvelle société présageoient si visiblement sa ruine prochaine, que la trompette de l'ange des derniers jours ne l'annoncera pas plus distinctement à la génération condamnée. De ce moment, le fantastique fit irruption sur toutes les voies qui conduisent la sensation à l'intelligence ; et voilà comment il est entré, malgré Aristote, Quintilien, Boileau, La Harpe et je ne sais qui, dans le drame, dans l'élégie, dans le roman, dans la peinture, dans tous les jeux de Tesprit, comme dans toutes les passions de l'âme. Et alors ce fut un cri d'aigre et ignorante colère contre l'invasion inopinée qui menaçoii les belles formes du classique; et on ne comprit pas qu'il y a voit encore une forme

plus large, plus universelle, plus irréparable, qui alloit finir j que cette forme, c'étoit celle d'une civilisation usée, dont le classique n'est que l'expression partielle, momentanée, indifférente, et qu'il n'étoit pas étonnant que le lien puéril des sottes unités de la rhétorique se relâchât, quand l'immense unité du monde social se rompoit de toutes parts.

Parmi les hommes d'élection qu'un instinct profond du génie a jetés, dans ces derniers temps, à la tête des littératures, il n'en est point qui n'ait senti l'avertissement de cette muse d'une société qui tombe, et qui n'ait obéi à ses inspirations, comme à la voix imposante d'un mourant dont la fosse est déjà ouverte. L'école romanesque de Lewis, l'école romantique des lackistes, et, par-dessus tout, ces grands maîtres de la parole, Byron, et \A'alter Scott, et Lamartine, et Hugo, s'y sont précipités à la recherche de la vie idéale, connne si un organe particulier de divination que la nature a donné au })oète, leur avoit fait pressentir que le souffle de la vie positive étoit près de s'éteindre dans l'organisation caduque des peuples. Je n'ai pas nommé parmi eux M. de

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Chateaubriand, qui est resté, par conscience et par choix, au terme de l'ancien monde, comme la pyramide dans les sables de l'Egypte , comme l'arche du déluge sur le sommet de l'Ararath, comme les colonnes d'Hercule sur le rivage des mers inconnues. Walter Scott, enchaîné aussi par des souvenirs , des études et des affections , a placé un peu plus loin, mais non avec plus de solidité et de puissance, les bases de sa renommée à venir, entre les deux sociétés. C'est un phare qui jette indistinctement quelques lueurs sur le port, quelques lueurs sur l'abîme. L'abîme! Byron s'y est perdu à toutes voiles , et nul regard d'homme n'a pu l'y suivre.

Le fantastique de l'Allemagne est plus populaire, et cela s'explique, je le répète, par une longue fidélité à des mœurs de tradition, à des institutions sorties du pays , et souvent défendues et sauvées au prix du sang des citoyens; à un système d'études plus général, mieux entendu, mieux approprié aux besoins du temps. Cela s'explique surtout par une répugnance prononcée pour les innovations purement matérielles, et dans lesquels le prin-

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cipe intelligent et moral des nations n'a rien à gagner. Ce peuple, qui a touché aux bornes de toutes les sciences, qui a produit presque toutes les inventions essentielles dont l'impulsion a complet»' la civilisation de l'Europe^ et (jui s'occupe délicieusement, dans la douce possession d'une liberté sans faste, aux contemplations sédentaires de l'astronomie et à l'enricliissemeRt des nomenclatures naturelles, méritoit de conserver long-temps le goût innocent et sensé des contes d'enfant. Grâces soient rendues à Musut'us, à Tieck, à Hoffmann, dont les heureux caprices, tour à tour mystiques ou familiers, pathétiques ou bouffons , simples jusqu'à la trivialité, exaltés jusqu'à l'extravagance, mais remplis partout d'originalité, de sensibilité et de grâce, renouvellent pour les vieux jours de notre décrépitude les fraîches et brillantes illusions de notre berceau. Leur lecture produit sur une âme fatiguée des convulsions d'agonie de ces peuples inquiets qui se débattent contre une crise inévitable, l'eflet d'un sonnneil serein, peuplé de songes attrîiyanU <pii la bercent et la défassent. C'est la fontaine de Jouvence de l'imagination.

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En France, oii le ("antastique est aujourd'hui si décrié par les arbitres suprêmes du goût littéraire, il u'étoit peut-être pas inutile de chercher quelle avoit été son origine, de marquer en passant ses principales époques, et de fixer à des noms assez glorieusement consacrés les titres culminans de sa généalogie ; mais je n'ai tracé que de foibles linéaments de son histoire, et je me garderai bien d'entreprendre son apologie contre les esprits doctement prévenus qui ont abdiqué les premières impressions de leur enfance pour se retrancher dans un ordre d'idées exclusif. Les questions sur le fantastique sont elles-mêmes du domaine delà fantaisie. Dieu meg.irdede réveiller, à lem' sujet, les misérables disputes des scolàstiques des derniers siècles, et de transporter une querelle théologique sur le terrain de la littérature , dans l'intérêt de la grâce des féeries et du libre arbitre de l'esprit! Ce que j'ose croire, c'est que si la liberté dont on nous parle n'est pas, comme je l'ai craint quelquefois, une déception de jongleurs , ses deux principaux sanctuaires sont dans la croyance de l'homme religieux et dans l'imagination du poète. Quelle

autre compeiisalion promcttrez-vous à une amc pro rondement navrée de l'exyxM'ienee de la vie, quel aulrc avenir pourra-t-elle se préparer désormais dans l'angoisse de tant d'espérances déclines, que les révolutions emportent avec elles, je le demande à vous, hommes libres qui vendez aux maçons le cloître du cénobite, et qui portez la sape sous l'ermitage du solitaire, où il s'étoit réfugié à côté du nid de l'aigle? Avez-vous des joies à rendre aux frères que vous repoussez, qui puissent les dédommager de la perte d'une seule erreur consolante, et vous croyez-vous assez sûr des vérités que vous faites payer si cher aux nations, pour estimer leur aride amertume au prix de la douce et inoffensive rêverie du malheureux qui se rendort sur un songe heureux ? Cependant tout jouit chez vous, il faut le dire, d'une liberté sans limites, si ce n'est la conscience et le génie. Et vous ne savez pas que votre marche triomphante à travers les idées d'une génération vaincue n'a toutefois pas tellement enveloppé le genre humain qu'il ne reste autour de vous quelques hommes qui ont besoin de s'occuper d'autre chose que de vos théories.

d'exercer leur pensée sur une progression imaginairCj sans doute, mais qui ne l'est peut-être pas plus que votre progression matérielle , et dont la prévision n'est pas moins placée que celle des tentatives de votre perfectionnement social sous la protection des libertés que vous invoquez ! Yous oubliez que tout le monde a reçu comme vous, dans l'Europe vivante, l'éducation d'Achille, et que vous n'êtes pas les seuls qui ayiez rompu l'os et les veines du lion pour en sucer la moelle et pour en boire le sang ! Que le monde positif vous appartienne irrévocablement, c'est un fait, et sans doute un bien ; mais brisez , brisez cette chaîne honteuse du monde intellectuel, dont vous vous obstinez à garrotter la pensée du poète. Il y a long-temps que nous avons eu , chacun à notre tour, notre bataille de Philippes j et plusieurs iie l'ont pas attendue, je vous jure, pour se convaincre' que la vérité n'étoit qu'un sophisme , et que la vertu n'étoit qu'un nom. Il faut à ceux-là une région inaccessible aux mouvemens tumultueux de la foule pour y placer leur avenir. Cette région, c'est la foi pour ceux qui croient, l'idéal pour ceux qui songent, et

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