‹ Œuvres de Clément Marot; annotées, revues sur les éditions originales et précédées de la vie de Clément MarotChapitre 2 sur 318 · LA VIE HI\0V1NCIALE AU XV^ SIÈCLE. ENFANCE DE CLÉMENT MAROT · texte numérisé non relu

LA VIE HI\0V1NCIALE AU XV^ SIÈCLE. ENFANCE DE CLÉMENT MAROT

Le voyageur qui vient du Nord , se dirigeant vers le Languedoc, trouve à son entrée dans le Quercy ce paysage qui saisit d'une si grande admiration un vieux géographe du xvi'' siècle, « ce païsage merveilleusement amène et gracieux, pour estre par tout ou abaissé en valons, ou relevé de diverses

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moiUagnetles. » 11 rencontre d'abord un large plateau dont la surface dentelée semble s'être crevée au milieu d'un bouillonnement immense pour livrer passage à mille mamelons... On croiroit voir les flots d'une mer houleuse subitement immobilisés. Puis le plateau s'affaisse et descend dans une vallée tortueuse où ce fleuve dont nous parle notre poëte, ce fleuve aux eaux sombres court furieusement au milieu des rochers.

Arrivé à peu près au milieu do son parcours, le fleuve se détourne brusquement vers le sud , puis non moins brusquement remonte. Il décrit ainsi un angle à la pointe ducpiel est bâtie une ville. Celle-ci , adossée à des montagnes verdoyantes, s'arrondit sur la rive droite de la rivière qui n va léchant ses bords » et forme un arc de cercle dont le Lot dessine la corde.

« Ce lieu , c'est Cahors en Quercy. » Les montagnes où la ville s'appuie montent rapidement, toutes plantées de vignes, disposées en terrasse, hérissées de murailles bâties de façon à présenter l'aspect d'un gigantesque escalier. Devant elle, c'est-à-dire sur la rive gauche du fleuve, se dressent des monts à pic, encaissant si profondément le fleuve qu'ils gardtmt à peine entre lui et leur base la place d'une route. Ils présentent l'aspect le plus hardi et laissent échapper, de dessous un énorme rocher surplombant, cette charmante fontaine Divona, l'orgueil de Cahors, une miniature de l'illustre fontaine de Vaucluse.

Un boulevard s'arrondit aujourd'hui autour de la ville , remplaçant les antiques murailles et ne laissant plus debout, à droite, qu'une portion de ces remparts qui virent tant d'ennemis. Les restes d'un aqueduc, les ruines d'un cirque, des églises effondrées, un portique et le fameux pont, à cette heure moins défendu qu'orné par ses trois tours, c'est ce qui rappelle de nos jours l'illustration de Cadurcium et les exploits de la vaillante capitale du Ouorcy.

Dans la .seconde moitié du xV siècle, toute cette partie de pays que nous venons de présenter n'étoit qu'une immense ruine. Quelques-unes de ces ruines étoient déjà anciennes et le

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vieux château de Castt>lnau qui étoit autour de r(''glise, Sa :vt'terre, le château de l'Ohnée, Durfort, La Garde, Mondanar, Montesquieu, « toutes ces vieilles masures, comme dit un ancien annaliste, que l'on trouve sur le chemin de Cahors en Agenois, » conservoient vivant dans l'esprit des compatriotes de Marot l'amer souvenir de la terrible guerre des Albigeois.

Peut-être est-il juste de tenir compte de ces souvenirs et de ceux de l'Inquisition qui existoit encore au conmienccmcnt du xv" siècle, quand on songe à l'enfance du futur allié des pre miers huguenots franrois.

Mais le temps, sinon l'oubli, avoit passé sur ces ruines et c'étoit la guerre à peine terminée, la grande guerre contre les Anglois, qui avoit fait du Quercy comme un immense désert. Çà et là apparaissoient sur le haut de quelque pic un château imprenable, sur le penchant de quelque montagne une grosse ville fortifiée. Presque tout le reste, dans la plaine et sur les collines, étoit détruit, détruit par les gens de guerre ou par les bourgeois. Car ceux-ci, à bout de patience, s'étoient parfois jetés furieusement sur les forteresses du voisinage devenues repaires d'Anglais ou de brigands, et, après les avoir prises ou achetées, les avoient démolies. C'est ainsi que les gens de Cahors avoient fait pour Cessac, pour Concorès , pour Cusorn , et pour tant d'autres.

Quant aux villages ouverts, on n'en voyoit plus trace. Toutes les terres étoient incultes. Nulle propriété n'étoit distincte- On appeloit de toute part les étrangers pour repeupler le Quercy. Dans la ville de Gramat, il n'y avoit plus que sepi habitants et l'on y avoit mis tant de fois le feu que, dit l'enquête, « on n'y eust sceu trouver un baston pour lier une bote de foin. » Des mille églises du Quercy il n'en restoit que trois à quatre cents debout, et encore plusieurs de celles-là étoient si abandonnées que les louves y venoient, comme dans l'église de l'IIerm, faire leurs petits. Ce fut seulement dans l'année U52 (pie les seigneurs du Quercy, imitant l'évêque de Cahors, commencèrent à faire des baux, des inféodations dans leurs

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it'rrcs (l('i)iiis cent ans abandonnées. C'osl à cclto dalc encore (|iie (t la noblesse, dont les familles s'dtoient établies à Hocania- (loiir en temps de guerre par ce qu'il y avoit là plus de sûreté (|iie en tout autre lieu, s'en retourna dans ses biens. "Ce lieu de |)èlerinage avoit été, en effet, le seul complètement et constamment respecté, et il avoit étendu sa protection non-seulement sur tous ceux qui s'y réfugioient, mais même sur tous ceux qui s'y rendoient.

Les autres villes avoient vite compris qu'elles n'avoient pas à compter, — quelques précieuses reliques qu'elles possédassent, et fût-ce le saint suaire de Notre-Seigneur, — sur un autre exemi)le d'une telle et si merveilleuse vénération. Elles s'étoient donc défendues de leur mieux, elles avoient succombé i)]us ou moins glorieusement, et avoient été pillées plus ou moins complètement.

Cahors étoit restée intacte. Nulle cité n'avoil plus qu'elle déployé ce mélange de courage, de diplomatie profonde, d'incessante vigilance, de patience et de hardiesse, qui ét(jil nécessaire à toute ville voulant avoir qii(']((iie chance d'(''clia|)per au pillage et à l'incendie.

Son courage et sa i)rudence avoient été mis à de rudes et fréfpientes épreuves, depuis des siècles, et c'étoit pendant des siL>cles aussi que la cité avoit pu faire son éducation diplomatique, dans sa lutte contre son seigneur, Tévèque de Cahors. Celui-ci étoit bien Ut seigneur spirituel et temporel, évoque et comte, et bien longtemps encore après la mort de notre poëtc Marot, il avoit, comme signe de cet antique i)ouvoir féodal, le rare privilège de dire la messe pontificale,» bottines es jambes, l'cspée, les gantelets, la bourguignotte sur l'autel. ^> On devine que toute la préoccupation de messieurs les consuls de Cahors, les représentants de la communauté boin-geoise , avoit tendu, dès les premières lieures de la décad(!nce féodale, à assiéger paiieinuienl, persévf'ranunenl ce pouvoir suzerain.

Ils a\()ienl prolité de la faibles.se de tel évoque, di! la bonté de i<>| aulre, de telle vacance, de telle guerre, de telle néces-

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