‹ Œuvres de Clément Marot; annotées, revues sur les éditions originales et précédées de la vie de Clément MarotChapitre 9 sur 318 · AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR

Cette biographie, si longue qu'elle soit, n'est pas aussi complète que je Taurois désiré. Je ne tiens pas à dire grand mal de mes prédécesseurs. Je n'eusse sans doute pas fait mieux qu'eux en leur temps ou dans leur position. Mais je crois pouvoir assurer que la vie de Marot étoit tout entière à faire ou à refaire, ce qui est pis encore. Je ne me suis pas trouvé débarrassé de ces soucis dont parle Génin , de ces soucis des premiers éditeurs qui défrichent le désert, tandis que les suivants n'ont plus qu'à dessiner un jardin.

Si l'on veut prendre la peine de parcourir les biographies de maître Clément qui précèdent les éditions de Lenglet du Fresnoy, du bibliophile Jacob, d'Auguis, de Campenon et des autres, on verra que, si j'ai eu à défricher certaines parties du désert, j'ai eu à extirper aussi bien des bottes de chardons.

Je n'ai pas éprouvé grand' peine à laisser intact au bibliophile Jacob le trésor d'épithètes sur la canaille monastique qui constitue la plus remarquable partie -de son travail. Mais j'avoue que j'ai eu plus de ditiiculté à ne pas subir l'inlluence de ce minutieux roman d'amour que tous les historiens de

cxviii AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR.

Marol onl jusqu'ici copit' si pieusement dans l'édition de Lenglet du Fresnoy.

J'ai redressé et élargi de mon mieux, à l'aide de beaucoup de recherches, la biographie de maître Clément. J'ai cru devoir nVappliquer à tracer les grandes lignes, à élucider minutieusement les points peu étudiés jusqu'ici. J'ai laissé de côté des discussions à mon sens secondaires. J'ai dû garder par devers moi la plus grande partie de mon étude sur la chronologie des œuvres, sur les amis du poëte, sur les milieux où il s'est trouvé. Enfin, je laisse à mes successeurs bien des hypothèses à détruire ou à fortifier.

J'ai pris, pour établir l'édition que je présente au lecteur, le texte de 1538, c'est-à-dire le dernier dont on puisse dire avec certitude qu'il a été approuvé par l'auteur. Toutefois, je ne l'ai pas copié servilement, et j'ai consulté toutes les éditions importantes du xvi« siècle, depuis les plaquettes, et la première de Pierr3 Roiïet jusqu'à celle de Niort.

J'ai admis dans ce recueil quelques pièces trop libres pour mon goût, mais que leur célébrité ne m'a pas permis de repousser. J'ai craint, par exemple, qu'on ne m'accusât de donner un choix trop puérilement incomplet de Marot si j'en avois exclu des œuvres qui, comme les Blasons du beau et du laid Tétin, ont joué un rôle important dans l'histoire de notre littérature. Je me suis dit que, si Marot est un classique, c'est un classique du xvi'' siècle, et que l'on ne peut exiger de lui cette réserve que la sévérité d ; nos mœurs et la dignité de notre littérature ont introduite dans la langue de notre teini)S. Marot dit le mot là où Kacine emploie la périphrase, là où la périphrase racinienne elle-même émeut notre pudeur. Marot appelle chemise cet objet que l'illustre tragique nomme le simple appareil d'une beauté, cet objet dont le seul souvenir, rappelé dans un de nos romans, jetteroit à la renverse les lecteurs de George Sand. J'implore humblemciil \Mniy le poëte barbare du xvi<= siècle l'indulgence de nos auteurs contempoiains. J'espère, du reste, avoir gardé une juste mesure.

AVERTlSSliiMliNT Dli L'ÉDITEUR. cxix

J'ai rejeté de propos délibéré toute note de pure érudition. Mais j'ai cru ne devoir pas reculer devant les explications les plus minutieuses , les èlucidations les plus persévérantes.

Je ne veux pas terminer sans remercier cordialement ceux qui m'ont si obligeamment fourni les renseignements dont j'ai eu besoin. Je prie MM. Saige, archiviste aux archives de l'empire ; Emile Dufour et d'Araqui, de Cahors; Lucien Merlet , archiviste à Chartres; Emile Travers, de Caen; Pehant, bibliothécaire à Nantes, de me permettre de les nommer à la lin de ce travail qui, sans eux, eût été bien inférieur encore à ce qu'il est aujourd'hui.

Page 1