‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 101 sur 112 · C BB · texte numérisé non relu

C BB

Vous vous aimiez , mes aimables serins ! Témoin de vos tendres caresses,

J applaudissois à vos heureux destins ,

Et j'ai souvent envié vos foiblesses.

Jeunes époux, libres dans vos baisers, Vous puisiez le bonheur au sein de la nature... Il n'est donc point, hélas! de félicité pure! Point d amours et de biens qui ne soient passagers ! Mon cher serin, ô toi qui, près de ton amante, Veillois à ses besoins, veillois à ses plaisirs;

Toi dont Tardeur active et diligente

Savoit répondre à ses moindres désirs ; Mon cher serin, tu meurs , et la parque sévère

Tranche tes jours dans ces mêmes moments , Dans ces moments si chers aux époux, aux amants,

Où tu goûtois le plaisir d'être père;

Où , par tes soins et des devoirs charmants ,

Tu soulageois les travaux de la mère !

O mort! affreuse mort! ainsi donc ta fiireur

Marque notre heure infortunée ,

Dans les instants consacrés au bonheur, Au sein des voluptés, au sein de Thyménée? O toi qui maintenant gémis de tes amours , ij^'oi , du plus tendre époux Tépouse malheureuse, Poiurquoi de tes funestes jours Prolonger désormais la durée odieuse?

Je t'entends ; et tu veux par tes embrassements Dans ces germes glacés porter le feu de Fêtne;

Tu veux ranimer tes enfants.

Épargne-leur plutôt, par des soins plus pressants, La douleur de sentir et le malheur de naître : Ces deux infortunés éprouveroient peut-être Et tes plaisirs amers , et tes chagrins cuisants; Qu'ils périssent. Et toi, digne et fidèle épouse,

Suis au tombeau ton époux malheureux.

Déjà son ombre inquiète et jalouse T'appelle, par ses cris, au séjour ténébreux. Songe que, pour des cœurs que la tendresse assemble. Après le doux plaisir de vivre et de s'aimer.

Il n'en est point qui doive plus charmer Que celui de souffrir et d'expirer ensemble.

STANCES

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