‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 102 sur 112 · A ROSINE · texte numérisé non relu

A ROSINE

Adorable Rosine, il est vrai; Vautre jour,

Dans je ne sais quel trouble, où lame s abandonne,

Pressé par le désir, égaré par Famour,

En te serrant la main , je t'ai dit : Ah, ma bonne !

Ce seul mot t'exprimoit les plus vifs sentiments; Je lai dit d'après toi : d'où vient donc qu'il t'étonne? N'en doute pas, Rosine; il est mille moments Où, cent fois mieux encor, je dirois : Ah, ma bonne !

Si , lorsque mes regards s'arrêtent sur les tiens , Tes yeux me promettoient tout ce que l'amour donne; S'ils peignoient des désirs favorables aux miens, Dans quel ravissement je dirois : Ah, ma bonne!

Si ta bouche charmante, au lieu de m'accuser, Me pardonnant l'aveu qu'une amante pardonne,

Cionfondoit nos deux cœurs dans le feu d'un baiser; Combien je te dirois : Ah , ma bonne ! ah , ma bonne !

Si d'un voile inutile écartant les replis,

Je caressois ton sein où la rose boutonne

Et mêle son éclat à deux touffes de lis,

Dans quelle émotion te dirois-je : Ah, ma bonne !

Enfin, si dans tes bras épuisant le désir,

De Famour satisfait j'obtenois la couronne.

Et buvois avec toi la coupe du plaisir;

Tous mes sens à-la-fois te diroient: Ah, ma bonne!

Que tu me verrois fier de t'étre ainsi lié !

Mais le seul sentiment que mon coeur te soupçonne

Est ou TindifiFérence, ou la simple amitié.

Hélas! sans être heureux, comment dire : Ah , ma bonne!

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