‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 105 sur 112 · A MON AMI · texte numérisé non relu

A MON AMI

STANCES

Tu plains mes jours troublés par taut d'orages , Mes jours affreux, d'ombres environnés ! Va , lee douleurs m'ont mis au rang des sages ; Et la raison suit les infortunés.

A tous les goûts d une folle jeunesse J'abandonnai Tessor de mes désirs :

A peine, hélas! j'en ai senti l'ivresse, Qu'un prompt réveil a détruit mes plaisirs.

Bi*ûlant d'amour et des feux du bel âge, J'idolâtrai de trompeuses beautés.

J'aimois les fers d'un si doux esclavage; En les brisant, je les ai regrettés.

J'oflfris alors aux Filles de Mémoire Un fugitif de sa chaîne échappé;

Mais je ne pus arracher à la gloire

Qu un vain laurier que la foudre a frappé.

Enfin j'ai vu de mes jeunes années L'astre pâlir au midi de son cours :

Depuis long-temps la main des destinées Tourne à regret le fuseau de mes jours.

Gloire, plaisir, cet éclat de la vie, Bientôt pour moi tout est évanoui; Ce songe heureux dont Terreur m'est ravie Fut trop rapide; et j'en ai peu joui.

Mais l'amitié sait, par son éloquence.

Calmer des maux qu'elle aime à partager; Et, chaque jour, ma pénible existence Devient près d'elle un fardeau plus léger.

Jusqu'au tombeau si son appui me reste, Il est encor des plaisirs pour mon cœur; Et ce débris d un naufrage funeste Pourra lui seuFme conduire au bonheur.

Quand l'infortune àte le droit de plaire , Intéresser est le bien le plus doux; Et l'amitié nous est encor plus chère.

Lorsque l'amour s'envole loin de nous.

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