‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 14 sur 112 · L'AMITIÉ · texte numérisé non relu

L'AMITIÉ

L'oiseau qui , du sommeil interrompant les heures , Jette des cris aigus autour de nos demeures, Qui, portant jusqu'à nous ses rapides acœnts , Réveille nos esprits et ranime nos sens; Le coq chante : sa voix, dans les airs élancée, Me rappelle à moi-même, et me rend la pensée. De rÉtemel sur moi les regards sont ouverts; Il voit tout d'un coup d'œil, l'atome et l'univers. Qu'il me voit abattu!... Mes yeux s'appesantissent: Laisserai-je couler les pleurs qui les remplissent? Sans le courage, hélas ! que seroient les mortels? En cédant à ses maux on les rend plus cruels. Ignoré-je à quel prix le ciel m'a donné l'être? Je pleurois, au berceau, le jour qui m'a vu nattre. Le premier cri de l'homme est un cri de douleur : De mes obscurs destins subissons la rigueur. L'esclave vainement lutte contre sa chaîne : L'intrépide la porte, et le lâche la traîne.

io4 LES NUITS D'YOUNG.

O toi qui déployois aux yeux de ton ami La stoïque fierté d'un courage affermi ; Toi qui y dans le printemps d'une aimable jeunesse, Entremélois aux fleurs les fruits de la sagesse , Toi, toi dont Téloquence avec tant de candeur Épanchoit dans mon sein les vertus de ton cœur; Combien de fois, Pbilandre, éclairés Tun par l'autre , Avons-nous pesé Fhomme, et son sort et le nôtre! Nous cherchions l'équilibre et des maux et des biens. Contents d'approfondir d'utiles entretiens. Notre goût dédaignoit tous ces sujets frivoles Que l'art surcharge, en vain, du faste des paroles. Le champ des fictions par nous abandonné Restoit à ces auteurs d'un siècle efieminé ; Trop futiles esprits, dont le talent suprême Est d'irriter un feu qui s'allume lui-même. Lorsque, des voluptés dangereux orateurs, De leur philtre brûlant ils infectoient les cœurs ; Quand, suivis de la foule aux bosquets d'Amathonte , Des fêtes de Vénus ils célébroient la honte; Lorsqu'à leurs yeux, couverts d'un funeste bandeau, La raison méconnue éteignoit son flambeau ; Philandre et moi, conduits par des clartés nouvelles, Nous cherchions la vertu dans des routes plus belles. L'amitié devançoit nos pas ; et les chemins Étoient isemés des fleurs qui tomboient de ses mains, lioin du cours turbulent des passions humaines.

SEœNDE NUIT. io5

A Fombre des berceaux , sur le bord des fontaines , Dans le sein du bonbeur , dans le sein de la paix , Goûtant la volupté de deux cœurs satisfSadts , Abandonnant tous deux nos âmes attendries A ce calme où Ton suit de douces rêveries, Il sembloit que Tété, plus beau , plus pur encor , Renouvelât, pour nous, les joiu*s de Fâge d or. Lorsque du sombre hiver Thaleine hyperborée Revenoit engourdir la nature éplorée, De sages entretiens et de nobles débats Cbarmoient dans nos foyers la saison des frimas. Nous passions, sous nos toits et sous d'heureux ombrages, Les hivers sans ennui, les étés sans orages.

Ornement de ce globe, 6 fruit délicieux Que nourrit Finfluence et la faveur des deux ; O divine amitié, dont la tige chérie Enveloppe de fleurs les ronces de ]a vie; Toi, la volupté pure et le souverain bien ! Le nectar de 1 abeille est moins doux que le tien. Quand la félicité, du séjour du tomierre. Précipite son vol et regarde la terre, C'est toi que sa présence y vient favoriser : Sous tes rameaux unis elle aime à reposer. C*est là qu'elle s'admire et jouit d'elle-même A l'aspect des plaisirs d'un couple heureux qui s'aime. C'est là qu'elle pénètre au sein de deux amis, Dans des songes riants auprès d'elle endormis.

io6 LES NUITS D YOUNG.

Elle préfère au faste , au tumulte du monde,

De ces sages humains la retraite profonde :

L amitié solitaire y triomphe du sort;

Elle y fixe le temps, y survit à la mort.

Le temps ! la mort! tous deux m'ont enlevé Philandre ;

Mais sa cendre me reste, et j'aime encor sa cendre.

Elle émeut à-la-fois ma joie et ma pitié :

Une tombe est pour moi lautel de Tamitié;

C'est là que je l'invoque et soupire après l'heure

Qui rejoindra mon être à l'ami que je pleure.

Oui, déesse, à ton culte, à des soins si touchants

Je consacre à jamais et ma lyre et mes chants.

Toi dont l'ambition , dans la route commune , Suit le char fugitif de l'ingrate fortune ; Toi, Lorenzo, sais-tu de quels biens plus réels l'amitié généreuse enrichit les mortels?

Ce couple inséparable, uni par la nature, Le bonheur, la sagesse,... un ami les procure. Sur sa bouche éloquente on puise ses trésors. Comme un plus doux sommeil suit les travaux du corps, Dans un tendre commerce après s'être exercée, L'ame avec plus de fruit médite sa pensée : L'esprit se développe au feu des entretiens.

Le misanthrope obscur, sans amis, sans liens, Qui promène à travers sa froide solitude D'un cœur désoccupé la vague inquiétude, N'ayant autour de lui que des fantômes vains ,

SECONDE NUIT. 107

Laisse errer sans objet ses esprits incertains : Il végète, il s'endort dans sa morne existence. Au fond de la retraite et dans Tindifférence, La pensée, au hasard, prend un aveugle essor : Sans force, sans chaleur, brute, et sauvage encor. Elle parcourt ce vide, imaginaire espace Où la confusion Tégare et Tembarrasse : Elle y roule éperdue, y bondit tour-à-tour, Rampe-, s'élève, tombe, et périt sans retour.

Mais, dans les entretiens, sa fougue ralentie Obéit à des lois et marche assujettie.

Dans une route aisée elle suit la raison. S'arrête sous le frein, vole sous Faiguillon. Tel un jeune coursier, sous la main qui le dresse, Mêle à ses mouvements la grâce et la justesse. Les égards, les devoirs de la société.

Et le désir de plaire, et la rivalité. Tout prête aux entretiens l'intérêt le plus tendre. Le cœur parle à l'esprit, et l'esprit sait Tentendre. Du choc des sentiments et des opinions La vérité jaillit et s'échappe en rayons ; Rayons multipliés qu'elle-même rassemble Au foyer de deux cœurs qui la cherchent ensemble : C'est là qu'elle répand son éclat le plus pur. Si, privé d'un ami, loin d'un commerce sûr. Tu ne peux au-dehors déployer tes pensées. Dans leur germe stérile elles meurent glacées.

io8 LES NUrrS D'YOUNG.

L'amitié les féconde au feu du sentiment, Leur donne la chaleur^ Famé , et le mouvement : Mais lorsque, dans ton sein, solitaires, captives, Un silence orgueilleux les fait languir oisives, C'est un Ibible sillon sur la poussière empreint. Un songe qui s'efface, un flambeau qui s'éteint.

Le Dieu qui de son soufïle a créé la parole, S'il sufKt de penser, nous fit un don frivole. Mais, non; ce son de voix, cet organe enchanteur. Interprête éloquent de l'esprit et du cœur. Lorsqu'au fond du cerveau la raison l'a tracée , Sur les lèvres de l'homme achève la pensée. Là, comme un or brillant, au creuset épuré. De la perfection elle atteint le degré. Cet art ingénieux, l'art charmant du langage L'accommode à nos goûts, la plie à notre usage; Et si la vérité l'embellit de ses traits , Notre ame s'en saisit et l'adopte à jamais.

La science n'est rien dans l'ombre ensevelie : En la communiquant, l'esprit la multiplie. Il en est du savoir ainsi que des trésors. Stériles au-dedans, et féconds au-dehors. Eh! jouit-on des biens que l'on n^ose répandre? Donner, c'est acquérir; enseigner, c'est apprendre. Tel un arbre chargé de verdure et de fruit. Plus riche par son luxe , et donne et reproduit. Combien de vérités qu'un silence funeste

SEœNDE NUIT. 109

Étouiie sous Tamas d'un savoir indigeste, Qu au fond de la retraite un esprit sombre et dur Abandonne aux langueurs de son repos obscur; Qui, par d'heureux débats au jour développées, D'une utile lumière auroient été frappées! C'est ainsi que les flots, l'un par l'autre brisés, S'épurent sous le choc de deux vents opposés; Que la mer agitée en ses grottes profondes Pousse et rejette au loin l'écume de ses ondes; Tandis que le marais , tranquille en ses roseaux , Sur un sol infecté laisse croupir ses eaux.

Âh ! quittons de nos toits l'asile solitaire ! Courons; que d'un ami la raison nous éclaire : Jetons-nous dans ses bras ; cherchons-y le bonheur. Que je plains le mortel et farouche et rêveur Qui , prenant pour vertu l'âpreté de sa bile , Loin des sociétés s'emprisonne et s'exile! La sagesse de l'homme est Fart de vivre heureux. Celle qui n'atteint pas ce terme de nos vœux Est plus folle en effet que ne l'est la folie : Elle en a les travers, sans l'aimable saillie : Le fou de la nature est moins infortuné Qu'un fou dans ses écarts tristement raisonné. Le vrai sage n'a point l'orgueil de la sagesse : Il est homme et sensible; un ami l'intéresse. La nature elle-même éleva les autels Où l'amitié reçoit l'hommage des mortels ;'

110 LES NUITS DYOUNG.

A ce culte sacré son instinct nous appelle. La pente la plus douce et la plus naturelle Vers un cœur qui lattire entraîne notre cœur. Qui ne cède au besoin d y verser son bonheur? Le bonheur n est goûté qu autant qu on le partage. On le prête, on le donne, on jouit davantage. Qu un ingrat en lui-même ose Tenvelopper, Du vide de son ame il le sent échapper; Appauvri dans ses mains , il Ten voit disparoitre : On n est point heureux seul autant qu'on le peut être. Je veux que mon ami soit riche de mes biens, Que ma félicité, mes plaisirs soient les siens. Ëh ! qui, sans un ami, peut se plaire à soi-même? C'est par lui qu'on se platt, et c'est dans lui qu'on s'aime : Nous vivons de son ame, il respire par nous. Quand le plaisir s'arrête au fond d'un cœur jaloux. C'est un feu sans chaleur étouffé sous la cendre; Mais s'il se communique et sort pom* se répandre. Si , du cœur d'un ami vers le mien reflété , A son plus doux prestige il joint la volupté. C'est alors qu'il me brûle et redouble ses flammes : Ah ! nous l'éprouvons tous; le bonheur veut deux âmes.

Mais combien d'un ami le choix est dangereux! Le plus vrai, le plus sûr est l'ami vertueux. Observe ; et la raison te le fera connoître. Loin de toi Tamitié que le vice a fait naître; Dans ses chastes plaisirs l'amitié veut des mœurs.

SEœNDE NUIT. m

Alors qu'on rabandonne à d'impures ardeurs, L'ame se fond, s écoule, et bientôt se resserre; Du feu des passions tel est le caractère : Le cœur, qu'il amollit, reprend sa dureté. La vertu seule émeut la sensibilité ; Son charme la produit, son feu la renouvelle. Qu'il est beau de s'unir et de s'aimer pour elle ! On l'aime, on la cultive, on la cherche à l'envi; L'un par l'autre entraîné, l'un de l'autre suivi. On court dans sa carrière, on se hâte, on s'élance. Noble émulation, heureuse concurrence.

Le plus beau des présents que l'amitié nous fait, Son lien le plus fort, et son plus noble attrait! Par elle deux amis, dans un élan sublime. Des plus hautes vertus vont atteindre la cime : Les cieux sont abaissés sous un vol aussi prompt, Aux célestes parvis tous deux entrent de front; Et l'immortalité , les recevant ensemble, Éternise en son sein le nœud qui les rassemble.

Toi qui de l'amitié recherches la faveur, A ses devoirs sacrés accoutume ton cœur. Sais-tu pourquoi les grands l'éprouvent infidèle? C'est que, par un orgueil humihant pour elle , Ils pensent qu'attedtive à prévenir leurs vœux Elle cède à l'appât d'un souris dédaigneux ; Que, du faste éblouie et par l'or abusée , Elle offre à leurs désirs une victoire aisée.

lia LES NUITS D'YOUNG.

C'est que leur vanité, leur flegme indifférent Reçoit, comme un tribut, Thommage qu on leur rend. Pareils à ces beautés , à ces froides sirènes , , Qui sous des nœuds de flem*s nous présentent des chaînes. De cent pièges cachés ils entourent nos pas, Souples dans la conquête, et conquérants ingrats. Mais leur amorce est vaine, et leurs dons sont frivoles. Oui, riches indigents, insensibles idoles, Au nombre de vos biens si notre amour est mis , Voti*e calcul est faux; vous n avez point d'amis. Est-ce au poids des trésors que Famitié s'achète? Dans quelle illusion ce préjugé vous jette ! Sachez que de l'amour l'amour seul est le prix. On prodigue avec l'or l'insulte et le mépris. Fier mortel ! aime^moi, si tu veux que je t'aime : Tu me veux pour ami ; sois mon ami toi-même : Voilà notre traité, c'est celui de l'honneur; Tu n'es que mon égal , et mon cœur vaut ton cœur. Apprends que l'amitié, si tes soins l'ont trouvée, Est, par les mêmes soins, acquise et conservée. Une ombre, une vapeur obscurcit ses beaux jours; Un souffle l'inquiète, et la ti*ouble en son cours : Le soupçon l'avilit, la réserve la blesse : Sa sensibilité fieût sa déhcatesse.»

Connois donc le mortel qui recevra ta foi : Délibère avec lui , délibère avec toi.

Approfondis son être, examine, apprécie :

SECONDE NUIT. ii3

Crains Fédat séduisant de la superficie. Souvent un beau dehors est le masque du cœur : Sonde tous les replis, choisis avec lenteur; Mais , ton choix est-il &it? bannis Finquiétude. Non ; plus de crainte alors et plus d'incertitude : Que ta main serre en paix le nœud qu elle a formé : Sois tout à ton ami , dès que tu Fas nonmié. Sans cette confiance aveugle, abandonnée, Ton ame est-elle heureuse et s est-elle donnée? Ah! si quelque péril suit tes nouveaux liens, Qu'importe? il est payé par le plus grand des biens, a Non , non ; le sort des rois ne pourroit me séduire. a Moi, j'envierois la pompe et Fédat de leur cour? « Le cœur de mon ami vaut lui seul un empire ; « Et, monarque adoré, je régne par Famour ! »

Aux jours de mon bonheur ainsi chantoit Philandre Sa lyre , à mes côtés , rendoit un son plus tendre. Combien de fois ma vue échaufia ses esprits ! De pampres et de fleurs couronné par les ris , Combien de fois vint-il, plein de joie et d'ivresse, M'ofifirir dans nos festins la coupe enchanteresse ! Ah ! je croyois la boire à la table des dieux ! Le firont calme et les bras étendus vers les cieux, Philandre, ton ami prioit les destinées De filer en or pur tes nombreuses années. Vains souhaits!... Cependant, par tes mains présenté, Le nectar dans mes sens portoit la volupté.

Ah 1 ramidé sims d^ute^e^ cdui àe la m!

C est toi qm le 'versois dans mon ame raTÔe. Philandre , chaque jour il^evencôit phis dooK^ Trois lustres éooulésdWoietiIflEiÛFi^our nous. Ce n'est 'que ^par 4e 4emps qii'il s'épune 'et fermente : On se trompe aux 'douceurs d'une «mîtiéaunsBante* Depuis quinze ans... (aiers je ne les comptas pas) Mon mathenreuK'ami m'eBivrok'dans «es)faras.

Oà TetFotrver jamais etqni pourm me treandre Le naturel heoreux , la-^ita de f^nlaindreP Son^cœur vrai méeonnutTimpesttxre^et ie£ud : La bonté se peignoh dans son -tendre regavd: Sa boudheavec csmdeur'dépIoyditle'SQtirire. Épanché'près de moi dans un libve^déiipe, De toutes ses vertus il venoit an'eaflamuer : Il m-énorgueiUissoit du bonheur de Faimer. Jouissance siichère et toujours regrettée, Félicité céleste, ô 'toi 'que j'ai goûtée! Cen estfidt, tes pkôsirs sont à jamais 'pendns : Tu n'es plus dans un inonde où Hnlandoe m'est plus.

Philandre 1 si mcai ame, au désespoir onveiîte, Avec tropd-amei^tume aTessenti ta perte.

Vois le "vide où^e suis, et pardonne «u malheur : L'égarement, l'excès «convient à ma douleur. Il est mort!«..iGe mot seulaccableiet déoouiage : Je l'aimois, je le pleure, ietd'aime.davantage. Non ; je ne l'ai connu qu'au i)ie]:d>de:808i)tombeau :

SECONDE NDIT. m 5

C'est en prjâuuii son toI vers un mpule notcveau.

Que son ame ^ et de gloirie et d'édat «itopirée.

Dans toute sa noblesse à mes yeux s est montrée,

Image encor présente à mes sens abattais 1

Je ne voyois plus l'homme et Foyoîs ses venbis.

Ah ! s'il m ayoit laissé le feu 46 son génie,

Avec quelle chaleur, avec quelle énergie.

Je le peindrais frappé d'un coup inaittendu ,

Dbqhs les hras de la mort sans faiblesse éteqdu ,

Tranquille snr Tarrét que ce monstre exécute.

De scmêlare détruit ennoblissait la>cbnte'!

Tel e«t le sage ; il meurt comme u^ beau jour séteiatit.

Ce tableau coiisol^cit , nul mortel ne la peint :

Nul n!a xwp^ésanté d^une toudie baidîe

L'honnête homme exhalant ie souffie de sa une.

L'art est foîlde fit borné dans nos dnùdes maôns ;

Cest à ces pujrs esprits, protecteurs des humains.

Ministres immoritels du Dieu qui les anvae,

De peindre à nos regsuds .ce spectacle sublime.

Ils l'ont vu ; l'homme ^iiste exfiÂre âous leurs iyeux.

Les palmes à la main, triomphants, ^orieux,

Us .entourcsnt le Àk.de la v^ertu mourante :

A ce poste d'honneur ils restent dans llattenle ;

Us contemplent ce corps , .qui, pcét à ^'assoupir.

Va s'éteindre à jamais dans un dernier soupir.

Mais moi, triste mortel, qui n'ai que mad^dresse,

Piiis-je à cette hauteur élever m^ fibiUesse?

da^

ii6 LES NUITS D'YOUNG.

Ah! cependant, &ut-il qu'en un honteux oubli

L éclat du plus beau nom périsse enseveli?

Ciel! au fond de mon cœur quel cri se fait entendre?

Ce cri, ce cri touchant, c'est la voix de Philandre :

Lui-même dans mes mains vient mettre les crayons :

Lui-même les conduit , ... il ordonne ,. . . essayons.

Dieux! comment soutenir ces images funèbres?

Environné soudain d'efiroyables ténèbres,

Je crois , saisi de crainte et frémissant d'horreur,

D'une obscure forêt traverser lepaisseur ;

Ou, d'un vieux édifice observant les décombres,

Sous sa voûte lugubre errer parmi les ombres ;

Ou, par de noirs sentiers chez les morts descendu.

Dans mille afireux détours embarrassé , perdu ,

Marchant à la lueur des lampes funéraires ,

Parcourir ces caveaux, ces tombes soUtaires,

Ces vastes souterrains , muets , inhabités ,

Où les rois, sans grandeur, cessent d'être flattés.

Raflfermissons mon ame ! . . . achevons ce que j'ose.

Voici le sanctuaire où Philandre repose :

Plein d'unsombrerespect, j'entre;... ôtrouble!... ô terreur!

Que vois-je ?. . . un lit de mort ! . . . non ; le Ut de l'honneur.

Lâche et trop foible ami, reviens de ta surprise :

Un souffle a détruit Fhonmie; un Dieu l'immortaHse.

Regarde ! le vaincu va recevoir le prix.

Vous, proÊines, fuyez ces augustes lambris; Fuyez ! vos pas impurs souilleroient cet asile.

SEœNDE NUIT. 117

L enceinte où la vertu , recueillie et tranquille ,

Va consommer ses jours, ses destins glorieux,

Est un temple sacré qui s ouvre sur les cieux.

Ici la vérité, triomphante et Vengée,

Des ombres du mensonge est enfin dégagée;

Hors de son enveloppe ici le cœur est nu ;

Ici le masque tombe et le fourbe est connu.

Déchiré par le temps le voile se sépare;

Sur les bords du tombeau la vertu se déclare;

Lia modeste vertu sort de Fobscurité.

Les héros de la gloire et de la vanité,

Au moment de franchir ce pénible passage,

Empruntent de Forgueil un reste de courage :

Mais en vain ; déjà morte avant le coup mortel ,

La victime palpite et tremble sur lautel.

A ces lâches terreurs la vertu seule échappe;

Son héros s'agrandit sous la main qui le frappe :

Il souffre ; mais Fhorreur des maux les plus affreux

Laisse encor sur son front des traits majestueux.

Avec quelle rigueur la mort triûta Philandre !

Gomme au midi de Fâge elle vint le surprendre I

Je le vois, dans sa fleur, tout-à-coup desséché,

Aux objets les plus chers sans retour arraché,

L'ame ouverte aux regrets j fermée à Tespérance,

Dénouant le tissu de sa foible existence ;

Dévoré , consumé, son être se dissout.

Le glaive est dans son cœur, la douleur est par-tout :

ii8 LES NUITS D'TOUHG.

Nul relâche; les maut s'accamtilent^ se pressent; Les ressorts sont brisés, les organes s*a£6ûsseiit. Dieux l que rois-je?... la peur qui suit Tépuisementl L'honune qui s'épouTante à son dernier moment! Un abyme inconmi qui soudain se découvre! Un soleil qui s^efibce! une tombe qui s ouvre! Une voix éteinte... uii... è nidrt! 6 dés^poir ! Ah! comment Texprimer? coiùment le concevoir? Un soupir^.. O'en est fkitJ F^me fuit et s'élance; Soupir affreux, sUrn d'Un éteiHel silencel

Ce sacrifice horrible, effrayant j;.. je Vai vU. Philandre ! mon aitii ! . . . Malheureul , qiie dis-tu ? Ces terreurs de la mort , oeâ regrets dé ki vie , Ces touHnents redoublés que 1 effroi multiplie, Tous ces maux, où sont-ils? que sont-ils devenus? Tu parlois d un mortel ; Philandre ne Test plus !

La doulëuir n'a dompté que la foiUe nature ; Sur ce front pâlissant, que la mort défigure ^ Quels rayons se tnétbient aux ombres du trépas ! Quel calme daHs Ite oho6 de ces affreux coinbats ! Inaccessible au ttVmble ^ et sûr de la victoire^ Philandre anticîpoit son triomphe et sa gl<Mre. Qu*imp&lt» qu^à ses yeux k terre offre Un tombeau? Il est né pour lé ciel ; le ciel fut son berceau. Dans les bras de la mort FÉternèl le couWinne : De la divinité la splendem^ Tenviroone.

Est-ce là ce roseau par Forage abattu?

SBCCMSDK NUIT. iig

Philandffe «wis laisaoit^ nous léguoit sa vertu.

En quittant ce cœur pur, elle quittoit son, tenapW:

D un CQuvage tranquille il imnuis éonuoit Xe^wmfX^^

Qu il tint à Tami^ dies diacottr9 oan^Qkn^s \

Oh ! comme autour de lui nos cœmf^^UHent bvûjbtWts !

Immobiles^ surpris , ^% rangés en sUencie »

Péné tréa de ses maunL» fraj^si ^ 3a ^msim^i^ «

Nos espritaadaôroienly nos yeu?i vefSQiem4#« ^Wi^-

Hélas ! nous con&ndîoQs lia joi^ et Ws fkiule ws V

Je ne sais quel pbidir adMieiasoitoiM Iwm^^!

Philandre à la mort même avoit prêté des charmes.

Elle vient» il la voit; cest elle!... c est la mort!...

Grand , mais d^une grandeur sans faste et sans effort »

Victime volontaire , il rendra la nature

Ce qu'il a reçu d'elle, une ame noble et pure;

Et, sorti d'un combat qui le mène au repos ,

Content de ses destins , il expire en héros.

A l'heure où le soleil, plus rapide en sa fuite, Penché vers Thorison, tombe et se précipite; A cette heure incertaine, où la nuit qui descend Comme un voile léger se déploie et s'étend. Pendant que les vallons, déjà tristes et sombres, Se couvrent de rosée, et de vapeurs, et d^ombres. Sur la cime des monts, au faite d'une tour On voit encor briller les derniers feux du jour : Ainsi , lorsque la mort au miUeu des ténèbres S apprête à consommer ses mystères funèbres;

Tandis que le vulgaire, au trouble abandonné, Dans le deuil et les pleurs baisse un front consterné, Philandre éblouissant de gloire et de lumière, Plus calme, plus tranquille au bout de sa carrière, Maître de son courage et maître de son sort, S'élevoit au-dessus des ombres de la mort. Sur son auguste front Fespérance étincelle : Il trouve dans sa chute une grandeur nouvelle; Et, s'élançant au sein de la Divinité, Vole en triomphateur à Timmortalité.

POEME

Ce peuple enorgueilli de Tempire des mers .

Qui divise l'Europe et trouble lunivers,

L'Ânglois se croit-il donc le souverain du monde?

Eh! quel est le triomphe où son orgueil se fonde?

Voit-on ses pavillons arborés dans nos ports?

Je ne vois que son sang qui fîune sur nos bords.

Que, de F Américain possédant les contrées,

Il ferme à nos vaisseaux les mers hyperborées ;

Que, de For du bramine usurpateur jaloux,

Aux rivages du Gange il Femporte sur nous :

Croit-il nous étonner pai* ce foible avantage?

Rome n a point tremblé des succès de Carthage.

Quand Louis désira que Funivers calmé I Vit enfin de Janus le temple refermé ,

' Ce n'est point d'une main suppliante et ci^aintive

Qu'aux bords de la Tamise il fit porter FoUve :

Il n'a déshonoré ni son rang, ni son cœur.

Sans paroltre vaincu, sans se croire vainqueur.

Ce monarque vouloit qu on mit dans la balance Les droits, de f ABgl^aCerne et les* droks de k Rrance ; Qu'au gré de Téquilibre et de Fégalite , Les deux peuples rivaux signassent le traité. Sans doute , il étoit loia d'employer lartifice ; Et la paix devenoit le fruit de sa justice : Mais puisqu'on veut la vendre et nous donner la loi, Il la voulue en père, il la refuse en roi. ^ ^ Stanley, toi qui portas ce refus à ton maître.

Que Londres par ta bouche apprenne à nous connoitre. Du commerce étranger nous fermant les canaux, Londres se proniettoit des triomphes nouveaux : Elle a cru que, pressés du fardeau des subsides, Nous allions à ses fers tendre des mains timides : Dis-lui, Stanley, dis-loi que le ctthivatetir Sème en paix les trésors qui font notre grandeur; Que la main qui fëconde et moissonne la terre Est prête, s^rl le faut, à hii porter la guerre. Dis-lui que le François est encore aujomrd'hui Ce qu il fut dans des temps où Ton trembloit pour lui. Le dernier de nos rois , après trente ans de gloire, Vit loin de ses drapeaux s^envoler la victoire; Mais intrépide et fier sur son trône ébranté : « Non , dit-il , mon malheur n est point encor comblé. « J'appellerai mon peuple; unis par leur courage, « Le père et les enfieuits iront braver l'orage. »

fOEME. 123

Que son auguste fils élève aussi la vcôx : Sur les mêmes sujets il a les mêmes droits. A des abaissements pensiez-vous le contraindra? Nous laimons ; il peut tout : c est à tous de le craindre.

Mais pesons nos vertus et comparons nos mœnrs. Vous, fiers républicains, vous, superbes vainqueurs. Qui, couvrant de vaisseaux la surface de Fonde, Rassemblez danâ vos tnilrs les richesses du monde. Quoi! pour armer vos bras, pour ouvrir vos trésors. Il feut donc que la coui*, par de secrets ressorts, A travers Vos débats, vos lenteurs importunes, Captive le suffrage et les voix des communes? Cependant ces François , que votre orgueil jaloux A privés d^un commerce interrompu par vous, Qui ne vont plus chercher, aux deux bouts de la terre, L or que vous ravissez par une injuste guerre ; On les voit ces François, ces zélés citoyens, Prodiguer à leur prince et leur sang et leurs biens : On porte au pied du trône un tribut volotittirè ; Et Paris a donné quand Londres délibère.

Ce luxe à nos climats reproché tant de fois> La pompe de la cour, le faste dé tiod rois, Ces Vases, ces métaux qu'étale TopuleUce, Ces chefe-d'œiivre des arts , doAt s'embellit la France , On a vu hbtre zèle en immoler Técl^t A la gloire des lis , au Soutien de letat.

Les sujets du monarque imitoient les exemples : Du sein de leurs palais et du fond de leurs temples, Les prélats et les grands envoyoient à leur roi Ces dons de leur amour, ces gages de leur foi; Et le pauvre , sensible à la gloire commune , Pour la première fois pleura son infortune : Malheureux seulement, sous ses toits ruinés» De ne posséder pas des biens qu'il eût donnés !

Toi, le maître et Fami d'un peuple qui t adore, Louis , quel noble espoir doit t'animer encore ! Une plus belle ardeur embrase nos esprits : L audacieux Anglois, trop fier de nos débris. Contemplant de nos ports Fenceinte abandonnée, Croit déjà voir la France à ses pieds enchaînée; Il croit que désormais, sur Fempire des eaux. Lui seul fera tonner Fairain de ses vaisseaux; Qu aux éclats de sa foudre, ou foibles ou captives, Nos flottes n'oseront s'éloigner de leurs rives. Que dis-je? à son orgueil, tant de fois démenti, Le pavillon françois semble être anéanti; Et Fafifreux léopard, respirant les ravages , Déjà gronde et rugit autour de nos rivages.

Cependant quel génie ou quels puissants efforts Rouvrent nos arsenaux et repeuplent nos ports ? Déjà dans les chantiers de la France indignée. J'entends gémir au loin la scie et la coignée :

POEME. laS

Ces chênes et ces pins qui bra voient dans les airs Et la fureur des vents et le froid des hivers , Qui, touchant de leur cime à la voûte du monde, Plongeoient jusqu'aux enfers leur racine profonde; Ces colosses du nord par la terre en&ntés, Sur un autre élément tout-à-coup transportés, Fendent le sein des mers ; et les vagues dociles S'abaissent sous le poids de ces châteaux mobiles.

Quelles mains à Fétat ont donné ces secours? G est vous , mortels heureux , mais enviés toujours , Vous , que de noirs crayons peignent dans Fabondance , Vous abreuvant des pleurs versés par Findigence. C'est vous, ministres saints, pontifes révérés. De Fautel et du trône appuis chers et sacrés. CTest toi, vaste cité, qui, fidèle à tes princes. Dans les temps malheureux sers d'exemple aux provinces : Tu ranimes leur zélé; et les fleuves françois, Unis par leur amour, rivaux par leurs bienfisûts , Vont porter, en roulant leurs ondes fortunées, De plus nobles tributs aux deux mers étonnées.

Généreux citoyens, que ne puis-je en ces vers, A la postérité tracer vos noms divers ! Je laisse à nos héros, je laisse à la victoire , Le soin de les inscrire aux fastes de la gloire. Qu'ils doivent leur splendeur aux succès des guerriers ! Que le lis refleurisse à côté des lauriers !

136 LE PAÎÏIIOTISME,

Enfants de Mars, comblez une aUente ci l^eDe : Oui, c est à la valeur à cc^roiioer le eèle. Partez', nouveaux Jasons ; et , traversant les flo.ts, Allez venger la Grèce, allez punir Golchos. Pour ravir la toison par un monstre gardée. Vous n aurez pas Fappui des obiarmes de Médée : Il faut du léopt^rd affronltçr le Qougrrpux ; Il faut, sans lassoiapir, TmbattiBe souç VQS c<MAp$. Alleiz ; et que hieojlât nos m^ns ;recpnn4>iss9.|ites Paisdeii(t<orner de fleurs vos poupes trioiapli^ntes..

De l'bmpire des lis » tQi , ministre édfûréj, Du vaisseau de Tétat le pilote assuré.

Sage Ghoiseul , poursuis , e^rs toi» n^^M^e .«^ la Fraiice. J'ignore quels .desseins OQcupenwt .ta piwlcfH^;/s ; Ma muse n'ii!a point, par lun zèle indiscret^ Du «cabinet des rois péné^er le secret; Mais à tes soins actifs la politique u^ie., Les vertus de ton .cœur, le feu ^ U)fx g^ie, L'astre prédominant de tes heu^e^ux desûp^j Tout annonce aujourd'hui des triomphas ceri^^j^. C'^st par xon entremise , e.t so.us ^lOVi iininistère , Que vont marcher .unis les François et ribèjQe. Ils naissent , ces beaux jours , ces jours .trop c^ttendus , Où l'aïeul des Bourbons dit.qulon ne verroit plus Entre l'Espagne ^tjuoUiS les mw%^ de^ Pyrténéesi Où les deux nations J'unç.à lauiti^ endlifd^^^

POEME. 127

Dans un même intérêt confondant tous leurs vœux , Du sang et de Famour resserreroient les nœuds. Puisse enfin la Tamise, après ces temps d'orage, Entrer dans les traités de la Seine et du Tage ! Puissé-je voir tes soins consacrés par la paix; Et Funivers heureux jouir de tes bien&its !

A M. DUHAMEL

DE DENAINVILLIERS.

ForCnaate aeaex, of^o tua rnra manebont.

Fiif., tel. 1.

AVERTISSEMENT

Le retour du priatemps est la seule considération qui me détermine à publier cette épitre. Elle tient à des circonstances particulières qui, peu connues , affoibliront peut-être l'effet de quelques détails; cependant, comme elle renferme des peintures assez naïves de la vie, des moeurs, et des occupations de la campa^e , je ne la crois pas sans une sorte d'intérêt. Dans ce moment où Ton quitte le faste et l'ennui de la ville pour aller jouir audehors du spectacle de la nature rajeunie, je crois que des ima^^es dessinées avec soin, d'après ce modèle, pourront présenter quelque agrément. D'un autre côté, si je parviens à émouvoir mes compatriotes en faveur de cette classe laborieuse de citoyens qui cultive la terre sans partager avec nous la jouissance de ses productions; si, dis-je, j'attendris pour elle ces âmes compatissantes dont il ne faut que réveiller la sensibilité pour les exciter à la bienfaisance, je me féliciterai d'avoir donné cet ouvrage, et mon cœur s'enorgueillira du bien qu'il aura pu produire.

Les douceurs de la retraite, les charmes de la campagne, cette mélancolie douce qui succède aux agitations d'une vie tumultueuse , cette profondeur de sentiment que l'on doit au calme de son ame, enfin des plaisirs purs et tranquilles m'inspirèrent autrefois le projet de cette

i32 AVERTISSEMENT.

épitre. Je l'exécutai, il y a dix ans, près du modèle, et, si je puis m'cxprimer ainsi, sous les yeux de la nature. Cette date n'est pas inutile à fixer; car il a paru depuis des poésies de la même couleur et du même ton : ag^réables au public, elles jouissent d^un succès aussi flatteur que mérité. Si Tépoque de mon ouvrage n'étoit point connue, je craindrois quW ne me soupçonnât d'affectation de concurrence, ou de plag^iat. Je m'embarrasse peu que les mëcbants le disent sans le croire; mais il m'importe que les personnes qui pourroient le présumer sans le dire soient détrompées. Il sera facile d'éclaircir et de constater cette date par le témoignage des personnes dont les noms sont employés dans cette épitre : ce seroit donc par pure rencontre que les images que j'ai choisies au* roient quelque ressemblance avec celles qu'on a déjà mises sous les yeux du public. Le genre bucolique est nécessairement borné dans ses descriptions : les mêmes objets y reviennent sans cesse sous le pinceau ; et ce n'est que le coloris, la composition des groupes, leur enchaînement, et leur cadre, qui peuvent y jeter quelque variété. Si je ne présente ici que des vérités communes et des ima* ges déjà employées, c'est que je pense qu'on ne peut trop repeter des vérités utiles, ni trop souvent offrir des tableaux toujours agréables et toujours intéressants ^ quand la maladresse de l'artiste n'en détruit pas la grâce et la fraîcheur.

Cependant, si cette épitre ne renfermoit que des peintures champêtres et des scènes purement pastorales, je compterois peu sur sa réussite; car notre langue est médiocrement pittoresque, et le genre descriptif y a peu d'à-

AVERTISSEMENT. i33

vautage. S'il in^étoit permis d'espérer quelque succès, je l'attendrois des sentiments d'humanité et de bienfaisance que j'ai développés et fondus dans les détails de cet ouvrage. Cette espèce de philosophie rurale et pratique ne manque jamais son effet sur les cœurs sensibles; et, mal- Qré la corruption de nos mœurs , il en est encore quelques uns. Les grands et les riches , qui au -milieu de la capitale ne sont que personnels et durs, perdent leur égoïsme et l'aridité de leur cœur lorsqu'ils habitent leurs châteaux. Ne rabaissons point, ne dénaturons point les actions honnêtes, en les imputant a des motifs d'amourpropre et de hauteur. En général, on fait aujourd'hui le bien dans ses terres; c'est là qu'on redevient homme, et qu'on descend de l'élévation idéale d'où l'on ne voyoit plus ses semblables et ses égaux ; c'est là que le spectacle de l'indigence et des travaux de nos cultivateurs ouvre nos âmes à cette pitié généreuse qui console les infortunés , et va au-devant de leurs besoins. Cette métamorphose subite est très naturelle et très simple. Tous ces intérêts de l'orgueil, toutes ces inquiétudes de l'ambition, ce goût effréné du faste et des plaisirs, nos intrigues, nos folies, nos erreurs, tout ce qui pèse sur nous dans le séjour de la ville; rien de tout cela ne nous suit à la campagne. On s'y livre sans réserve à Fabandon de soi-même, à l'oubli de ses prétentions, aux douceurs de la tranquillité ; et l'on fait des heureux par le désir de l'être. Voilà ce que j'ai vu mille fois avec attendrissement , et ce que j'aurois voulu peindre avec plus de chaleur et d'énergie. Je croirois encore un autre mérite à cette légère production, si je lie dcvois pas attendre le jugement du pu-

i34 AVERTISSEMENT.

blic pour former et déterminer le mien. Il y a quelques vers techniques, que j^ai tort peuirétre de croire bien faits par le travail et les soins qu^ils m'ont coûtés. Ces vers, toujours difficiles , mais pour l'ordinaire peu brillants, sont le plus souvent perdus pour la (jloirc de l'auteur : le mérite de la difficulté vaincue n'est senti, dans tous les arts, que par les connoisseurs. La classe la plus nombreuse du public s'arrête plus volontiers sur les détaib de pur agrément, qu'on a coloriés avec moins de peine et d'étude. Mais passons à un intérêt plus pressant pour moi, qui est de faire connoitre les personnes dont il est parlé dans cette épître.

M. Duhamel du Monceau , de l'académie des sciences , est trop célèbre par ses ouvrages pour que j'aie à mettre mes lecteurs au fait des places qu'il occupe et des objets sur lesquels je le loue. Cet ouvrage est plus particulièrement adressé à M. Duhamel de Denainvilliers, son frère. Celui-ci, moins connu, mais également fait pour l'être par ses qualités et l'étendue de ses lumières, vit isolé dans une terre située sur les confins du Gâtinois. Cest là qu'il s'occupe journellement des expériences nécessaires aux travaux de l'académicien. Il a naturalisé, dans son parc, une foule d'arbres et d'arbustes étrangers, que l'on a vus depuis se multiplier dans nos plantations françoises, sur nos routes, et dans nos avenues. On voit encore dans ses serres une suite nombreuse de plantes les plus rares et qui piquent le plus la ciuriosité. La chimie, l'astronomie, l'agriculture, l'histoire naturelle, enfin toutes les parties de la physique sont les objets de ses observations. Mais ces travaux ne prennent rien sur le soin du bon-

AVERTISSEMENT. i35

heur de ses paysans et de ses vassaux ; il est leur juge, leur protecteur, leur ami, et leur père : on ne peut réunir àla-fois plus de connoissances et de vertus. Les personnes qui Font vu de près et dans son intimité attesteront que je n'ai point surchargé son éloge : il est le modèle exact du sage que j'ai voulu peindre. C'est sans son aveu que je donne au puhlic cette épitre : sa modestie s^ seroit opposée; et j'ai passé sur cette formahté, peut-être nécessaire, par un motif que les honnêtes gens approuveront. Depuis quelques années on a répandu beaucoup de fleurs sur les tombeaux des honunes illustres ou bienfaisants qui ont honoré la nation et servi l'humanité : il faut aussi attacher quelques guirlandes aux portes des personnes vertueuses qui vivent parmi nous , et accoutumer les hommes, s'il est possible, à rendre justice à leurs contemporains.

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A M. DUHAMEL

DE DENAINVILLIERS.

^ Solitaire vallon où , parmi les roseaux , L'Essonne lentement laisse couler ses eaux, Enfin je te revois; et tes rives fleuries Vont m'inspirer encor d'utiles rêveries !

Au milieu du tumulte et du bruit des cités , Mes esprits , loin de moi dans le vague emportés , Dociles aux désirs d'une foule insensée, A Fintérét de plaire immoloient ma pensée. Dans ces soupers où Fart le plus voluptueux Aiguillonne nos sens et nos goûts dédaigneux, Où d'une main, pour nous toujours enchanteresse, Hébé verse en riant le nectar et Tivresse, Quel mortel, insensible au charme du poison, D'un philtre si flatteur peut sauver sa raison? L'Anglois, le seul Anglois, instruit dans l'art de vivre, Pense et raisonne encore au moment qu'il s'enivre : Le coude sur la table appuyé gravement.

L'esprit préoccupé d'un bill du parlement, Il contemple sa coupe en silence vidée; Et, plein de ses vapeurs, il creuse son idée.

Mais nous , peuple frivole , et qui , dans nos plaisirs , Sommes plus emportés , avec moins de désirs ; Qui, le cœur toujours vide et la tète exaltée, Ne cherchons que le bruit d'une joie affectée. Nous goûtons le bonheur sans Féconomiser ; Et notre art d'en jouir est l'art d'en abuser. Des boudoirs, des sofas les intrigues secrètes. L'anecdote du jour, l'histoire des toilettes. Les jeux d'un vil bouffon, des brochures, des riens , Voilà les grands objets de tous nos entretiens! Lorsqu'enfin, terminant de si douces orgies. Le rayon du matin fait pâlir les bougies, Nos convives légers remontent dans leurs chars. De ces fous si brillants les rapides écarts Ont, sur le goût, les mœurs , et les modes nouvelles, Lancé du bel esprit les froides étincelles : Mais , d'un objet utile occupant sa raison , Un seul d'entre eux, un seul a-t-il réfléchi?... Non.

J'ai suivi trop long-temps ce tourbillon rapide : A travers son éclat, j'en ai connu le vide; Et, de Rome échappé , je reviens dans Tibur Respirer les parfums d'un aii* tranquille et pur : Je parcom^s, plus heureux, ces routes isolées. Si je suis les détours que forment ces vallées ,

A M. DUHAMEL. iSg

J'aime à voir le zéphyr agiter dans les eaux Les replis ondoyants des joncs et des roseaux ; Et ces saules vieillis, dans leur mourante écorce, Pousser encor des jets pleins de sève et de force. Ici tout mi'intéresse et plaît à mes regards : Sur les bords du ruisseau, cent papillons épars, Avant que mes esprits démêlent Fimposture, Me paroissent des fleurs que soutient la verdure. Déjà ma main séduite est prête à les cueillir ; Mais, alarmé du bruit, plus prompt que le zéphyr, L'insecte, tout-à-coup détaché de la tige. S'enfuit... et c'est encore une fleur qui voltige. Les arbres, le rivage, et la voûte des cieux. Dans le cristal des eaux se peignent à mes yeux : Chaque objet s'y répète ; et l'onde qui vacille Balance dans son sein cette image mobile.

Tandis que du tableau je demeure jBrappé, Soudain, vers l'horizon, le ciel enveloppé Roule un nuage sombre ; et déjà le tonnerre De ses flèches de feu le sillonne et l'éclairé : Mais un vaste intei'Vîdle en absorbe le bruit. La tempête, semblable aux ombres de la nuit, Dans le calme imposant du plus profond silence , Monte, se développe, et lentement s'avance. La nature frémit dans un muet effroi : L air immobile et lourd s'appesantit sur moi. Tout-à-coup il mminure; un tourbillon de poudre

1 4o ÉPITRE

S'élève vers la nue où retentit la foudre ; La terre au loin mugit sous ses coups répétés , Et réclair étincelle à traits précipités ; Les cieux grondent; les vents sifflent; l'urne céleste Menace le vallon d un déluge fiineste; Et du haut des rochers d'un cours impétueux Tombent avec fracas cent torrents écumeux : Les oiseaux y que par-tout environne l'orage, Voltigent, incertains, de feuillage en feuillage; Et le pâtre éperdu, rassemblant son troupeau , A travers les guérets regagne le hameau. Moi-même, qui me trouble en voyant la tempête Comme un vautour affreux s'élancer sur ma tête, Je monte la colUne... un abri m'est offert; C'est le château d'un sage aux malheureux ouvert : Duhamel, c'est le tien. Je suis tes avenues : Ébranlés par le poids de leurs têtes chenues , Tes ormes, sous le choc de deux vents opposés, Embarrassent mes pas de leurs rameaux brisés. A ce désordre, au bruit, aux éclats du tonnerre, On diroit que les cieux s'écroulent sur la terre. Par l'orage effrayé, j'en admire l'horreur : Le philosophe observe, et l'homme seul a peur. J'arrive; un important, couvert de ta livrée, Ne me fait point chez toi solliciter l'entrée : De ta porte à son aise on peut franchir le seuil. Cerbère caressant et de facile accueil ,

A M. DUHAMEL. 141

Ton chien, sans m obliger d attendre une réponse, Court au-devant de moi, bondit, jappe, et m annonce.

Si jadis tes aïeux parèrent ta maison Des bizarres beautés d'un gothique écusson, Dans tes jardins par-tout je vois que ton génie L'orna plus sagement des travaux d'Uranie. Ici , sur un pivot vers le nord entraîné, L aimant cherche à mes yeux son point déterminé : Là de lantique Hermès le minéral fluide S eléve au gré de Fair plus sec ou plus humide; Ici par la liqueur un tube coloré De la température indique le degré :

Là, du haut de tes toits, incliné vers la terre, Un long fil électrique écarte le tonnerre. Plus loin la cucurbite, à Taide du fourneau. De légères vapeurs mouille son chapiteau : Le régne végétal, analysé par elle. Offre à Fceil curieux tous les sucs qu il recèle; Et plus haut je vois Tombre, errante sur un mur. Faire marcher le temps d un pas égal et sûr.

C'est là que les saisons , les mois , et les années, S'écoulent sous tes yeux en heures fortunées. Eh ! quelle heure du jour pourrois-tu regretter? Par autant de bienfaits on te les voit compter. L'ami de tes vassaux, et leur juge, et leur père, De leur humble cabane écartant la misère, Nouveau Titus , assis sur un trône de fleurs ,

i42 ÉPITRE

Citoyen couronné, tu régnes sur les cœurs.

Le temps fuit, de son vol le passage s'efïace ;

Tes monuments divers en ont fixé ]a trace :

L'employer comme toi, c est savoir Tarréter.

Tu sais que ce tilleul que tu viens de planter

(Ne dût-il rien souffrir des vents et des orages) ,

N'en périra pas moins dans le torrent des âges.

Duhamel, ces cyprès que tes mains ont semés.

D'abord froids embryons dans la pulpe enfermés,

Attendirent le jour où tu verrois leur germe

Sortir, développé, du sol qui les renferme :

Tu les vois aujourd'hui ces superbes cyprès.

En lustres élevés, décorer tes bosquets.

Mais le temps quelque jour, par un autre prodige.

Viendra déraciner et dépouiller leur tige.

Eh! combien, dont l'ombrage entouroit les tombeaux.

Sur la cendre des morts ont perdu leurs rameaux!

De nos tristes destins tel est l'ordre suprême;

Tout périt ici-bas, tout... le tombeau lui-même.

Mais le sage, qui pense et calcule le temps , En sait mettre à profit les rapides instants. Tandis que les humains, jouets de la folie. Laissent évanouir le rêve de la vie, Le philosophe, actif sans être dissipé.

Utile à son semblable et de l'honmie occupe. Par ses travaux divers , ses soins , sa bienfaisance , Réalise le songe, et sent son existence.

A M. DUHAMEL. i43

Il a tout observé, tout pesé, tout connu : Le terme arrive, il meurt; mais lui seul a vécu. Que dis-je! il ne meurt point; il survit à luirméme; Dans le bien qu il a fait sa postérité Faime.

G est ainsi, Duhamel, qu aux jours de Favenir Tes neveux fortunés, pleins de ton souvenir, Sans aller te pleurer au pied dW mausolée, S'imagineront voir ton ombre consolée Errer dans ces bosquets, sous ces arbres chéris, Que tes mains ont plantés, que la terre a nourris. Déjà n entends-tu pas, au sein de tes domaines. Ce peuple , qui cultive et féconde tes plaines , Tranquille sous les toits que tu viens d achever. Bénir le bienfaiteur qui les fit élever? Là sa femme, ses fils , sa fiunille qu'il aime , Ses utiles troupeaux, ses valets, et lui-même. Sous un abri commode ont trouvé, par tes soins , Ce qu^il faut au bonheur, ce qui manque aux besoins. Qu'il est doux de jouir des fruits de sa sagesse! Le pauvre, soulagé du fardeau qui Foppresse, En s'occupant pour toi, trouve en toi des secours, Et d'un pain légitime alimente ses jours. Ici son bras nerveux ébranle et déracine Des rocs, qu'il fait rouler du haut de la colline : Là, plus industrieux, sous les coups du marteau , Il dégrossit le bloc, qu'il finit au ciseau. Pour recevoir de Fair les douces influences ,

i44 ÉPITRE

Il creuse ici le sol à d égales distances;

£t dans cette avenue y au retour du bélier.

Tu lui feras planter Forme et le peuplier.

Lorsqu enfin y vers le soir, sa tàcli^ est terminée,

Revenant à pas lents, chargé de Sflf;g3|lgnée,

Harassé du travail , noirci des feux du jour,

Le front baissé, Fœil morne, il rentre dans ta cour,

De ta main bien£adsante il reçoit son salaire :

Le malheureux sourit, et va dans sa chaumière

Offrir d'un air content à sa chère moitié

Un pain qui lui manquent, qu'il doit à ta pitié. V

Sage DenainviUiers, jouis long-temps encore Du nom de bienfidteur, de ce nom qui t'honore ! ' Dans Paris , où Torgueil de nos vains préjugés Donne aux grands des flatteurs et de vils protégés; Où le riche, écrasant la timide indigence. Au poids de ses trésors pèse son importance ; J ai connu des mortels (et j'en rougis pour eux) Dont Famé se fermoit aux cris des malheureux. Qui, détournant la vue à Faspect de leurs larmes. De la douce pitié méconnoissoient les charmes : Mais va; je n ai point vu ces mortels froids et durs, Dans leur triste bonheur, goûter des plaisirs purs. Au miUeu de Féclat de leur cour turbulente, Je n'ai point entendu de voix reconnoissante Par le cri de Famour publier leurs bienfeits. On les flatte souvent, sans les bénir jamais.

i48 ÉPITRE

Leur verse le remède aux maux qu elles n ont pas , Et d'un air qu il croit fin sourit à leurs appas. La nymphe de FEssonne, en les voyant si belles, De honte en ses roseaux se cache devant elles. Églé les suit à peine ; Églé n a plus d attraits : Une sombre pâleur décolore ses traits.

On dit qu un feu caché, que peut-être elle ignore, Aux plus beaux de ses jours la brûle et la dévore. Ainsi sous le midi, dans Fardeur de Fêté, La rose voit flétrir Féclat de sa beauté ; Mais des zéphyrs du soir Fhaleine caressante Relève et raffermit sa tige languissante. Le destin d'une belle est celui d'une fleur : Églé, comme la rose, a perdu sa fraicheur; Et je crois que Lisis, que tu vois siu* ses traces, Seroit Fheureux zéphyr qui lui rendroit ses grâces.

Cependant le soleil, monté sur Fhorizon, Nous lance un feu plus vif, et luit dans le vallon. On cherche vainement la voûte d'un feuillage : Segrai n'a point encor d'ombre ni de bocage; Mais par tes soins un jour, au pied de ces coteaux , L'érable et le tilleul étendront leurs rameaux. Puissé-je, dans ces temps, conduire ta vieillesse Vers ce riant asile , orné par ta sagesse ! La campagne à mes yeux eut toujours des attraits. Un charme plus puissant que de vains intérêts

i5o ÉPITRE

Je formai ces accords plus vivement frappés ,

A la joie, au plaisir, à l'ivresse échappés ;

Et, par ces tons divers, mon oreille exercée

Sut donner à ma voix Taccent de ma pensée.

Au bord de ce ruisseau qui, paisible en son cours,

Suit de ces prés fleuris la pente et les détours ,

J appris Fart peu connu d'abandonner mon style,

Et de laisser couler un vers doux et facile.

Chez nos cultivateurs transporté quelquefois,

Auprès de leurs foyers, à Tabri de leurs toits.

Dans les détails touchants de leur cabane obscure,

J'allois étudier les mœurs de la nature.

C'est là que par mon cœur mon esprit éclairé

Eut des sentiments vrais qu'il peignit à son gré.

C'est là que, près d'un fils , une mère attentive

Calmoit dans le berceau son enfance plaintive;

Et, tandis qu'à cet autre, endormi sur son sein,

Sa bouche sourioit de l'air le plus serein ,

Un autre, un autre encor, qui jouoicnt autour d'elle ,

Occupoient tendrement son ame maternelle ;

Et mes yeux satisfaits furent souvent témoins

Des baisers dont l'époux récompensoit ces soins.

O cabane du pauvre ! ô demeure champêtre ! Malheureux qui te fuit et n'ose te connoître ! Ah ! puissé-je bientôt , libre et débarrassé , Rejetant le fardeau dont je suis oppressé,

A M. DUHAMEL. iSi

Habiter un asile où lame se consulte !

Des remparts de Paris fuyons le vain tumulte.

Quel besoin m y rappelle, et qu'y voir aujourd'hui ?

Le mérite oublié, le talent sans appui;

L'aimable poésie, à jamais exilée,

Aux traits du bel esprit sans pudeur immolée ;

Une froide analyse à la place du goût;

La raison, qui desséche et décompose tout;

Des écrivains du jour le style énigmatique;

Du contraste des mots le choc antithétique;

Un faste sans éclat, un vernis sans couleur,

Des surfaces sans fond, des éclairs sans chaleur;

La gloire des beaux-arts ou souillée ou perdue,

Et leur palme flétrie à Tintrigue vendue.

Il vaut mieux, Duhamel, assis à tes côtés, De la simple nature admirer les beautés. Oui, oui, je reverrai ta douce soUtude : J'y viendrai de ton cœur approfondir l'étude ,

Y jouir avec toi du fruit de tes travaux ,

Y nourrir le mépris d'un monde ingrat et faux; Et, fuyant loin des dieux du globe sublunaire, Rechercher, consoler cet utile vulgaire

Qui, pour un prix modique, avec peine obtenu , Fait le bonheur de ceux dont il est méconnu. Ta longue expérience instruira ma jeunesse : Mes fleurs s'enrichiront des fruits de ta sagesse ;

lin ÉPITRE A M. DUHAMEL.

Et mon esprit, charmé de tes propos divers, Finira l'entretien en te lisant ces vers ; Ces vers, où je n'ai point, adidateur servile, Divinisé d'un grand le colosse imbécile , Mais où , fuyant la gène et le ton de Fennui, .T'ai su louer un sage en causant avec lui.

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