‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 17 sur 112 · GNIDE · texte numérisé non relu

GNIDE

Gnide plait à Vénus , et Vénus la préfère Au temple d'Amathonte, aux bosquets de Gythère. Elle ne quitte point le céleste séjour Sans voler vers ces lieux si chers à son amour. Quand son char y descend des voûtes azurées, Le peuple adorateur de ces belles contrées N'éprouve point Teflroi sombre et religieux Qu'inspire à Funivers la présence des dieux : Cet aspect bienfaisant, renouvelé sans cesse, Accoutume la vue aux traits de la déesse. D'une foule indiscrète évitant le concours , Si Vénus d'un nuage emprunte le secours, Alors les doux parfums répandus autour d'elle Aux Gnidiens charmés annoncent l'immortelle. Gnide élève ses murs dans des champs fortunés,

i68 LE TEMPLE DE GNIDE.

Des épis de Gérés en tout temps couronnés.

Là de nombreux troupeaux , sur des rives fleuries,

Foulent Fémail naissant de riantes prairies :

Les dieux versent par-tout les trésors de leur main.

Le soleil, dans un ciel toujours calme et serein,

Tempérant les rayons de sa flamme éthérée,

N'y flétrit point Téclat dont la terre est parée.

L'oiseau, dès le matin, sous des feuillages verts,

D'accords harmonieux fait retentir les airs :

L'onde entre les roseaux murmure et s'y promène,

Flore de son amant y parfume l'haleine ;

Et les cœurs, pénétrés de ce soufiEle amoureux.

D'une volupté pure y respirent les feux.

On découvre, non loin des remparts de la ville, Du palais de Vénus l'élégant péristyle.

L'artisan de Lemnos posa ses fondements. Vulcain craignoit Vénus et ses ressentiments : Vulcain , pour réparer la surprise cruelle Dont rougit autrefois la déesse infidèle. Lui bâtit ce palais : époux humilié.

Trop heureux qu'à ce prix l'affront fïit oublié!

O Grâces , dont la main conduisit cet ouvrage. Sans doute c'est à vous d'en retracer l'image! Pour rendre tout l'éclat de ce brillant séjour. Il faut ou vos crayons ou les traits de l'Amour. Parmi tant de beautés, comment les peindre toutes? Sur cent colonnes d'or quand j'appuierois les voûtes;

Quand je ferois briller, sous ces vastes lambris , L'éclair des diamants et le feu des rubis ; Quand mes prodigues mains y répandroient encore Les perles 9 les saphirs du berceau de TAurore; Quand Topale et Tazur s'uniroient incrustés , J'en peindrois la richesse et non pas les beautés.

ETagréables jardins lenceinte est embellie : Une rose y renaît d'une rose cueillie.

Là Flore, là Pomone unissent leurs faveurs. Le fruit, sur les rameaux, se couronne de fleurs. Lorsque, dans ces jardins, Faimable Gythérée De cent jeunes beautés se promène entourée, On voit, pendant les jeux et sous leurs pas légers. Se courber, un instant, les trésors des vergers; Mais, par lenchantement d'un pouvoir qu'on ignore, Les arbustes foulés s'y relèvent encore. Là repose Vénus, loin du trouble et du bruit. Sous l'ombre des berceaux la volupté la suit : Son sourire applaudit aux bergères de Guide; A leur danse naïve elle-même préside.

Vénus se plaît à voir, sur leurs fronts satisfaits, De leurs cœurs ingénus l'innocence et la paix. Compagne de leurs jeux, elle adoucit pour elles De ses regards divins les vives étincelles. Nymphes, de votre sort le ciel même est jaloux : Vénus est votre égale et folâtre avec vous.

Une vaste prairie, où sourit la nature,

Étend, non loin de là, ses tapis de verdure. Ici Theureux berger, couché parmi les fleurs , Auprès de sa bergère assortit leurs couleurs. Incertain dans son choix, il balance; mais celle Que choisit son amante est toujours la plus belle. Ses parfums sont plus doux, son émail est plus frais; Et la main qui la cueille ajoute à ses attraits.

Le Céphée, en ces heux, de son urne profonde Épanche lentement le cristal de son onde : Il serpente, s'amiuse à prolonger son cours; Et son lit tortueux se joue en cent détours. Le dieu, parmi les joncs qui couronnent ses rives , Embarrasse les pas des nymphes fugitives : L'amant les suit, les presse, et leur orgueil soumis Donne enfin le baiser que leur bouche a promis.

Le fleuve, à cet aspect enchaîné dans sa course, Ne sait s'il doit couler ou monter vers sa source : Par un charme secret ses flots sont suspendus, Le flot qui fuit s'arrête au flot qui ne fîiit plus. Mais quel trouble s'il voit, près de son onde pure, Une jeune beauté dépouiller sa parure.

Quitter des vêtements, des voiles trop discrets. Et venir dans ses eaux rafratchir ses attraits ! Il frémit, il s'agite ; et la vague enflammée Autour de tant d'appas roule plus animée : Pour les posséder tous , pour mieux les embrasser, Pour atteindre à ce sein qu'il voudroit caresser,

Il soulève ses flots, s'élance; et, plus rapide,

Il entraîne avec lui la bergère timide.

Ses compagnes alors frappent lair de leurs cris;

Mais , tout fier du fieo'deau dont son cœur est épris , ^

Le fleuve la soutient, doucement la promène.

Sur le dos argenté de sa liquide plaine.

Enfin, désespéré d'abandonner ce poids,

Ce poids qu'il abandonne et reprend mille fois ,

Il va la déposer, sur ses rives fleuries.

Dans les bras caressants des nymphes attendries.

Plus loin croît un bosquet de myrtes enlacés. Les timides amants nouvellement blessés Viennent s'y confier leurs soupirs et leurs peines. Ils suivent au hasard des routes incertaines : L'Amour conduit leurs pas aux lieux les plus secrets, S'amuse de leur trouble, et les égare exprès.

Une épaisse forêt, non loin de ce bocage. Fait expirer le jour sous son antique ombrage. Jamais l'ardent midi n'en perça les rameaux : On s'y croit enfoncé dans la nuit des tombeaux. Des chênes et des pins les orgueilleuses têtes Vont, jusque dans la nue, affronter les tempêtes. Là les cœurs sont saisis de crainte et de respect. On croiroit, à l'horreur de cet auguste aspect, Au silence imposant de ces retraites sombres, Que les dieux , avant l'honune , en habitoient les ombres.

Au sortir de ce bois redoutable et sacré.

17a LE TEMPLE DE GNIDE.

Quand l'œil des feux du jour est enfin éclairé. On découvre, au sommet d'une hauteur voisine, Le temple de Vénus et sa pompe divine. La nature y grava tous les vœux des mortels.

Ce fut dans ce lieu saint, au pied de ses autels , Que Vénus (et Vénus chaque jour en soupire) Pour la première fois vit le fils de Cynire. L'Amour blessa son cœur du trait empoisonné : Ce cœur brûle en secret, de son trouble étonné.

I Quoi ! s'écria Vénus , c'est un mortel que j'aime ! « Quoi 1 j'ai pu m'oublîer et m'avilir moi-même!

« O 61 ts honneurs sont finis :

■ Td I Te dieu qu'Adonis. ■

Ce: fi téméraire.

Son 01 ts de Cythèrc.

Le be il ses yeux

Sur di s par les dieux?

On le veut; et déjà sa robe est détachée , Sous l'or de ses cheveux sa ceinture est cachée : Les Grâces , les Amours parfument son beau sein . Sur son char d'émeraude elle monte soudain :

II s'élève , emporté par l'oiseau du Méandre. Au vallon de l'Ida Paris le voit descendre : Vers Pallas, vers Junon tour-à-lour entraîné, Son choix, douteux encor, flotte indéterminé; Mais, au riant aspect de leur belle rivale.

Sa main laisse pencher la balance inégale.

Tu triomphes, Vénus! Paris sur tes attraits Fixe euân des regards qui ne sont plus distraits. Si tu ne dois la pomme à sa bouche timide, Elle échappe à ses mains; et son trouble décide.

Ce fut là que T Amour, enviromié des Ris, Tranquille et voltigeant sous les riches lambns , Vit paroltre Psyché conduite par sa mère : L'Amour n'aima jamais... l'Amour aime et veut plaire; Des (eux dont il nous brûle il se sent consumé. Sur sou arc, sur ses traits il languit désarmé.

■ C'est donc ainsi, dit-il, c'est ainsi que je blesse ! ■ Il tombe sur ■ ■

Et s'écrie, au

■ Oui, jesuis ir!

Lorsque d [ne.

Un charme ii ;

On s'enivre d Il semble qu'on ait bu dans la coupe des dieux.

Tout ce que la nature étale de richesse. L'élégance de l'art, son éclat, sa noblesse, Ont iait de ce beau temple un Olympe nouveau : La toile y prend une ame et vit sous le pinceau. Une savante main (la main d'un dieu sans doute) Voulut peindre elle-même et décorer la voûte.

Ici Vénus s'élève , et sort du fond des mers. Que ses charmes naissants étoonent l'univers! Cytbérée, au milieu de la troupe céleste,

Ose à peine eutr' ouvrir un œil doux et modesie : Sur les lis de son sein ses cheveux sont épars , Et sa pudeur naïve enchante les regards.

Plus loin sont ses amours avec le dieu terrible , L'impitoyable dieu qu'elle a rendu sensible. Là d'un fier coloris Mars est représenté Poussant dans les combats son char ensanglanté. Son front cruel et sombre annonce le carnage : La Mort, l'aifreuse Mort, l'Épouvante, la Rage Préc ' Qts et fougueux;

Sur : m tortueux

Sem e et la fumée ;

Autc 1 Renommée.

Sa d< ses côtés

Marche, s'élance, court à pas précipités; Et, secouant les feux de sa torche infernale, De son barbare frère est la digne rivale. Tous deux d'un vain laurier se disputent rhonnenr : Bellone a plus de rage , et Mars plus de valeur.

Ici le dieu, couché sur des touffes de roses. Présente aux doux baisers ses lèvres demi-closes : Dans les bras de Vénus Mars repose enchaîné , De myrtes amoureux son front est couronné ; Il languît, il soupire, et la vue incertaine A quelques traits divins le reconnott à peine. La déesse triomphe en voyant les plaisirs De son farouche amant captiver les désirs.

Sa boui^e lui sourit , et sa main le caresse : Leurs transports répétés se confondent sans cessu , Et leur regard troublé , dans ces moments heureux , Se voit pas les Amours qui fblàtreat près d'eux.

De la déesse enfin l'hymen involontaire Elst peint dans tout son Ëiste aux murs du sanctuaire. On y voit tous les dieux étaler leur splendeur : Vulcainparoltmoinssombre, et n'est pas moins rêveur. Vénus d'un œil mourant, <|ue le jour importune, Regarde avec ft Elle marche à l Elle offre à son Et, parmi les a] Vers les Grâces

La superbe Junon , dans im autre tableau , De ce fatal hymen allume le flambeau; Elle donne aux époux la coupe révérée.

Une étemelle foi par Vénus est jurée : Vulcain croît au serment, et lX)lympe en sourit. Plus loin le dieu , blessé d'un refus qui l'aigrit , Entraîne, impatient, l'épouse désolée :

On la voit loin de lui s'enfuir échevelée. Si ses charmes divins pouvoient être inconnus , Si quelque autre beauté ressembloit à Vénus , On croiroit voir la nymphe interdite et confuse Que Pluton vint surprendre aux bords de rAréthiisc.

Enfin le dieu l'emporte et la presse en ses bras :

Tout rOlympe, en tumulte, accompagne leurs pas. Près du lit nuptial, Vénus espère encore Échapper à Fardeur de Fépoux qu elle abhorre : Elle combat, résiste; et, dans ce trouble heureux. De son voile agité se relâchent les nœuds. Il flotte dans les airs , et le tissu s entr'ouvre, Sa gorge demi-nue échappe et se découvres- Mais plus prompt à couvrir qu'à baiser ce beau sein, L'époux le cache alors sous sa jalouse main.

Vénus tombe à regret sur ]a couche sacrée Que THymen, d'un air froid, pour elle a préparée. Sur ce lit malheureux, loin de semer des fleurs. On voit l'Amour plaintif larroser de ses pleurs. D'un feu sombre et jaloux l'œil de Mars étincelle. Cythérée est alors si touchante et si belle , Que les dieux attendris plaignent son embarras : Les déesses, plus loin , s'en amusent tout bas. Enfin d'un pied léger fuit la troupe céleste... Vulcain! quel doux moment! Vénus, qu'il est funeste! Du contour des rideaux l'époux enveloppé Se croit heureux sans doute... Il est déjà trompé.

Vénus se plaît à voir la pompe de son temple : Sa beauté satisfaite en riant s'y contemple. Elle-même en fixa le culte et les honneurs, Elle y brûle l'encens, elle y jette des flem*s : Et dans ce lieu sacré, dont elle est la déesse, Vénus remplit encor les devoirs de prêtresse.

L'hommage qu'en cent lieux 1 ui rendent les mortels, Loin de les honorer, avilit ses autels. Là 9 sous Téclat trompeur de leurs molles parures, Les 611es des cités, dans des fêtes impures, Courent à la fortune immoler leurs attraits , Et se font une dot du fruit de leurs forfaits. Ici réponse apporte au pied du sanctuaire Le prix, Finfame prix de son lâche adultère. Là s'unit à la sœur le frère incestueux : Ici , dans Tindécence et le bruit de leurs jeux , Des prêtres, entourés d'un chœur de courtisanes , Vont offrir à Vénus des guirlandes profanes. Enfin il est un temple où des hommes flétris, Monstres efféminés que poursuit le mépris , De la nature en eux dégradent la noblesse. Là leur difibrmité consacre à la déesse, Et le sexe détruit qu'ils perdent sans espoir, Et le sexe emprunté qu'ils affectent d avoir.

Cythérée a voulu que l'heureuse Doride Eût un cidte plus pur dans le temple de Gnide. Là le feu de l'amour tient lieu de feu sacré : Là l'hommage est rendu quand on a soupiré. Là, conduit par l'espoir, chaque amant vient se rendre On n'exige de lui que l'offre d'un cœur tendre. Vénus reçoit les vœux à l'amante adressés; Vénus n'est point jalouse : on aime et c'est assez. C'est adorer Vénus qu'adorer une belle;

la

Et la beauté lui semble aussi divine qu'elle*

Les amants enchaînés d un lien immortel De la fidélité vont embrasser lautel; Et Ton voit soupirer, aux pieds de la déesse , Ceux qui n'ont pu fléchir Torgueil de leur maîtresse. La flatteuse espérance adoucit leurs tourments : Un beau jour, tôt ou tard, luit pour les vrais amants. Vénus en nœuds de fleurs aime à changer leurs chaînes , Et leur félicité se mesure à leurs peines.

Là de la jalousie on peut sentir les traits ; Mais le cœur la dévore et n'en parle jamais. Ainsi qu'il £aiut des dieux révérer l'injustice, On doit de son amante adorer le caprice.

Dans Gnide, on met au rang des divines faveurs Les transports de l'amour et même ses fureurs. Trop heureux d'éprouver cette invincible flamme, Ce tumulte secret, ces orages de Tame, Tendres égarements mieux sentis que connus ! Moins le cœur est a soi, plus il est à Vénus.

Tout mortel sans amour aux yeux de Gythérée N'ose se présenter dans l'enceinte sacrée. Au portique du temple à peine il est admis : Il vient s'y prosterner en esclave soumis; Il cherche des désirs, il se cherche lui-même : Sa liberté lui pèse, il veut des fers... U aime! Il aime^ il vit, il voit l'édat d'un nouveau jour; Il allume son ame au flambeau de l'amour.

Instruites par Vénus, les bergères de Gnide De la simple innocence ont le maintien timide. Leur front est coloré d'une aimable pudeur; Mais y à la modestie unissant la candeur, Elles ne cachent point une flamme sincère, Et se vantent d'aimer en rougissant de plaire.

Tranquille à leurs genoux, Tamant respectueux Attend, sans le hâter, le moment d'être heureux. Ce moment est fixé par Tamante eUe-même : On cède sans remords quand il est vrai qu'on aime ; Mais se rendre sans choix, mais céder sans désir. C'est profaner l'amour et souiller le plaisir.

Au front des Gnidiens l'Amour met sa couronne; Il épure toujours le bonheur qu'il leur donne. Qu'une amante trahie éprouve les froideurs D'un infidèle amant qui rebute ses pleurs , D'un trait plus salutaire elle est soudain frappée : Dans les eaux du Léthé la pointe en est trempée.

Si l'Amour aux autels voit un couple nouveau. Il prend tout à-la-fois son arc et son flambeau : Il lance tous ses traits , il épuise ses flammes. Lorsque de deux amants s'assoupissent les âmes, Quand leur ardeur n'a plus qu'un éclat incertain , Il la fait ou mourir ou renaître soudain. Il épargne à leurs cœurs ces tristes intervalles, Et ces retours si froids et ces langueurs fatales , Etincelles d'un feu prêt à se consumer.

i8o LE TEMPLE DE GNIDE.

Ou Ton aime à Texcès, ou Ton cesse d aimer.

Là,. toujours caressant pour des peuples fidèles , L'Amour ne s'arme point de ses flèches cruelles , De ces traits dont jadis son aveugle fiireur Des filles de Minos empoisonna le cceur; Traits mortels qui , mêlés et d'amour et de haine , Signalent le pouvoir dé sa main souveraine ! Quand cet enfant terrible en aiguise le fer, Tout tremble... C'est la foudre aux mains de Jupiter.

Vénus, lorsque l'Amour a fait une blessure, L'enveloppe des plis de sa belle ceinture : Elle vient l'adoudr et non la refeimer. Vénus instruit à plaire et l'Amour &it aimer.

Gnide voit chaque jour sa brillante jeunesse , Ses nymphes entourer l'autel de la déesse. Là leur bouche ingénue exprime avec candeur Des sentiments naïfs, aussi purs que leur cœur.

Une d elles disoit : « O reine d'Idalie! N Hilas , qui me fut cher, se plaint que je l'oublie ; o Déesse! daigne entendre et couronner mes vœux. « Ils n ont point pour objet de rallumer mes feux : « Le feu dont je brûlois s'est éteint de soi-même, a Fais qu Hilas m'abandonne et que Coridon m'aime. »

Une autre s'écrioit : « O puissante Vénus ! « Que mes feux pour Iphis soient encore inconnus; » Donne-moi quelque temps la force de les taire : « L'aveu que j'en ferai sera plus doux à faire. »

CHANT PREMIER. i8i

Une autre enfin disoit : « O reine de Paphos ! « Pourquoi mon cœur troublé n a-t-il plus de repos? « Au milieu de nos jeux je suis sombre et distraite; « Des grottes, des bosquets je cherche la retraite; « Mais j'éprouve par-tout des tourments infinis. « J aime peut-être?... Eh bien! si j'aime... cestDaphnis! »

Les amants y les bergers , dans les beaux jours de fêtes, Au temple de Vénus vont chanter leurs conquêtes : Les doux sons de la lyre accompagnent leurs voix; Us célèbrent Vénus et TAmour à-la-fois.

L'un d'eux, qui, d'une main timide et caressante, Tenoit en la serrant la main de son amante, Chantoit: «c Amour, Amour, aux genoux de Psyché M Tu te blessas du trait que tu m'as décoché. « Non, je n'en doute point; je le sens, c'est le même : « Tu n'as pas mieux aimé, ni plus aimé que j'aime. « N'ai-je pas tous tes feux, tes transports, tes désirs? « Achève, dieu charmant! donne-moi tes plaisirs. »

Un berger mmns discret, plus fier de sa victoire, Chantoit : « Fils de Vénus ! je partage ta gloire. « Qui peut vaincre Daphné peut dompter tous les cœurs. « Insensible à mes vœux , insensible à mes pleurs, « L'orgueilleuse Daphné dédaignoit mes hommages ; « Je l'ai surprise enfin dans un de tes bocages : « Regarde sur son firont ce tendre coloris, « Regarde , et vois combien j'-ai puni ses mépris. >*

J'ai vu Gnide, j'ai vu cette heureuse contrée;

i8si L£ TEMPLE DE 6NIDE.

G est là qu'à mes regards Thémire s est montrée. Je la vis pour raimer, brûler, et soupirer; Je la revis encor, ce fiit pour Tadorer. O Gnide! sur tes bords je veux vivre avec elle : JY serai plus heureux , elle y sera plus belle. Nous irons dans le temple : on n y verra jamais De plus tendres amants y d'adoratem^s plus vrais. Au palais de Vénus je saurai m 'introduire ; Je prendrai ce palais pour celui de Thémire. Eh ! sais-je si mes yeux, flattés et prévenus, N y prendront pas encor Thémire pour Vénus? Dès le lever du jour j'irai dans la prairie ; J'y cueillerai la fleur nouvellement fleurie : Thémire permettra que ma timide main L'attache à ses cheveux ou l'unisse à son sein. Je l'y verrai pâUr, finir sa destinée; Plus heureuse que moi, moi qui l'aurai donnée. Mais Thémire peut-être ira dans ces bosquets Ob. sont entremêlés tant de détours secrets. Si je puis l'égarer dans ces lieux sohtaires , Si... Vénus me défend de trahir ses mystères.

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