SCÈNE PREMIÈRE
LOTHARIO, MONTALDE.
LOTHARIO
Montalde est étonné de suivre avant laurore Le fier Lothario dans des murs qu il abhorre. Sorti depuis deux ans de ce séjour fatal , J'y déteste un tyran, j y déteste un rival : Mais mon persécuteur malgré moi m'y rappeUe. Peut-être il me prépare une injure nouvelle. Sciolto, sur lavis qu'il doit me déclarer Un ordre glorieux dont on veut m'honorer , Chez lui-même en ces lieux m'oblige de l'attendre. Du palais de Frégose il doit bientôt s'y rendre... Lui, chez Frégose, ami! quel seroit son dessein? Quoi ! de ce sénateur l'orgueil républicain A ramper sous le doge auroit pu se réduire ! Ah! puisqu'il s'humilie, il veut encor me nuire!
272 CALISTE
MONTALDE.
Du plus grand des Génois respecte les vertus.
Ingrat Lothario, ne te souvient-il plus
Que ce même mortel , objet de ta colère ,
Éleva ton en&nce , et te servit de père?
Sa fille , de ses jours Fespoir et le bonheur ,
De plus doux sentiments n a point rempli son cœur.
LOTHARIO
Galiste.
MONTALDE.
Eh bien? Ton ame » encor plus inhumaine, Confond-elle aujourd'hui CaUste dans sa haine?
LOTHARIO
Montalde , que dis-tu ! qui ? moi ! . . . moi ! la haïr ! Son père fut injuste... il osa me trahir... De ma haine pour lui Caliste est séparée. Autant que je le hais , Gahste est adorée. D'un tyran déguisé ne vante plus les dons ; Sa main les infecta des plus cruels poisons. Gènes vit ma jeunesse, errante en son enceinte, Languir près des tombeaux de ma iamille éteinte; Crois-moi, de Sciolto la trompeuse amitié M'accueillit par orgueil, et non pas par pitié. Ses bienfaits, sur mes jours versés avec mesure. Pour ce cœur, né jaloux , n ont été qu'une injure. Entre. Altamont et moi ses dons mal divisés Prévenoient mon rival , et m'étoient refusés.