‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 36 sur 112 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Répandra ses poisons sur le cours de ma vie.

D'un sexe qu on adore injurieux destin !

On se hit de nos maux un plaisir inhumain.

Ce monde séducteur qui nous vantoit nos charmes

Empoisonne bientôt la source de nos larmes ,

Et, satisfait de voir nos fronts humiliés,

Il profane Tencens qu'il brûloit à nos pieds.

Lucile, c'est à toi de conter ma disgrâce,

De venger ma vertu des transports de laudace.

Dis que Lothario, dans ces murs élevé,

A la main de Galiste en secret réservé.

Dévoila tout-à-coup son affi*eux caractère.

Qu'il outragea la fille, et poursuivit le père.

Ne dissimule point que son cœur déguisé

Fut cher (et j'en rougis) à mon cœur abusé...

Dans quel temps , par quel art le fourbe m'a trompée.

De soins respectueux sa tendresse occupée.

L'égal empressement et de plaire et d'aimer,

Les serments si flatteurs de toujours m'estimer;

Ma mère, qui, près d'elle élevant notre enBsmce,

De nos premiers penchants approuvoit l'innocence.

Entre l'ingrat et moi les nœuds les plus sacrés.

Les droits de la vertu, toujours si révérés;

Tout m'abusoit, Lucile, et mon ame charmée

S'abandonnoit sans crainte au plaisir d'être aimée.

LUCILE

Que l'hymen aujourd'hui par des liens plus doux...

ri

296 CALISTE

CALI8TE.

Quoi ! porter mes afironts pour dot à mon époux? Dans le sein des vertus la fortune ennemie Aura marqué mes jours du sceau de Finiamie , Et moi j ajouteroiSy par des nœuds pleins dliorreur. Au crime involontaire un crime de mon cœur! De tant de maux ^ Lucile , amassés sur ma tête. Le plus cruel y sans doute ^ est Thymen qu'on apprête.

LUCILE

Hé bien ! je la vouerai , moi-même j'en frémis. Mais un père commande , et vous avez promis.

CALISTE

Hélas ! tu le connois: sévère en ses tendresses ^ De Tamour et du sang il n a point les fbiblesses. En vain j ai devant lui fait parler mes douleurs ; Sa fière volonté résistoit à mes pleurs. Hier même , à travers un silence farouche , Le nom de mon perfide est sorti de sa bouche.. . A ce nom menaçant, j ai pâli, j ai cédé. Un refus m eût trahie , et j'ai tout accordé.

LUCILE

Vous m avez iu cent fois cette lettre touchante Que vous remit, madame, une mère expirante. Vous aviez dans son ame épanché vos malheurs : Elle en prévit dès-lors la suite et les horreurs. A son superbe époux cette lettre adressée, Pour le fléchir un jour, en vos mains fut laissée.

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