‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 47 sur 112 · ACTE III, SCÈNE IV. 3ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. 3ii

Ton bras auroit fini mes jours infortunés , Mes lamentables jours au mépris destinés. TantM'aflfronts, tant de maux n'ont-ils pu te suffire? Penses-tu m'émouvoir, penses-tu me séduire Par ces larmes , ces cris , ces vains emportements , Prestige accoutumé des vulgaires amants?

Cest en vain que ta rage, au comble parvenue. Sous le nom de remords se déguise à ma vue ; Au travers de ce voile , utile à tes fureurs , Je lis tes noirs chagrins , tes honteuses douleurs. Barbare qui peut-être, en implorant ta grâce, Gémis de ma vertu plus que de ton audace ; Né fourbe , né cruel, nourri dans les forfaits , Tu respires ma honte, et ne m'aimas jamais.

LOTHARIO

Je ne t'ai point aimée!... Arrête; cette injure Mêle trop d'amertume aux regrets d'un parjure. Amant audacieux, sans honneur et sans foi, J'ai mérité ce titre, et je l'attends de toi : Mais nier mon amour, désavouer ma flamme, Croire ton infortune étrangère à mon ame ; Quand je remplis ces lieux des cris du repentii^ Quand je sens tous les maux qu'un mortel peut sentir, Ne voir dans mes douleurs que des peines légères, Dans mes larmes de sang voir des pleurs volontaires; Cen est trop ! tu m'as fait, par ces nouveaux transports , Souffrir plus que mon crime et plus que mes remords.

3ia CALISTE.

CALISTE

Fuis donc, et loin de moi remplis ta destinée. Pars.

Ah ! qu ordonnes-tu?

CALISTE

Laisse une infortunée :

Je me livre à mon sort, je t'abandonne au tien. Fuis, dis-je... je rougis de ce lâche entreti«i.

LOTHARIO

Quel trouble!

CALISTE

Je m'arrache au crime où tu m'enti'alnes. De ton fetal aspect purge les murs de Gênes ; Crains mon père, crains-moi , ne revois point ces Ueux. Va, pars, meurs, je mourrai; voilà tous mes adieux.

LOTHARIO

Je ne te quitte point. A ces cris , à ces larmes , A la mort, dont les traits défigurent tes charmes, J'entrevois des malheurs que tu veux me cach«*... Ton ame dans mon sein n ose les épancher ; Mais j'en crois ce courroux, ces plaintes, ces menaces ; Mes yeux plus éclairés s'ouvrent sur tes disgrâces. Sciolto... Son nom seul glace mes sens d'effroi ! Que fait-il, et d'où vient qu'il s'éloigne de mdi? Peut-être t accablant du poids de sa colère. . . Ah ! je cours me venger !

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