ACTE V, SCÈNE III
Qu'un père qui punit a besoin de vertu !
GALISTEy àpart.
Relevons à ses yeux mon courage abattu; Qu'il reconnoisse en moi Féclat de sa femiUe : Soyons digne de lui.
SGIOLTO, froidêmenf.
Tu fus jadis ma fille.
GALISTE.
Malheureux le moment où mon cœur égaré Cessa de mériter ce nom doux et sacré !
SGIOLTO.
Sais-tu que nos tyrans n attendent que Taurore Pour lancer sur nos toits un feu qui les dévore ; Qu'ils vont punir sur nous nos projets découverts , Ou, vainqueurs dédaigneux , nous proposer des fers? J'oppose à nos dangers une vaine prudence. Altamonty que séduit un rayon d'espérance, Hors des murs du palais par son zélé entraîné, En ce moment peut-être expire assassiné. As-tu prévu ces maux?
GALISTE.
Ah! pourquoi me les peindre?
Je les ai tous causés ; je vois ce qu'il faut craindre ; Et ma honte...
SGIOLTO.
La honte est un de ces malheurs Que ne réparent point les regrets ni les pleurs :
348 CALISTE
L'innocence elle-même en ressent Tinfamie. Tout élève contre elle une voie ennemie ; Et du demiep opprobre on se plait à couvrir Un JEront déshonoré qui ne sait que rougir.
CALISTE
Mon cœur n'ignore |x>int ces vérités terribles; Je connois mes destins... hélas! ils sont horribles.
SGIOLTO.
Dis-moi : de tous les biens dispensés par le sort , Quel bien préfères-tu?
CALISTE
L'honneur.
SGIOLTO.
Sans lui?
CALISTE
La mort.
SGIOLTO.
J applaudis à ton choix... Ainsi donc ton courage De cette affreuse coupe a pressenti Fusage?
CALISTE
Oui y mon père; et sans vous ce bras déterminé Eût versé dans mon sein le vase empoisonné.
SCiOLTO.
Sur les bords du cercueil lliumanité succombe : L œil mesure, en tremblant, Fabyme de la tombe : Des lenteurs du poison le supplice à souflrir, Le regret de la vie et Thorreur de mourir,