‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 82 sur 112 · RÉPONSE DE M. COLARDEAU · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. COLARDEAU

 L'ËPITRE PI»ËGËDENTE.

Oui, ma muse est use l^ergère ; Et le joli chapeau de fleurs Dont reml)ellit ta main légère Plaît à ses goûts, sied à ses mœurs.

Elle est simple , et si naturelle , Que , dès le moment où son front A ceint sa couronne nouvelle , Un coloris subit et prompt L'a £edt rougir d'éti*e si belle.

Tu sais plaire , tu peux tromper :

Aux traits d'un éloge insipide Il est facile d'échapper : Mais lorsque la grâce y préside, Bientôt on s'en laisse occuper.

C'est un réseau dont Tart perfide

Attire et sait envelopper L'innocence foible et timide.

Mais non ; tu n as pas prétendu Tromper une muse ingénue.

Dans rhommage que m'a rendu Ta lyre pour moi prévenue.

Du moins un éloge m'est dû :

Jamais du fiel noir de Tenvie Mon cœur ne fut empoisonné :

Et la palme tant poursuivie Dont mon émule est couronné, Je n'ai jamais imaginé Qu'à mon triomphe il l'eût ravie.

• Sur l'arbuste d'Anacréon S'épanouit plus d'une rose :

Le myrte a plus d'un rejeton ; Daphné, dans sa métamorphose, De rameaux couvrit l'Hélicou.

Si pour vous la fleur est éclose, Pour moi s'entr'ouvre le bouton.

Rivaux que la gloire rassemble, Vous, amants, poètes, guerriers, Ah ! cueillez , mais cueillez ensemble Et ces myrtes et ces lauriers :

Du souffle infecté des furies,

Cruels , n*allez pas dessécher Ces roses, ces palmes fleuries.

Que l'on doit rougir d'arracher Quand la haine les a flétries.

Je plains le cœur rongé d'ennui Et d'un orgueil atrabilaire, Qui des jouissances d'autrui Se fait un malheur volontaire ; Et qui présume que, sans lui, Ne peut exister l'art de plaire.

Pour moi, qui fuis dans mes loisirs L'éclat d'une gloire sublime; Qui, limitant mes vains désirs , Les borne aux douceurs de l'estime; Moi, qui du cercle de mes jours Vois sortir tant d'heures fatales.

Et n'ose employer de leur cours Que de rapides intervalles; Moi, moi, que l'on vit enfanter Des vers sans art et sans prestige, Que leur naturel fait goûter, Où jamais l'esprit ne corrige Ce que le cœur m'a pu dicter; Libre dans mon insouciance.

Modeste, ou timide en mes vœux.

38o POÉSIES

J attends y pour toute récompeso^e, Quon souffre que je sois heureux.

C'est peut-être trop d'exigence, Et dans notre cirque orageux , Où Ton se nuit par concurrence.

Nos Aristarques sourcilleux Connoissent peu la tolérance.

Mais y Pezay, qu'importent leurs cris.

Leurs intrigues , et leurs outrages ?

Le mérite de mes écrits Ne dépend point de leurs suffrages :

Tu les aîmes... voilà leur prix.

Indifférent sur mes ouvrages.

D'après ton goût, je les chéris :

De ton épitre enchanteresse J'ai respiré le pur encens.

Déjà mes espriis languissanis Ont senti le £eu de l'ivresse :

Oui, le charme de tes accents Est l'aiguilloo pour ma paresse, Et la vokqpté pour mes sens.

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