‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 89 sur 112 · ÉPITRE A M. D'ÉP · texte numérisé non relu

ÉPITRE A M. D'ÉP

Qui soupçonnoit l'Auteur d'aToir fait des vert contre lui sur l'iufidélité

de sa maîtresse.

Je n'aime point, par un vain persiflage ,

De mes amis censurer les erreurs :

Tout homme est foible, et chacun a ses mœurs ;

Je plains un fou comme j'estime un sage.

Cher d'Ép**', plus de soupçon sur moi :

J'ai pris par choix la bonté pour devise.

Du fol écrit qui te ridiculise

Ma main n a fidt ni les vers ni Fenvoi ;

Un sot peut seul rire d'une sottise;

Mais repoussons les traits de tes censeurs .•

Est-ce un travers , qu'aux jours de ton automne

Ton sang encor dans tes veines bouillonne?

Ne sait-on pas , sur nos fragiles cœurs ,

Quel est l'effet d'une mine friponne?

Un fin sourire y oracle des faveurs ,

4o8 POÉSIES

Un œil malin qui s'irrite et pardonne, Des riens charmants, des caprices trompeurs. Mille refus plus doux que ce qu'on donne... Voilà comment la coquette aiguillonne Des sens flétris, éteints dans les langueurs. Eh! qui pomToit, ftlt-il octogénaire.

Voir sans désir la folâtre Phriné, Dans un boudoir au plaisir destiné.

Renouveler tous les jeux de Cythère?

Là tous les sens sont charmés tour-à-tour : Là, sur des coins, pastilles enflammées Portent, dans Pair de ce discret séjour. L'ambre irritant de leurs douces fumées. (L'ambre, dit-on, est l'encens de l'amour.) Dans une niche où, loin de tout profane, Sont supendus d'inutiles rideaux, Un lit charmant que l'on nomme ottomane^ Offre aux désirs des coussins , des carreaux : L'heureux sultan y conduit la sultane.

Vois-y Phriné, Phriné dont les attraits N'ont plus l'éclat de leur première aurore; Mais sa parure, un déshabillé frais.

Mille rubans lui donnent l'air de Flore. Lorsque son sein ne venoit que d'éclore, On l'admiroit, on soupiroit auprès; Mais, maintenant on le baiso^ on l'adore : Enfin Phriné, par l'ait de ses apprêts,

Est aussi jeune et bien plus belle encore. Ce qui lui prête un charme encor plus sûr. C'est ce regard que Taimable friponne Lance toujours et si tendre et si pur : C'est cette bouche, où le rire assaisonne Chaque baiser que son amant lui donne; C'est lair, le ton faussement ingénus, DoDt la perfide échaufie un je vous aime. On le dit mal quand on le sent soi-même : On le dit mieux quand on ne le sent plus. Pour nos Phrinés , tromper est Fart suprême. Si sur leur front le ciel mit la candeur. Si dans leurs yeux il peignit Finnocence» Si sur leur bouche il plaça Féloquence, Il mit aussi Timposture en leur cœur.

Voilà comment la nymphe enchanteresse Devint si chère à tes esprits charmés.

Chaque plaisir nous coûte une foiblesse; Et la première est de nous croire aimés. Tu fus heureux, mais aussi tu fus dupe; Et, si j'en crois la gazette du jour.

Jamais Phnné n'a ressenti l'amour :

Le plaisir seul ou l'intérêt l'occupe.

D'après cela, mon esprit est bien loin De déclamer contre ton inconstance :

En o£Fensant, elle prévient l'offense; Et, comme toi, mon cœur en a besoin.

4io POÉSIES

Après un goût, un autre doit renaître : (Tu m as donné cette utile leçon) y Et dans le choix d'être dupe ou fripon y Tout bien pesé , c est fripon qu il faut être.

DIVERSES. 4n

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