‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 98 sur 112 · SUR L'INFIDELITE DE ZELMIRE · texte numérisé non relu

SUR L'INFIDELITE DE ZELMIRE

Odi et Bino: quarc îd faciam fortasse requiris? Neacio, sed fiert Motio, et excrveior.

Caivi.. , 8S.

Cher et cruel ami, penses-tu que mon cœur Loin de ce qu il adore ait trouvé le bonheur? Qu^il se repose enfin dans ce sage équilibre D'un coeur sans passion , indifférent et libre? Tu croyois les briser ces fers de mon amour. Ces fers quittés cent fois et repris tour-à-tour. Ah ! je rappelle encor le jour, le jour horrible , Où parjure, où barbare, et cependant sensible, Dans un affreux exil par tes mains entraîné , Je fuyois loin des yeux qui m'avoicnt enchaîne. De ces yeux adorés peins-toi l'inquiétude !

Soit amour, soit instinct, soit même Thabitude, Quoique de mon départ j'eusse tu le moment, Zelmire sut prévoir l'exil de son amant : Ou plutôt sans soupçons, mais d'horreur pénétrée, Incertaine, tremblante , en secret déchirée. Elle sentoit des maux à son cœur inconnus, Et pleuroit un ingrat qu'elle ne verroit plus. Hélas! je rejetai ses baisers, ses caresses : Cent fois , renouvelant ses plus vives tendresses , Ses bras , autour de moi serrés avec effort, M'entrainoient au plaisir, ou plutôt à la mort. Juge du trouble affreux de mon ame éperdue! On découvroit encore à ma tremblante vue Ces attraits de nos sens toujours victorieux, La volupté du cœur, et le charme des yeux... Ah ! je n'étois point né pour être ainsi parjure ! Et cependant j'osai poursuivre mon injure. Pour la dernière fois j'admirois ses appas; On me les dévoiloit... je n'en profitai pas : Je la quitte; je pars sans sentiment, sans vie. Jadis, avec regret abandonnant Julie, Ovide, relégué sur des bords inhumains, N'avoit pas ressenti d'aussi cruels chagrins. J'arrive dans le sein d'une famille aimée : Mon ame , en ces moments de regrets consumée? (Quoique sur tous ses goûts on sût la prévenir) , Se formoit tout entière à l'attrait du plaisii^.

Mon cœur infortuné, resserré dans lui-même, S'occupoit des douleurs du seul objet qu'il aime. Quelle lettre en effet on m'écrivit alors ! Les plaintes, les regrets, Famour et ses transports; Tout ce que le reproche eut jamais de plus tendre, Tout ce que d'une amante un amant peut attendre , Les vœux et le serment de me garder sa foi , De m'aimer sans réserve, et de n'aimer que moi ; Je trouvai tout, ami, dans sa lettre chérie. Tu m'observois en vain : je réponds, je supplie. Je conjure son cœur de nourrir cet amour : J'aime, je promets tout, j'annonce mon retour... Vains projets ! ta prudence et ta pitié barbare Tentent de rappeler ma raison qui s'égare. Vainement je ftiyois; vainement mes douleurs Dans des Heux écartés te déroboient mes pleurs : Dans des antres secrets , au fond de nos prairies , Je portois loin de toi mes sombres rêveries. Ta politique adroite épioit mes ennuis : Dans Tépaisseur des bois, cruel, tu me poursuis; Tu me peins mon amante infidèle et coupable. Me préférant bientôt un mortel moins aimable, S abandonnant au feu de ses embrassements. Me trahissant enfin pour prix de mes serments... Né tendre , mais jaloux , je ne veux plus écrire : Je maudis mon amour, je déteste Zelmire; Aux dépens de mon cœur j'occupe mon esprit.. .

46o POÉSIES

On m'aimoit cependant; mais enfin ce dépit.

Ce sentiment affreux si puissant sur nos anies.

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