‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 99 sur 112 · Livre ce que j'aimois à de nouvelles flammes · texte numérisé non relu

Livre ce que j'aimois à de nouvelles flammes

Voilà ce qu ont produit tes soins empoisonnés!

Je coule dans les pleurs mes jours infortunés;

Je suis trahi, perdu; j'aime, je brûle encore.

On me méprise , ami ; que dis-je ! Ton m'abliorre :

Un autre, dans les bras qui surent m enchaîner.

Peut donner des plaisirs et s'en faire donner.

Ah! l'ingrate, après tout, sans remoi^ds et sans peine,

A pu rompre les nœuds de sa première chaîne.

Oui, dis-moi , cher ami , que son cœur avili A payé par la honte un criminel oubU ; Qu'aux yeux de l'univers désormais méprisable, Puisqu'elle doit rougir, elle n'est plus aimable. Peins-la-moi des couleurs qu'apprête le mépris ; Dis que je fus par elle indignement surpris ; Sers-toi de ces couleurs qu'empruntoit ton pinceau Lorsque, de mes erreurs déchirant le bandeau, Tu me représentois l'objet de ma tendresse Digne au plus, à tes yeux, d'un seul moment d'ivresbc; Trop vil pour mériter les tendres sentiments Qu'une flamme épurée inspire aux vrais amants.

Toi qui m'as arraché des bras de ce que j'aime , Toi, le cruel auteur de mon suppUce extrême, Force-moi de haïr ce qui fut adoré.

Et ce qui plaît encore à mon cœur déchiré.

Ces lauriers desséchés, ces dons de Melpomène, Ces applaudissements , ces honneurs de la scène , Que ta voix me promet pour prix de mes travaux , Sont un trop foible espoir pour adoucir mes maux. Hélas ! qui me rendra ces voluptés si chères , Ces nuits, ces jours heureux, ces plaisirs solitaires, Ces doux moments filés par les mains de Famour, Ces baisers, en un mot... que je rendois toujours? Ami, j ai tout perdu; j'ai perdu mon amante.

Ces nouvelles beautés que ta bouche me vante N ont point, comme l'objet qui régne sm- mon cœur, Ce charme impérieux, cet ascendant vainqueur Qui , de l'amour sur nous établissant l'empire , Nous fait goûter son charme au moment qu'il attire. Non, non; d'une autre ardeur je ne puis m'enflammer : Apprends*moi, si tu peux, l'art de ne plus aimer; Ou laisse-moi du moins, dans les maux que j'endure, Souffrir, gémir, languir, mourir pour ma parjure. Trop heureux cependant si tes soins, si le temps. Si de ton amitié les secours triomphants. L'emportant à la fin sur mon ame rebelle , Me sauvent de Tafifiront d'aimer une infidèle !

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