‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 102 sur 474 · I. ambition, l'envie, et la haine perfide · texte numérisé non relu

I. ambition, l'envie, et la haine perfide

Vous, monsieur, qui peignez toutes choses en beau,

Je vous défie ici d'égayer le tableau.

M. DE PLINVILLE.

Oui, ces noms sont affreux; mais les choses sont rares. Au siècle où nous vivons, il est fort peu d'avares ; D'envieux, Dieu merci, je n'en connais pas un ; La haine, enfin, n'est pas un vice très commun ; I/ambition, peut-ôlre, est un peu plus commwie; ^fais, soit qu'elle ait pour but les honneurs, la fortune,

est un beau mouvement qui n'est pas défendu; -luvent, loin d'être un vice, elle est une vertu.

haque chose a son temps : l'enfance est consacrée

ux doux jeux ; la jeunesse à l'amour est livrée,

l l'âge mûr au soin d'établir sa maison.

loyez-moi, le bonheur est de toute saison.

M. DE MORINVAL.

Vous allez voir qu'il est aussi dans la vieillesse !

M. DE PLINVILLE.

Sans doute, Morinval. Ainsi que la jeunesse, A le bien prendre, elle a ses innocents plaisirs : C'est l'âge du repos, celui des souvenirs. J'aime à voir d'un vieillard la vénérable marche, Les cheveux blancs : je crois revoir un patriarche. 11 guide la jeunesse, il en est respecté ; II raconte une histoire, et se voit écouté.

M. DE MORINVAL.

Et tout cela finit ?

M. DE PLINVILLE.

Mais... par la dernière heure.

Je suis né, Morinval, il faut donc que je meure. Eh bien, tranquille et gai jusqu'au dernier instant, Gomme je vis heureux, je dois mourir content.

M. DE MORINVAL.

Et moi... car, à mon tour, il faut que je réponde, Et que par mille faits enfin je vous confonde ; Je vous soutiens, morbleu ! qu'ici-bas tout est mal. Tout, sans exception, au physique, au moral. Nous souffrons en naissant, pendant la vie entière, Et nous souffrons surtout à notre heure dernière. Nous sentons, tourmentés au dedans, au dehors, Et les chagrins de l'âme, et les douleurs du corps. Les fléaux avec nous ne font ni paix ni trôve ; Ou la terre s'entr'ouvre, ou la mer se soulève : Nous-mêmes, àl'envi, déchaînés contre nous. Comme si nous vouhons nous exterminer tous, Nous avons inventé les combats, les supphces. C'était peu de nos maux, nous y joignons nos vices Aux riches, aux puissants, l'innocent est vendu ; On outrage l'honneur, on flétrit la vertu. Tous nos plaisirs sont faux, notre joie indécente : On est vieux à vingt ans, libertin à soixante. L'hymen est sans amour, l'amour n'est nulle part; Pour le sexe on n'a plus de respect ni d'égard. On ne sait ce que c'est que de payer ses dettes, Et de sa bienfaisance on remplit les gazettes. On fait de plate prose et de plus méchants vers. On raisonne de tout, et toujours de travers ; Et dans ce monde, enfin, s'il faut queje le dise. On ne voit que noirceur, et misère, et sottise.

Voilà ce qui s'appelle un tableau consolant ! Vous ne le croyez pas vous-même ressemblant-

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