‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 111 sur 474 · ACTE IV, SCÈNE V. III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. III

Et toi, dans l'âge heureux des plaisirs, des amours, Tu vas donc près de nous user tes plus beaux jours ! Ma fille, je te plains.

ANGÉLIQUE, \ivement.

Gardez-vous de me plaindre ; C'était l'hymen pour moi, l'hymen qu'il fallait craindre. Non, vous" ne savez pas à quel point je souffrais... En m'éloignant de vous, j'étouffais mes regrets; Dans un profond chagrin alors j'étais plongée. Au contraire, à présent je me vois soulagée, En songeant que de vous rien ne peut m'arracher.

(Tendrement, et en le caressant.)

Mon père! à vos côtés je prétends m'attacher ; Je veux vous prodiguer mes soins et mes services ; J'en ferai mon bonheur, j'en ferai mes déhces. Que me manquera-t-il? vous m'aimez : près de vous. Ah ! pourrais-je jamais regretter un époux ?

M. DE PL IN VILLE

Chère enfant! que ces mots ont flatté mon oreille! Je n'éprouvai jamais une douceur pareille. Ainsi donc, comme un baume en notre affliction, • " ciel nous envoya la consolation.

elle on souffre moins... On souffre moins ! que dis-je ! .- ;-iiit plaindre celui qui jamais ne s'afflige, fct (|ue les coups du sort n'avaient point accablé ; Il n a pas le bonheur de se voir consolé. Pour moi, toujours content, sans chagrins, sans alarmes, Je n'avais point encor versé de douces larmes ; Personne, jusqu'ici, ne m'avait plaint, hélas! Je me croyais heureux, et je ne l'étais pas.

-, dis, est-il bien vrai ? faut-il q^ue je te croie ?

"tu point de regrets ?

ANGÉLIQUE

Non, ma plus douce joie Est d'adoucir vos maux, et de les partager.

""= maux, s'il est ainsi, n'ont rien que de léger.

- serons pauvres, soit ; nous verrons moins de monde : •u.i femme dit qu'ici le voisinage abonde : On sera plus discret ; mais nous nous suffirons. Et ce sera pour nous, enfin, que nous vivrons.

ANGÉLIQUE

Vous savez que toujours j'aimai la solitude.

M. DE PLINVILLE.

Je le sais; et, de plus, tu te plais à l'élude ;

I 1 ïi • L OPTIMISTE.

On ne peut s'ennuyer avec ces deux goûts-là.

Tiens, vois-tu ? je me fais une fête déjà

De vivre seul avec ma petite famille,

Entre ma chère femme et mon aimable fille.

J'aurai moins de laquais, et j'en serai ravi;

Par un seul domestique on est bien mieux servi.

Nous vivrons gais, contents : que faut-il davantage ?

Nous nous aimerons bien : nous aurons en partage

Les vrais trésors, la paix, le travail, la santé.

Et... le premier des biens, la médiocrité.

ANGÉLIQUE

Je sens bien ce bonheur; vous savez mieux le peindre,

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