‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 143 sur 474 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Le? M)>mes, m. BELFORT.

M. BELFORT

J'obéis.

MADAME DE PL IN VILLE

Ah ! que vois-je?

MADAME DE ROSELLE

Ceci trompe un peu votre attente.

MADAME DE PLINVILLE.

Comment! voici le fils de monsieur?

MADAME DE ROSELLE

Oui, ma tante.

M. DE PLINVILLE.

Je ne m'attendais pas à celui-ci, ma foi !

Voyez donc comme enfin tout s'arrange pour moi !

M. DORMEUIL à madame de Plimille.

Madame voudrait-elle à présent se dédire?

Monsieur est votre fils : je n'ai plus rien à dire, Car je rendis toujours justice à ses vertus.

M. BELFORT

Ah ! de tant de bontés vous me voyez confus.

(a Ang'élique.)

Dormeuil vous aime autant que Belfort a pu faire ; Et Belfort et Dormeuil...

ANGÉLIQUE

Savent tous deux me plaire.

ROSE à M. Belfort.

Pour moi, je ne sais pas, monsieur, si j'aurai tort. Mais je vous nommerai toujours monsieur Belfort.

M. DORMEUIL

J'ai, depuis quelque temps, essuyé bien des peines. Enfin la chance tourne : il est d'heureuses veines.

M . DE PLINVILLE.

Moi, je n'ai jamais eu que du bonheur ; eh bien, Je suis, en ce moment, presque étonné du mien.

MADAME DE ROSELLE

iiardez votre bonheur ; il vous sied à merveille.

M. DE PLINVILLE.

C'est qu'on ne vit jamais d'aventure pareille, pst-ce un rôve? J'en fais assez souvent, dit-on;

138 l'optimiste.

Mais ce n'en est pas un qu'ici je fais ; oh ! non. ..

MADAME DE ROSELLE

La raison ne vaut pas les songes que vous faites. Puissions-nous être tous heureux comme vous l'êtes !

MADAME DE PLINVILLE.

11 ne sent pas qu'il l'est par hasard, cette fois.

M. DE PLINVILLE.

Qu'importe le hasard, pourvu que je le sois?

En quelque sorte on peut faire sa destinée...

Mais récapitulez avec moi ma journée.

On était convenu d'un voyage sur l'eau :

Si nous partions, le feu consumait le château.

On reste ; on l'éteint ; bon. Belfort, mon secrétaire.

Plaît à ma fille, il est fils d'un vieux militaire.

Je perds cent mille écus : fort bien. Voilà d'abord

Que celui qui les gagne est père de Bellort.

Monsieur me fait une offre aussi noble que franche,

Et, sans avoir joué, moi, je prends ma revanche.

Il propose son fils; et, par un tour plaisani,

Ma femme le reçoit, tout en le refusant;

Et ma fille, d'abord un peu contrariée,

Au gré de ses désirs se trouve mariée.

Je voudrais bien tenir notre ami Morinval :

Nous verrions s'il dirait encor que tout est mal!

MADAME DE ROSELLE

S'il allait comme vous devenir optimiste?

M. DE PLINVILLE.

Je ne sais ; il est né mélancolique et triste,

Et, comme je l'ai dit, sa tristesse lui plaît.

11 iaut bien l'excuser : mais, tout chagrin qu'il est,

Peut-être il va sentir que dans la vie humaine.

Le bonheur tôt ou tard fait oublier la peine.

Qu'il n'en est que plus doux, et que l'homme de bien,

L'homme sensible, alors, peut dire : Tout est bien.

Page 1