SCENE PREMIERE
SAINT-BRICE, seul.
Oui, des événements j'admire le caprice : Moi, d'Irlac, fils de Crac, passe ici pour Saint-Brice ! Après quinze ans d'absence, à la fin revenu Dans mon pays natal, je m'y vois méconnu. Des mains de trois chasseurs, le soir, je débarrasse •1 homme; et c'était qui? Crac, mon père; il m'embrasse, Sans me connaître encore : en son petit château, Où j'allais, il m'emmène, et j'entre incognito. Je suis fort bien reçu de la jeune Lucile ; Le papa me retient : moi, je suis si facile ! 11 est brave homme au fond, spirituel et gai ; 11 n'a, ces quatre jours, pas dit un mot de vrai, Cependant : le terroir peut lui servir d'excuse. A renchérir sur lui, voyons, que je m'amuse. Si j'ai perdu l'accent, pour habler.., que sait-on? Un voyageur vaut bien pour le moins un Gascon. Parlons peu, mais tranchons : l'air aisé, le ton ferme, Du front ; gardons surtout d hésiter sur le terme. Le papa près de moi ne sera qu'un enfant; S'il me parle d'un loup, je cite un éléphant. Peut-être est-ce manquer de respect au cher père; Mais le cœur paternel fera grâce, j'espère : Puis, on pardonne tout aux jours de carnaval; '»h, oui! voici ma sœur : mais elle n'est pas mal.
14Î M. DE CRAC