‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 157 sur 474 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Il éclate enfin, tombe...

VERDAC.

Où?

SAINT- BRI CE, froidement.

Dans mon bassinet; Le fusil part, et tue un lièvre qui passait.

FRANCHE VAL

Cette aventuré-ci mé semble encor plus rare.

VERDAC.

Mais l'autre est plus plaisante; et puis le varon narre Avec certaine grâce, avec un goût, un tact... Connu dé peu dé gens.

M. DE CRAC, un peu piqué.

Surtout je suis exact.

VERDAC.

Voilà lé moi : César, d'étonnante mémoire,

Dieu mé damne ! n'a pas mieux conté son histoire.

M. DE CRAC

Peut-être riez-vous; mais j'ai dessein, mon cher, Dé mettre par écrit la mienne, cet hiver.

VERDAC.

D'avance je souscris.

M. DE CRAC

Mais les races futures Pourront-elles jamais croire à mes aventures? Il m'en est arrivé de bizarres, partout. Dans ma terre, en voyage, à la guerre surtout.

SAINT-BRICE

Ah! vous avez servi?

M. DE CRAC

Sans doute; un gentilhomme Doit servir, et surtout quand dé Crac il se nomme.

FRANCIIEVAL.

Toujours en ce château je vous vis confiné.

VERDAC.

^Ionsieu^ parle d'un temps où vous n'étiez pag né.

M. DE CRAC

Oui, j'ai servi très jeune, et* je puis bien vous dire Que je savais mé battre avant dé savoir lire.

SAINT-BRICE

Ah! je le crois. Piqué de son air de hauteur, A dix ans, je me bats contre mon précepteur; le le tue.

VERDAC.

A dix ans? Moi, je fus moins précoce.

154 M. DE CRAC

M. DE CRAC, s'animant.

La bataille, pour moi... c'était un jour dé noce. J'ai vu plus d'une guerre; allez, je vous promets Que je n'ai pas servi, messieurs, en temps de paix. Avec Saxe j'ai fait les guerres d'Allemagne, Et je né couchai point dé toute une campagne ; Trois fois, dans un combat, je changeai dé cheval, Et j'ai sauvé la vie à notre général.

Il est réconnaissant, il faut que j'en convienne.

SAINT-BRI CE

Votre histoire, monsieur, me rappelle la mienne : J'ai pris seul, en Turquie, une ville d'assaut.

VERDAC.

Tout seul?

SAINT-BRICE

Oui.

M. DE CRAC, à part.

Ce monsieur n'est jamais en défaut.

FRANCHEVAL.

Il n'était donc, monsieur, pas un chat dans la place?

SAlNT-BRICE à M. de Crac.

Les guerres d'Amérique, en fûtes-vous, dé grâce?

M. DE CRAC

Ah! je brûlais d'en être : eh! mais, voyez un peu ! Moi qui traverserais un océan dé feu.

Je crains l'eau... non dé peur ; mais elle m'incommode J'ai manqué pour cela lé beau siégé dé Rhode.

SAINT-BRICE

Eh bien, moi, j'en étais. J'aime un combat naval.

M. DE CRAC

J'eus l'un dé mes aïeux fameux vice-amiral.

Au combat dé Lépante on comptait bien lé prendre ;

Mais il se fît sauter, plutôt que dé se rendre.

SAINT-BRICE

En un cas tout pareil je fis le môme saut. Et me voilà.

VERDAC à ^. de Crac.

Ce saut ressemble à son assaut.

SAINT-BRICE

Sur la frégate anglaise, au milieu du pont même. J'allai tomber debout, tout armé, moi cinquième.

VERDAC.

L'équipage, monsieur, dut bien être étonné.

SAlNT-BRICE.

Ils se rendirent tous, et je les enchaînai.

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