‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 167 sur 474 · M. DE CRAC, SAINT-BRICE · texte numérisé non relu

M. DE CRAC, SAINT-BRICE

SAINT-RRICE.

> ous avez pour voisins des gens pleins de mérite.

M. DE CRAC

La peste! je lé crois : du pays c'est l'élite.

Gentilshommes, Dieu sait ! tous deux sont mes vassaux.

Vous voyez que pourtant je les traite en égaux.

Mais quoi! pour m'amusèr j'aimé bien mieux descendre,

Et je n'ai point l'orgueil dé ce jeune Alésandre,

Qui pour rivaux, dit-on, né voulait que des rois :

Comme dé vrais amis nous vivons tous les trois.

Le plus jeune des deux me paraît fort aimable.

M. DE CRAC

Verdac est d'une humeur encor plus agréable. Il vous écoute au moins.

SAINT-BRICE

Et surtout il vous croit.

M. DE CRAC

\u lieu que Franchéval est souvent distrait, froid.

SAINT-BRICE

11 paraît empressé près de mademoiselle.

M. DE CRAC

C'est bien gratuitement qu'il soupiré pour elle. Ma fille né veut pas du tout se marier.

SAINT-BRICE

Est-il possible?

M. DE CRAC

Eh ! oui, rien n'est plus singulier :

Lucile a réfusé vingt partis d'importance;

(a l'oreille.)

Lé fils du gouverneur. Là-dessus je la tance ; Je né puis davantage; et l'honneur mé défend Dé faire violence au cœur dé mon enfant.

SAINT-BRICE

File est d'ailleurs charmante.

Il faut que je l'avoue.

Je né puis la louer ; mais j'aime qu'on la loue.

Ifi4 M. DE CRAC.

SAINT-BRICK

C'est qu'elle a tout, monsieur : elle est belle d'abord; Elle a les plus beaux yeux !

M. DE CRAC

Oui, j'en tombe d'accord.

Verdac, petit flatteur, dit qu'elle mé ressemble.

SAINÏ-BRICE.

Il a raison ; elle a de vos traits...

M. DE CRAC

Oui, l'ensemble.

Sa mère était aussi d'une rare beauté.

Vous jugez si ma femme était dé qualité ; Ses aïeux rémontaient aux comtes dé Bigorre. Dans cet essaim d'amans qu'elle avait fait éclore, Les Gaston, les dé Foix, surtout les d'Armagnac,

(il s'attendrit.)

Clotilde démêla lé chevalier dé Crac.

Mais tous, l'un après l'autre, il mé fallut les vattre. Et conquérir mon bien, comme fit Henri-Quatre. Si j'avais un trésor, il m'avait^bien coûté.

SAINT-BRICE

Celui-là ne pouvait trop cher être acheté, Si de la mère, au moins, je juge par la fille. Lucile est, je le vois, toute votre famille?

Eh non, vraiment, monsieur; j'ai dé plus lé bonheur D'avoir un fils, un fils qui mé fait grand honneur.

SAINT-BRICE

Bon! il est donc absent?

M. DE CRAC

Il sert contré lé Russe ; Mais il sert tout dé bon. Ah! lé feu roi dé Prusse Savait l'apprécier; et lé grand Frédéric, En fait d'opinion, valait tout un public. Il admirait mon fils : j'en ai plus d'une marque, Et j'ai, sans vanité, reçu dé ce monarque Des lettres... que jamais personne né verra. 11 m'écrivait un jour : « Votre cher fils sera Lé plus grand général qu'ait jamais eu l'Europe. » Je pensé que l'on peut croire à cet horoscope.

SAINT-BRICE

Oui, sans doute.

M. DE CRAC

11 commence à se vérifier.

A mon fils dépuis peu l'on vient dé confier

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