‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 189 sur 474 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MADEMOISELLE D'ORFEUIL, JUSTINE.

Mon père ne vient point!

JUSTINE

11 ne tardera guères :

11 avait à Moulins, je crois, beaucoup d'affaires.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Je crains...

JUSTINE

Que craignez- vous?

mademoiselle d'orfeuil.

Je ne sais... Mais ces bois.., La nuit...

JUSTINE

Bon! bon ! monsieur est suivi de François.

mademoiselle D'ORFEUILr

Et, dis-moi, que feraient deux hommes seuls sans armes? Mon père devrait bien m'épargner ces alarmes, Revenir ni(tins lard...

JUSTINE

Oui, surtout lorsqu'on l'attend

Pour nous tranquilliser sur un point important. Tenez, mademoiselle, en bonne conscience, La peur sert de prétexte à votre impatience ; Pourquoi monsieur est-il de la sorte attendu ? C'est qu'au retour il doit parler du prétendu ; (/est qu'il doit apporter des lettres d'Abbeville, Qui marqueront quel jour doit arriver Florville.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

On dirait que vraiment je ne pense qu'à lui.

JUSTINE

Mais... nous n'avons parlé d'autre chose aujourd'hui. Sujet inépuisable, et, depuis six semaines, Encore neuf!

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

C'est toi qui toujours le ramènes.

JUSTINE

Je le ramène, moi, pour vous faire plaisir : Dès que j'en dis un mot, je vous vois le saisir...

mademoiselle d'orfeuil.

Eh bien ! je te l'avoue, oui, ma chère Justine, 11 me tarde de voir celui qu'on me destine.

J USTINE.

Rien n'est plus naturel. Moi-môme, en vérité. J'ai sur ce point beaucoup de curiosité.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Je me fais de Florville une image charmante.

JUSTINE

J'ai peur qu'en le voyant cela ne se démente.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Sans doute, il sera jeune et bien fait...

JUSTINE

Oui, d'accord,

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Noble dans son maintien.

JUSTINE

Cela peut être encor.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Tiens, Justine, déjà je le vois qui s'avance

D'un air respectueux, et pourtant plein d'aisance ;

Car il sait allier la grâce et la fierté,

Et ce qui frappe en lui surtout, c'est la bonté.

N'attends point un époux libre et trop sûr de plaire,

Qui se prévaut d'abord de l'aveu de mon père.

Et, sans me consulter, vient signer le contrat ;

Mais un amant soumis, discret et délicat.

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