ACTE I, SCÈNE I
Oui doute, dans mes yeux démêle si je l'aime, Et me veut obtenir seulement de moi-môme,
JUSTINE
<ans doute il a beaucoup d'esprit ?
MADEMOISELLE d'ORFEUIL.
Assurément", Non pas de cet esprit agréable, brillant, Qui s exhale en bons mots, en légères bluettes, 1 t fait pour éblouir des sots ou des coquettes ; Mais un esprit solide, aussi juste que fin. Soutenu, délicat, et... de l'esprit enfin. Aussi je le pourrais distinguer entre mille : Sophie, en un clin d'œil, reconnut son Emile.
JUSTINE
lié !... vous peignez d'après vos héros de romans.
Os héros, j'en conviens, sont aimables, charmans;
Mais pas un n'exista, pas un n'est véritable.
Le votre n'est, je crois, ni vrai, ni vraisemblable.
Jamais on ne verra d'homme qui soit parfait,
.Ni do r<.innif. non plus.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Qu'est-ce que cela fait?
Laissez-moi l'espérance ; elle me rend heureuse.
JUSTINE
Pour vous, pour votre époux elle est trop dangereuse.
Votre époux, sans cela, vous eût paru fort bien :
Vous l'attendez parfait, il ne paraîtra rien ;
Moi, je monte moins haut, afin de moins descendre ;
Et raisonnablement je crois pouvoir m'atteridre
A voir, avec Florville, arriver un valet,
Un valet qui sera jeune, leste, bien fait,
Qui m'aimera d'abord, et me plaira de môme,
Qui ne tardera pas à me dire qu'il m'aime,
Et bientôt de ma bouche obtiendra môme aveu.
Ce n'est demander trop, ni demander trop ueu :
Mais vous, mademoiselle, oh! c'est une autre affaire.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Tu verras, tu verras si c'est une chimère !
JUSTINE
J'ignore ce qu'au fond sera votre futur : Rabattez-en d'avance un peu, c'est le plus sûr. Mais quoi? j'entends du bruit! c'est monsieur.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Ah! Justine.
JUSTINE
Le cœur bat, n'est-ce pas?
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Un peu.
JUSTINE
Bon ! J'imagine Qu'il battra bien plus fort quand le futur viendra.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Mon père tarde bien à monter.
JUSTINE
Le voilà.
SCEINE II
MADEMOISELLE D'ORFEUIL, M. D'ORFEUIL, JUSTINE.
M. D ORFEUIL.
Me voici de retour ! bon soir, ma chère fille. Qu'il est doux de revoir son château, sa famille. Tout son monde! Ma foi, je ne suis bien qu'ici,
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Votre absence nous a paru bien longue aussi.
JUSTINE, malicieusement.
Ah! oui, si vous saviez ce que c'est que l'attente! iNous soupirions!...
MADEMOISELLE d'oRFEUIL, \ivement.
Gomment se porte donc ma tante?
M. d'oRFEUIL.
Assez bien : elle m'a chargé de t'embrasser, Ma fille; et c'est par là que je veux commencer.
(il l'embrasse.)
J'ai fort heureusement fini la grande affaire. J'ai d'avance arrangé tout avec mon notaire : Je te donne à présent la moitié de mon bien...
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Épargnez-moi de grâce, et changeons d'entretien. Mon père... avez-vous?...
M. d'oRFEUIL.
Quoi?
Reçu quelques nouvelles?
M. D ORFEUIL, feignant de ne pas comprendre.
De nouvelles ? Ah 1 -oui .