‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 204 sur 474 · ACTE II, SCÈNE IIÎ · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIÎ

Kl je pourrais par jour ôtre souvent coupable.

MADEMOISELLE d'ORFEUIL.

Il faudrait bien alors souvent ^ous pardonner.

M. d'oRLANGE.

Parfois pendant un mois je puis me promener.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Il faudrait bien encor pardonner cette absence : I.e devoir d'une femme est dans la complaisance. Vne fois prévenue...

M. d'oRLANGE.

Oh ! je l'en préviendrais ; Car si j'étais au point d'épouser, je voudrais Connaître bien ma femme, être bien connu d'elle.

JUSTINE

Oui-dà !

M. d'oRLANGE.

Je lui dirais : « Tenez, mademoiselle...» Mais quoi ! je vous ennuie.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Achevez, s'il vous plaît ; Je prends à vos discours le plus vif intérêt.

JUSTINE

(a part.)

Moi de môme. Voyons où tout ceci nous mène.

M. d'oRLANGE.

« Je n'aimerai que vous, vous le croirez sans peino, Dirais-je à ma future...»

mademoiselle d'orfeuil.

Oh 1 oui, j'entends fort bien.

M. d'oRLANGE.

M Mais je suis né galant, tel même, j'en convien.

Que l'on pourrait parfois me croire un peu volage.

Toute femme jolie a droit à mon hommage :

Trop heureux de lui plaire en tous temps, en tous lieux !

Or, même après l'hymen, j'aurai toujours des yeux ;

Et je croirai pouvoir, sans inspirer de doutes.

Préférer une femme, et vouloir plaire à toutes. |

JUSTINE

C'est tout simple. Sans doute aussi, de son côté. Monsieur lui laisserait la même liberté ; Verrait avec plaisir, même après l'hyménée. De mille adorateurs sa femme environnée, Sourire à l'un, flatter cet autre d'un coup d'œil. Et faire à tout le monde un caressant accueil : Aux lieux publics, au bal, à la pièce nouvelle,

Partout aller sans lui, puisqu'il irait sans elle ; Et, comme vous disiez, fidèle à son époux, Leprélérer, d'accord, mais vouloir plaire à tous.

M. d'oklange.

Eh ! mais...

JUSTINE

Voilà pourtant ce qu'il faudrait permettre. M. d'orlange.

C'est ce qu'en vérité je n'oserais promettre. Vous faites un portrait qui n'est pas séduisant.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Rassurez-vous, monsieur. Justine, en s'amusant, A peint une coquette, et non... votre future.

JUSTINE

Quoi! seriez- vous, monsieur, jaloux, par aventure ?

M. d'orlange.

Peut-être, un peu.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Pourtant, il faudrait, entre nous, Ou n'être point volage, ou nôtre point jaloux ; Sinon, vous aurez peine à trouver une femme.

M. d'orlange.

Aussi je le sens bien dans le fond de mon âme.

Je suis fait pour l'amour, mais très-peu pour l'hymen.

JUSTINE, à part.

De bonne foi du moins il fait son examen.

M. d'orlange.

Je dis ce que je pense ; excusez ma franchise.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Moi, je vous en sais gré, s'il faut que je le dise. En de tels sentimens j'ai regret de vous voir ; Mais je suis très-charmée au fond de le savoir.

Laissons donc là l'hymen, et parlons d'autre chose : Aussi bien ce serait s'inquiéter sans cause.

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